Jusqu'au 25 juillet, Avignon vit comme chaque été au rythme du spectacle vivant, avec plus de 1.700 propositions en tout genre. Zoom sur dix spectacles queers vus et validés.
- Quand on dort on n'a pas faim

C’était l’un des buzz de la dernière saison théâtrale, porté notamment sur les réseaux sociaux par l’enthousiasme d’un public jeune. Un "conte médiéval afro-queer" imaginé par Anthony Martine, comédien entre autres pour le Munstrum Théâtre et Rébecca Chaillon. En partant de son expérience de jeune queer noir sans modèles, le vingtenaire livre un spectacle flamboyant pétri de références littéraires (il est passé par l’hypokhâgne du fameux lycée parisien Henri-IV ), cinématographiques (coucou Fanny Ardant) ou encore communautaires (l’incontournable appli en jaune et noir). Ou quand le théâtre se fait à la fois politique et généreusement pop.
>> À la Manufacture du 4 au 21 juillet à 17h45 ; relâche les 9 et 16 juillet
- Défoncé

Une mise à nu totale. Dans le bien nommé Défoncé, François Créton, comédien sexagénaire vu au théâtre, à la télévision et dans quelques films (comme Les Héroïques de Maxime Roy), déroule sa vie très sexe, drogue et rock'n'roll. Un parcours violemment cabossée par tout un tas d'hommes depuis l'enfance mais aussi par lui-même, en mode autodestruction. Accompagné sur le plateau par la comédienne et metteuse en scène Marie Desgranges, cet antihéros remonte le fil de son histoire avec les armes de l'humour et de la musique. Son solo à deux voix se regarde autant comme le témoignage d'une époque (Fuck off les années 1980 est le titre de son récit autobiographique ici adapté) qu’un émouvant geste de réparation.
>> Au 11 du 4 au 23 juillet à 17h ; relâche les 10 et 17 juillet
- Fouiller bercer pompier

Hier, un garçon bien masculin comme il faut maltraitait son cadet, quant à lui loin des codes de la virilité. Aujourd'hui, ce dernier a été engagé pour chanter Il Primo Omicidio, un oratorio d’Alessandro Scarlatti évoquant le meurtre d'Abel par son frère Caïn. Passé douloureux et présent plein de promesses se télescopent alors. Sur le plateau, Olivier Debbasch se raconte en donnant vie à divers personnages et fantômes de son parcours. À ses côtés, Ariane Dumont-Lewi, au piano dans le rôle de la répétitrice, le soutient pour "transformer la souffrance personnelle en objet de jeu". En résulte un délicat spectacle théâtral et musical, à même de résonner avec nombre d'expériences queers.
>> Au Train bleu du 6 au 23 juillet à 14h05 ; relâche les 10 et 17 juillet
- Lost in Vatican

En 1990, en pleine épidémie de sida, une jeune nonne croise la route de deux homosexuels engagés… Légendes de la communauté LGBT, les Sœurs de la perpétuelle indulgence, militants qui jouent avec les codes religieux depuis près de cinquante ans (le mouvement a été fondé à San Francisco en 1979, et le premier couvent français a vu le jour en 1991), sont au cœur de la création de la compagnie Lesoeurs. Alice Etienne (mise en scène et jeu), Lilas Roy (texte) et leurs interprètes prennent le parti de la fiction pour replonger avec humour dans une période charnière de l’histoire LGBT. Et, par la même occasion, tendre implicitement un miroir à notre époque…
>> À la Manufacture du 4 au 21 juillet à 13h25 ; relâche les 9 et 16 juillet
Mais aussi :
>> La géniale Trilogie du Troisième Type de Mickaël Délis, dans laquelle le comédien et auteur questionne en trois spectacles (Le Premier Sexe, La Fête du slip et Les Paillettes de leur vie) "la grosse arnaque de la virilité" (mais pas que) de son point de vue d'homme gay quadra, s'installe de nouveau cet été à Avignon. Ça se passe à la Scala, du 4 au 25 juillet à 19h10 (relâche les 6, 13 et 20 juillet), avec un volet par soir.
>> Succès de librairie en 2023, le roman La Prochaine fois que tu mordras la poussière de Panayotis Pascot est devenu en 2024 un succès théâtral doublé d'un beau spectacle. Il arrive à Avignon, avec non plus Vassili Schneider dans le rôle principal mais Roméo Mariani. Rendez-vous au Théâtre des Halles du 4 au 25 juillet à 19h (relâche les 8, 11, 15 et 22 juillet).
>> Garçon fièvre de Jeanne Lazar et Timothée Lerolle revient sur les années sida en prenant pour point d’ancrage le parcours de Tim Madesclaire, ancien journaliste proche de Guillaume Dustan, qui travaille aujourd'hui pour l'association Aides. À voir au Train bleu, du 5 au 23 juillet, les jours impairs à 14h45.
>> Les 12 Travelos d'Hercule, comédiens adeptes aussi bien du lip-sync que des chansons live, se rendent chaque été à Avignon, au fameux Délirium, avec leur cabaret hilarant et parfaitement maîtrisé. Un délirant shot drag programmé du 10 au 14 juillet à 22h.
Crédits photos : Fabrice Robin, Jérémie Lévy, Jean-Louis Fernandez, Noémie Garbous