Au Niger, l'homosexualité est désormais explicitement condamnée par la loi comme un acte "contre nature". Dirigé par une junte militaire depuis 2023, ce pays francophone d'Afrique de l'Ouest rejoint à son tour la croisade panafricaniste anti-LGBT qui gagne du terrain sur le continent.
Soixante-six ans après son indépendance, le Niger criminalise pour la première fois l'homosexualité. Dans ce pays d'Afrique de l'Ouest dirigé par le général Abdourahamane Tiani depuis le coup d'État survenu en juillet 2023, la junte militaire au pouvoir a instauré un nouveau Code pénal qui prévoit 5 à 10 ans de prison pour "toute personne qui commet ou tente de commettre un acte impudique ou contre nature ou pratiques Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres, Queers, Intersexes, Asexuelles" (sic… à chaque virgule).
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La nouvelle loi nigérienne ne s'arrête pas là. Dans la section IV du nouveau Code pénal, intitulée "De l'homosexualité ou actes impudiques sur personnes de mêmes sexe", quatre articles déclinent tout un nouvel arsenal répressif visant les personnes LGBTQIA+. Outre les peines de prison susmentionnées, l'article 390 prévoit une amende pouvant aller jusqu'à cent millions de francs CFA, soit pas moins de 150.000 euros, l'équivalent de deux siècles de salaire moyen dans le pays. Les même peines sont prévues pour "toute personne qui affiche publiquement sa relation amoureuse avec une personne de même sexe ou qui change ou tente de changer artificiellement son sexe de naissance". Autrement dit, le texte ne vise pas seulement les relations homosexuelles : il criminalise également leur visibilité publique ainsi que les parcours de transition.
Au cas où les choses ne seraient pas claires, l'article suivant promet encore 10 à 20 ans de prison à "quiconque contracte un mariage avec une personne de même sexe", ainsi qu'aux "personnes ayant officié le mariage, aux témoins des prétendus époux ainsi qu’aux personnes ayant donné leur accord pour la célébration du mariage et aux organisateurs". Les deux articles suivants criminalisent en outre la gestion, le financement ou même la participation à des clubs, des événements ou des associations "pour homosexuels ou LGBTQIA+". On l'aura compris : au Niger comme au Burkina Faso voisin, au Sénégal, au Ghana et en Ouganda, le pouvoir en place crie haro sur les LGBT.
L'homosexualité au Niger
Avant même l'adoption de la nouvelle législation homophobe, l'homosexualité n'était guère bienvenue au Niger. La population, majoritairement musulmane, y affiche même l'un des taux de rejet les plus élevés du continent, selon les données d'Afrobarometer, réseau panafricain d'enquêtes d'opinion qui rapporte que "l'intolérance vis-à-vis des préférences sexuelles atteint 94% en Ouganda, en Sierra Leone et au Niger".
Avant la promulgation du nouveau Code pénal, les personnes LGBT pouvaient déjà être visées par des poursuites pour "atteinte à la pudeur". En 2022, deux jeunes femmes accusées d'entretenir une relation lesbienne sont ainsi poursuivies devant la justice. Elles seront condamnées à deux ans de prison pour avoir diffusé sur les réseaux sociaux des vidéos intimes dans lesquelles elles apparaissaient ensemble.
Au cours de ce procès, le tribunal constate néanmoins l'absence de disposition criminalisant explicitement les relations entre personnes du même sexe, les relaxant sur ce point. L'affaire relance alors les appels à une criminalisation explicite de l'homosexualité. En décembre 2022, un groupe de députés dépose une proposition de loi en ce sens, portée par Nana Djibou Harouna qui présente l'homosexualité comme un "problème" venant de l'extérieur.
"Refondation" d'une homophobie d'État
Le coup d'État de l'été 2023 intervient dans un contexte marqué par la contestation croissante de la présence occidentale au Sahel et la montée des discours souverainistes. Comme dans d'autres pays du continent, la question LGBT cristallise ces sujets. Dès l'automne 2023, en conseil des ministres, la ministre de l'Éducation nationale explique que "le gouvernement a été informé des tentatives subversives de certains milieux sataniques, en collaboration avec une puissance étrangère et un groupuscule de nigériens cupides, d'introduire les pratiques et le débat LGBT dans notre société, en particulier dans le milieu scolaire." La junte au pouvoir s'engage à "identifier et de traduire devant la justice les responsables et leurs complices de cette démarche contraire à nos lois et mœurs".
En 2025, le régime introduit une "Charte de la Refondation", composée de 78 articles qui font office de nouvelle Constitution. Reconnaissant l'islam comme "religion majoritaire", celle-ci prône "l'inclusion" et la "tolérance" avant d'édicter, dans son article 25, que "les pratiques LGBTQIA+ ou tout autre comportement contre nature sera proscrit dans la loi". C'est chose faite avec le nouveau Code pénal. Promulgué au Journal officiel le 27 mars 2026, celui-ci passe inaperçu dans la presse jusqu'au 6 juin, à la suite de l'arrestation à Niamey d'un influenceur. "Lors de sa fouille corporelle, relate le Miroir de l'Ader, média religieux en ligne, les agents découvrent, stupéfaits, qu'il portait des perles à la hanche, un symbole de féminité. Ce qui renseigne sur ses orientations sexuelles."
Deux jours plus tard, le quotidien L'Enquêteur annonce un "coup de filet visant des pédophiles et homosexuels présumés". C'est alors que le journal informe ses lecteurs du nouvel "arsenal pénal exceptionnel conçu pour éradiquer ces pratiques de la société nigérienne", prédisant "un séisme judiciaire qui se prépare" contre les LGBT. "Le Général d'Armée Abdourahamane Tiani prépare une chicotte douloureuse contre les homosexuels et les sponsors sataniques", applaudit le Miroir de l'Ader, qui exhorte les autorités à ouvrir "une ligne verte pour dénoncer ces cas d'homosexualité et de dépravation des mœurs". Et la rédaction d'avertir les homosexuels, ces "gens qui défient la nature et se livrent à un copier-coller occidental", qu'ils auront à se méfier sous peine de "mourir en prison avec vos perles et vos rouges à lèvres". Le Niger s'inscrit désormais pleinement dans cette croisade panafricaniste anti-LGBT menée au nom de la défense des "valeurs africaines".
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Crédit photo : AFP