Comme chaque année, la fin août et le début septembre riment avec effervescence dans les librairies. Chronique sociale, thriller horrifique ou récit cathartique, voici 10 romans queers à découvrir pour cette rentrée littéraire.
Le coup de cœur : Toute une vie à chercher, de Kae Tempest. Éditions de L’Olivier.
Rothko Taylor sort de prison et revient à Edgecliff, la ville côtière sombre et austère où iel a grandi, quinze ans après l’avoir quittée. Tout a changé… ou peut-être pas. Tandis que les souvenirs se mêlent au présent, Rothko tente de prendre un nouveau départ, avec la ferme intention d’aller enfin vers le beau. Des histoires de rédemption dans une Angleterre miséreuse rongée par l’alcool et la drogue, on en a lu et vu mille fois. Mais Kae Tempest, poète et figure du spoken word britannique, se distingue de ces récits à la Ken Loach par une écriture poétique et lumineuse. Et, surtout, raconte avec beaucoup de finesse l’identité queer dans un univers où on a rarement l’habitude de la voir s’épanouir. En faisant du cheminement de Rothko vers l’acceptation de sa transmasculinité l’un des éléments de son retour à la vie, Kae Tempest aborde l’identité de genre avec finesse, sans jamais en faire un sujet plaqué sur le récit. Une histoire qui parlera aux queers des années 1990 et 2000, qui ont grandi avec peu de représentations pour mettre des mots sur leur vécu. Attachant et optimiste comme on aime.
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Mémoriel
Comment vit-on quand on a connu les camps ? Avec finesse et empathie, nourri des échanges avec son grand-père, l’auteur de Prélude à son absence pose la question du traumatisme et dresse le portrait de son arrière-grand-mère déportée pour faits de résistance. Un court roman familial aussi intime que puissant.
Après Mireille, de Robin Josserand. Éditions Mercure de France. (En librairie le 27 août)
Fantaisiste
À mi-chemin entre SOS Fantômes et Les Optimistes, ce surprenant roman ancré dans la pop culture aborde le début des années sida à New York avec autant d’extravagance que de sensibilité. Drôle, malin et absolument queer : une excellente découverte qui renouvelle les récits sur la pandémie de VIH.
En attendant Marky Moon, de Natalie Adler. Éditions Phébus. (En librairie le 27 août)
Réflexif
Dans une langue vive et poétique, la journaliste et militante afro-queer-féministe Douce Dibondo signe un premier roman qui dit autant des contradictions des milieux LGBTQI engagés que de la capacité à réinventer les luttes et à repenser la justice.
Le Mouvement, de Douce Dibondo. Éditions Rivages.
Introspectif
Diagnostiqué bipolaire, autiste, psychotique, Alcide, quadragénaire gay, décrit avec une lucidité aussi impressionnante que clinique sa détresse psychologique. En dévoilant la maladie de l’intérieur, il livre un morceau de littérature brute aussi poignant qu’instructif. Une pierre dans l’édifice de la déstigmatisation des troubles mentaux.
L’Inéquilibre, d’Alcide Pierantozzi. Éditions Gallimard. (En librairie le 3 septembre)
Mordant
Jeune homme gay issu de la bourgeoisie noire américaine, Smith, dont la colocataire vient de mourir dans des circonstances troubles, est contraint de suivre une cure de désintox. C’est le début d’une chronique sociale puissante qui sonde la complexité de l’identité noire aux États-Unis et le poids de l’héritage familial.
Le Grand Rêve noir, de Rob Franklin. Éditions Autrement. (En librairie le 26 août)
Cathartique
Violée enfant par son grand-père, une femme décide de porter plainte. Son rendez-vous au commissariat annulé, elle opte pour une solution plus radicale : tuer le vieux. Daria Marx livre un récit puissant et urgent de l’inceste et de ses conséquences en offrant le point de vue d’une victime qui opte non pour la résilience mais pour la rage.
Tuer le vieux, de Daria Marx. Éditions Flammarion.
Sensible
Gamin harcelé à l’école et persuadé depuis toujours d’être bizarre, Matthieu rencontre Paul. Dans ce premier roman, Matthieu Lefèvre dessine avec poésie un roman d’apprentissage qui aborde la compréhension de soi, la puissance du premier amour et le poids du stigma dans la classe moyenne des années 2000.
Mon prénom est fiction, de Matthieu Lefèvre. Éditions Perspective cavalière. (En librairie le 15 septembre)
Intime
Samuel Dock, par ailleurs psychologue et auteur de nombreux essais, est fétichiste. Dans cette autobiographie du kink sans faux-semblant, il dévoile avec une étonnante douceur sa sexualité et sa vie amoureuse en latex et remonte aux origines de ses fantasmes sans jamais jouer sur le voyeurisme du lecteur.
Latex, de Samuel Dock. Éditions Grasset. (En librairie le 10 septembre)
Terrifiant
Avec ce deuxième roman saisissant, l’ancien journaliste de France Culture mobilise l’horreur et le fantastique pour mettre à nu la violence patriarcale et confirme que pour lui, l’imaginaire est un refuge aussi bien qu’une arme politique.
Je ne suis pas venu vous apporter la paix, de Nicolas Martin. Éditions Le Diable Vauvert. (En librairie le 3 septembre)