VIH/Sida : Une étude précise l'étendue de l'épidémie chez les gays en France
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VIH/Sida : Une étude précise l'étendue de l'épidémie chez les gays en France


Menée auprès de 2 600 gays dans 5 villes de France, cette étude alerte notamment sur la situation extrêmement préoccupante des jeunes gays.

Depuis 2010, près de 6 000 personnes découvrent leur séropositivité chaque année. En 2015, la majorité des personnes diagnostiquées se déclaraient hétérosexuelles (54%). Malgré cette proportion plus importante chez les hétérosexuels, les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH dans le jargon scientifique) représentent le seul groupe pour lequel le nombre de diagnostics ne diminue toujours pas. Le fait qu’il soit très minoritaire en nombre dans le pays fait que l’incidence (le taux de VIH dans une population) est dramatiquement élevé.

Une étude vient d’être publiée, dont on peut tirer 5 enseignements :

 

Des différences sensibles entre les villes

L’étude Prevagay s’est donc intéressée uniquement aux HSH. Portée par Santé Publique France, elle a été réalisée en 2015, dans 60 établissements fréquentés par les gays. Les résultats, longs à décortiquer, viennent d’être publiés. Plus de 2 600 participants ont accepté de répondre à un questionnaire et de se soumettre à un prélèvement sanguin. Et ce dans cinq villes : Paris, Lille, Montpellier, Nice et Lyon. Cette étendue géographique constitue une grande première puisque Paris était jusqu’à présent la seule ville concernée par ce genre d’études.

À l’échelle de toutes ces villes, la prévalence (nombre de cas sur une période donnée) est de 14% de séropositifs dans le groupe HSH. Ce nombre monte jusqu’à 17% à Nice et à Montpellier. Des villes européennes comme Brighton au Royaume-Uni et Lisbonne au Portugal enregistrent des pourcentages similaires. À l’inverse, la ville de Lille affiche un chiffre relativement bas avec 7%.

Toutes ces données se recoupent avec celles des autres IST.

 

Le portrait-robot du gay séropo

Grâce à cette étude, les chercheurs ont pu établir un portrait-robot du gay séropositif qui fréquente ces lieux de convivialité  : « En analyse multivariée, le fait d’être séropositif pour le VIH était associé au fait d’avoir 35 ans et plus, de ne pas avoir suivi d’études supérieures, d’être né en France, de se définir homosexuel, d’avoir dans les 12  derniers mois : fréquenté des backrooms, eu au moins une pénétration anale non protégée avec des partenaires de statut VIH difficilement ou inconnu, consommé des produits psychoactifs au cours des rapports sexuels et rapporté des antécédents d’IST ».

Selon le principe même du portrait robot, c’est une « moyenne statistique », ce qui n’exclut pas tous les autres profils de HSH.

 

 

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La situation « extrêmement préoccupante » des jeunes

Autre enseignement de cette étude : les jeunes sont moins sensibilisés au VIH. « La part des séropositifs parmi les HSH âgés de moins de 30 ans atteint 6%, soit un niveau plus élevé que dans les autres villes européennes », note l’étude avant de poursuivre :

Ceci rend compte de la situation épidémiologique extrêmement préoccupante chez les jeunes HSH en  France, pour lesquels a été observée, depuis 10  ans, une augmentation conséquente des nouveaux diagnostics pour le VIH.

Des données qui coïncident avec celles de 2013. Cette année là, parmi les 686 jeunes adultes (18-24 ans) diagnostiqués, les deux tiers (68%) étaient des hommes, majoritairement contaminés lors de rapports sexuels entre hommes (pour 75% d’entre eux). Or, depuis 2003, le nombre de découvertes de séropositivité VIH dans ce groupe a fortement augmenté (+157%).

Les conséquences des applications de rencontres

L’une des raisons avancées pour expliquer ces chiffres inquiétants réside dans l’évolution des lieux de sociabilisation. Ces derniers subissent un grand bouleversement lié aux applications de rencontres. En effet, si la moitié des plus de 30 ans ont déjà utilisé ces applications, le pourcentage est bien plus important (82%) chez les jeunes. Ainsi, à la différence de leurs aînés, les jeunes sont moins présents dans les clubs, les saunas ou les backrooms. Il leur est désormais plus simple, plus rapide et sans doute plus plaisant (sinon, pourquoi le feraient-ils ?) d’organiser leurs rencontres à domicile. Ces nouvelles pratiques ont des conséquences non-négligeable sur le dépistage. Si dans les lieux de convivialité des outils de protection et de dépistage (notamment les TROD, Tests rapides d’orientation diagnostique) sont à disponibilité, il n’en est évidemment pas de même à domicile.

Ces évolutions doivent donc être prises en compte pour mener des actions de prévention de plus en plus efficaces à défaut desquelles une certaine catégorie de gays ne seraient pas sensibilisés.

Face à ces résultats, la ministre de la Santé a tweeté sa volonté de renforcer la prévention.

La bonne nouvelle de l’étude

Ces constats alarmants ne doivent pas faire oublier les quelques bonnes nouvelles de cette étude. Parmi tous les homosexuels diagnostiqués séropositifs, 95% étaient sous traitement. Un pourcentage qui remplit les objectifs de l’ONUSIDA d’ici 2020 : atteindre 90% de personnes vivant avec le VIH et connaissant leur statut sérologique; et 90% des personnes infectées par le VIH disposant d’un traitement antirétroviral durable.

Loin de nous l’idée de gâcher cette bonne nouvelle mais elle doit être relativisée. Ceux qui ont accepté de participer à l’étude sont en effet ceux qui prêtent le plus d’intérêt aux questions de prévention. Et puis, surtout, il est bien connu que tous les gays (même s’ils ont plus de 30 ans) ne fréquentent pas les établissements de convivialité… Donc tous n’ont pas eu la possibilité de participer à cette étude.

À noter que du 23 au 26 juillet 2017, Paris accueillera  la 9ème Conférence internationale sur le sida (IAS) avec pour objectif de mieux prévenir et dépister l’infection au VIH afin que l’épidémie soit enfin réduite à néant.

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