Tunisie : Un premier magazine LGBT pour
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Tunisie : Un premier magazine LGBT pour "libérer la parole et créer un débat sociétal"


Shams Mag inaugure la place des LGBT dans la presse tunisienne alors même que les pouvoirs en place continuent de pénaliser l’homosexualité. Mounir Baatour, le président de l’association Shams, nous fait la lecture.

Un premier numéro dévoilé le 1er avril mais qui n’a rien d’une farce. Un drapeau arc-en-ciel drapé sur les épaules de la comédienne tunisienne Fatma Ben Saïdane, et qui donne d’emblée la couleur. Des rubriques santé, société et sexo qui ambitionnent de « libérer la parole et de créer un débat sociétal », à coups de contribution, d’interviews et de reportages.

L’association Shams, qui défend les minorités sexuelles en Tunisie, déploie son activité militante à travers un volet médiatique, pionnier dans le paysage tunisien. Shams Mag est le tout premier magazine adressé aux LGBT en Tunisie, et il est gratuit.

« Un canal d’expression et de liberté »

« Un média peut donner l’opportunité à la communauté LGBT en Tunisie de s’exprimer librement, sans avoir besoin d’être un membre de notre association », explique le président de Shams. Et d’ajouter : « On souhaite que le magazine devienne un canal d’expression et de liberté de parole par la communauté LGBT tunisienne. »

Pour refléter la nature de la société tunisienne, pour toucher un maximum de public dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (M.E.N.A.), et garantir la visibilité à l’international, le titre est multilingue : langues française, arabe et anglaise se croisent dès la couverture et au fil des articles. Publié sur le web, le titre sera aussi distribué à la demande grâce au tissu associatif dont le magazine sert de porte-voix.

Tant que l’homosexualité est pénalisée en Tunisie, les droits des personnes LGBT resteront bafoués et toute la communauté en souffre énormément, mais l’abolition de l’article 230 n’est pas la seule revendication de Shams. Il y a la prévention contre le VIH, la prévention contre le suicide des LGBT et l’abolition de toute discrimination contre les minorités sexuelles. Mais aussi une plus grande visibilité des LGBT en Tunisie et dans la région M.E.N.A..

« En Tunisie, le milieu culturel est le plus gay-friendly »

Lettre ouverte d’une fille à sa mère, coups de gueule, collaborations artistiques et autres récits se joignent à l’interview de Fatma Ben Saïdane, et à ses douces paroles sur la tolérance traduite par Huffington Post Maghreb :

L’équilibre des nations est tributaire du degré d’acceptation de la différence. La société tunisienne est conservatrice dans le sens qu’elle refuse la diversité, qu’elle soit vis-à-vis des noirs, des homosexuels ou des handicapés, etc. Elle a peur d’elle.

Dans ce premier numéro, la culture occupe une place de premier plan et ce n’est pas un hasard :

On a constaté que le milieu culturel – cinéastes, artistes, acteurs, musiciens, chanteurs – est le plus gay-friendly. On reçoit beaucoup de soutien moral de leur part, et c’est aussi une manière de dire non à l’obscurantisme et aux esprits rétrogrades.

Pour autant, la directive est claire, « le magazine ne sera pas qu’une tribune pour les personnalités désirant s’engager, mais aussi un moyen d’exposer des personnalités homophobes et de les mettre à nu devant les lecteurs ».

Écrire sous pseudo pour échapper aux représailles

Les positions de Shams ont déjà valu à ses membres d’être sous le coups des menaces de mort, et même d’une plainte au pénal pour « attentat à la pudeur » et « incitation à la débauche ». C’est d’ailleurs d’un pseudonyme que les rédacteurs signent leurs articles, même si le décret réglementant la presse les protège. « Ils le font par peur des représailles et de la vindicte populaire » nous indique le président de l’association Shams, laquelle enregistre toujours plus de signalements :

La situation des personnes LGBT s’est énormément dégradée après la révolution de janvier 2011 ; les cas d’arrestations, d’homicides homophobes, d’agressions, de viols se sont multipliés. La Justice ordonne systématiquement des tests annaux que des médecins légistes complices exécutent contre toute personne soupçonnée d’homosexualité. Mais on ne peut pas affirmer qu’il y’a une recrudescence des cas de condamnations de délits d’homosexualité.

Qu’est-ce qu’on gagné les homos de la révolution du Jasmin ?

Une occasion aussi de (re)découvrir la tribune de Yadh Krendel publié dans TÊTU en février 2016, et qui apparaît dans ce premier numéro, pionnier de la presse tunisienne :

Les gays et les lesbiennes tunisiens n’ont pas seulement été courageux de brandir les drapeaux de la liberté pendant la révolution, ils se trouvent désormais en prison pour l’exemple, comme une caution au plus radicaux des traditionalistes, comme une mesure d’ajustement politique pour une coalition d’union nationale qui les a sacrifiés. Nous ressentons comme une trahison de cette superbe démocratie naissante que nous avons servie et pour laquelle nous nous sommes tant battus. Sauf qu’elle a oublié ses enfants. Pire encore, elle préfère les sacrifier sur l’autel du « renouveau » avec un air de déjà vu…

En plus de son magazine, l’association Shams a exploré un autre medium. « Au pays de la démocratie naissante » (ci-dessous), premier documentaire pointant du doigt la situation des LGBT tunisien, qui voyagera au travers des festivals internationaux, mais aussi de la Conférence internationale des LGBT francophones qui se tient à Montréal cet été.

Découvrez le premier numéro de Shams Mag ici.

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