Ces 10 événements ont révolutionné la sexualité gay
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Ces 10 événements ont révolutionné la sexualité gay


TÊTU passe en revue 30 ans de conquêtes de nouveaux droits, d’événements qui ont particulièrement libérés les gays et influencés leurs sexualités !

« La parenthèse enchantée », c’est l’expression inventée par Françoise Giroud pour caractériser la période 1954-1986 en France : trois décennies qui s’ouvrent par les balbutiements de l’évolution des mœurs et se referment avec la fin brutale de la fête sensuelle, quand apparaît le sida… Une évolution de la sexualité gay s’est faite en même temps : entre espoirs, dangers et plaisirs variés.

Cet article est inspiré du livre « Liberté, Égalité, Sexualité – Révolutions Sexuelles En France 1954-1986 de Marc Lemonier, publié par La Musardine.

 

1954 : Arcadie et la quête de respectabilité.

Envoyés au goulag en Russie, condamnés en Allemagne jusqu’en 1960 ou chassés par le maccarthysme aux États-Unis, les homosexuels ont été également criminalisés sous le régime de Vichy, en France. Toujours citoyens de seconde zone après la guerre, ils s’organisent. Notamment via l’association Arcadie, qui nie la dimension uniquement sexuelle de l’homosexualité et lui préfère le terme d’ »homophilie » (« ceux qui aiment leurs semblables »). Son directeur, André Baudry, prône l’intégration, la pudeur, et rejette les bars, les saunas, les rencontres dans les pissotières…

 

Avril 1971 : Création du FHAR

Cette émission de Ménie Grégoire sur RTL intitulée « L’homosexualité, ce douloureux problème », interrompue par des féministes et des LGBT, agit comme un révélateur de la situation et de la perception des homosexuels en France : incompréhension, paternalisme, injures et répression. Depuis juillet 1960, l’amendement Miguet les qualifie même de « fléau social », au même titre que l’alcoolisme et la tuberculose.

Des militants créent alors le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire : c’est le début de la lutte pour le respect et la conquête des droits, et aussi des Marche des fiertés…  Mai 68 a permis aux femmes un début d’émancipation… Au tour des homos ! Le fameux « Rapport contre la normalité » a été réédité par GayKitschCamp en 2016.

 

1975 : Naissance des backrooms

Dans son livre Le Rose et le noir (Editions Point), Frédéric Martel date la naissance des backrooms – ces lieux d’activité sexuelle entre garçons, dans le noir – en 1975, dans la seconde salle du Bronx, rue Sainte-Anne à Paris, le premier « bar à sexe gay » de Gérald Nanty. Le patron a installé des films pornos et des lits en fer. Dans le même quartier, un sauna immense, le Continental-Opéra, ouvre avec une apparente tolérance de la Police…

 

Décembre 1976 : L’Histoire de la sexualité de Michel Foucault

Le philosophe Michel Foucault – compagnon de Daniel Defert qui créera plus tard l’association AIDES – publie son Histoire de la sexualité en trois tomes. Il explique que la répression des mœurs est l’apanage des sociétés bourgeoises et que depuis le XVIIe siècle règnent les mêmes vieilles considérations sur la sexualité. Il s’était personnellement engagé dans une série d’expériences extrêmes, des backrooms SM de San Francisco aux drogues diverses. Il conseillait dans son livre de « quitter le plaisir, pour les plaisirs ». Il décédera des suites du sida en 1984.

 

1er Avril 1979 : Premier numéro du Gai Pied

À partir de 1979, 571 numéros du Gai Pied vont rythmer la vie des gays : interviews de célébrités friendly, reportages sur les homos du monde entier et surtout petites annonces de rencontres. Le ministre de l’intérieur Charles Pasqua essaiera de faire interdire le magazine en 1987, alors que naît la radio Fréquence Gaie. Il survivra jusqu’en 1992. Trois ans avant la création de TÊTU…

 

Septembre 1981 : La Brigade qui chasse les homos des parcs

Paris se dote d’un nouvel instrument de lutte en faveur de la tranquillité de ses honnêtes citoyens, la bientôt fameuse « Brigade des Parcs et Jardins ». Elle épluche les Tuileries, haut lieu de rencontres homosexuelles depuis toujours, fiche les gays et fait régner la terreur… Des traces de ce fichier ont été retrouvées jusqu’en 1982.

 

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4 août 1982 : Dépénalisation totale de l’homosexualité

François Mitterrand tient parole : Robert Badinter fait passer une loi qui supprime toute pénalisation de l’homosexualité entre adultes à partir de 15 ans (âge de la majorité sexuelle), comme pour les hétérosexuels. Depuis l’arrivée de la gauche, l’offense aux bonnes mœurs et l’outrage à la pudeur ont également disparu. Changement d’époque.

 

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1983 : Premiers cas de VIH appelé « cancer gai »

C’est la rupture dans la folle agitation sexuelle des gays. Les cas se multiplient, les raisons loufoques sont invoquées – certains accusent alors le poppers -, les moyens de transmission et de protection sont encore incertains : ce qui ressemble alors à un cancer qui touche principalement des gays deviendra bientôt le trop-connu sida. C’est une maladie inconnue, difficile à comprendre. Le choc de la mort des premiers homosexuels infectés va créer un trouble, et vider, un temps, les backrooms… Certains vont créer des séances de safe sex collectives où l’on mise d’abord sur le plaisir plus que sur l’orgasme final. Entre 35 et 37 millions de personnes en sont décédées depuis.

Janvier 1986 : 3615 Sexe gay

Au milieu des années 80, la France découvre peu à peu les joies de la télématique. Alors que ni Internet ni les mails n’existent encore, les PTT proposent aux foyers français une petite boîte cubique qui leur permet de se connecter à un réseau public, le Minitel. Le 16 janvier 1986, les gays ont à leur tour leur propre service et vont pouvoir se lancer à corps perdu dans des discussions nocturnes interminables : le 3615 GPH – à l’initiative du journal Gai Pied – est lancé.

27 février 1987 : Enfin un espoir contre le sida

Les autorités médicales françaises et la ministre de la Santé, Michèle Barzach, autorisent enfin la mise sur le marché de l’AZT sous le nom de Retrovir : c’est le premier médicament qui permet aux séropositifs de mieux vivre avec le VIH. Certains prennent plus de cinquante cachets par jour… Aujourd’hui, parfois un seul comprimé suffit, sans effet secondaire, mis à part les dommages psychologiques et sociaux…

Et aussi : la France autorise enfin la publicité du préservatif en 1987.

 

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17 mai 1990 : Nous ne sommes plus des malades

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Elle reste pénalisée dans 72 pays encore à ce jour. Douze d’entre eux appliquent même la peine de mort.

 

Février 1996 : Les trithérapies sauvent des vies

Les chercheurs annoncent les résultats très encourageants d’une combinaison de trois médicaments contre le VIH, dont une classe de molécule innovante : les antiprotéases. C’est le début des trithérapies modernes. Plus de 37 millions de personnes vivent avec aujourd’hui, dont 17 seulement sont sous traitement.

 

2008, puis 2014… De nouveaux outils !

En 2008, on comprendra que les patients bien traités ne sont plus contaminants. Depuis 1989 déjà, une femme enceinte sous trithérapie ne peut plus infecter son enfant. Avec la PrEP, les trithérapies en préventif pour les séronégatifs donc, on sait qu’on peut empêcher les contaminations du VIH, même sans préservatif.

Et aussi : on drague désormais sur smartphone, le « plan cul » s’est démocratisé, avec Grindr notamment…

En 2030 : la fin du sida ?

C’est la date de fin de l’épidémie envisagée par l’Organisation des Nations unies (ONU). À condition d’élargir les traitements au monde entier, de dépister plus globalement, de bien suivre les traitements, de traiter les IST, de décriminaliser l’homosexualité dans le monde pour garantir l’accès aux traitements, d’avoir les fonds nécessaires, de faire des campagnes de prévention… Un bien long chemin à parcourir en peu de temps…

 

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Quelle place le VIH occupe-t-il dans l’histoire de la sexualité des gays ?

Gabriel Girard est un sociologue français, post-doctorant à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal. Il nous explique :

On ne peut pas dissocier le VIH des combats majeurs qui l’ont précédé et accompagné : la sortie du placard collective et la remise en cause de la société hétéronormée dans les années 1970, l’organisation de réseaux militants, les batailles contre les LGBT-phobies, la lutte pour l’égalité des droits, etc. Cependant, il est certain que le VIH a profondément transformé la sexualité des gays. Pour la simple raison que la transmission du virus met directement en jeu certains des fondements de l’identité gaie : la sexualité, le plaisir, la confiance et les différentes formes d’affection entre hommes. Face à la maladie, les communautés gaies ont d’ailleurs immédiatement fait preuve de créativité, de solidarité et de résistance. Le VIH a donc eu une grand influence sur la sexualité des gays. La prévention, le souci de soi et des autres, les combats pour les droits : on a tendance à l’oublier, mais les revendications de reconnaissance des couples de même sexe sont issues des mouvements sida. De la même manière, le militantisme LGBTQI français actuel doit beaucoup, dans ses mots d’ordre, ses modes d’action, aux activistes d’Act Up-Paris. Mais la prévention du VIH a construit la figure d’un citoyen homosexuel exemplaire, rationnel et responsable, excluant ainsi la diversité des expériences de l’homosexualité. Beaucoup de gays sont aujourd’hui embarrassés lorsqu’on parle du VIH dans nos communautés, avec la crainte d’une stigmatisation. Or, la réalité épidémiologique est malheureusement implacable : les gays représentent près de 40% des nouveaux diagnostics, ce qui souligne que l’épidémie est toujours très active…

 

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  • Benjamin

    « . Avec la PrEP, les trithérapies en préventif pour les séronégatifs donc, on sait qu’on peut empêcher les contaminations du VIH, même sans préservatif. »- je trouve cela triste de diffuser ce genre de messages à l’heure où on a beaucoup de mal à soigner les MST qui deviennent resistantes aux antibiotiques !!! La prep protège partiellement du Sida et ne protège PAS des autres MST !!! Le préservatif reste nécessaire !!!

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