Quand France Culture diffuse une messe catholique anti-LGBT

Ce dimanche 15 juillet 2018, la radio de service public France Culture, a diffusé sur son antenne une messe tenue par le très conservateur Mgr Jean-Pierre Cattenoz. Dans son homélie, qui aura duré près d’une heure, l’archevêque d’Avignon a tenu des propos anti-LGBT et anti-avortement particulièrement violents.

Les cloches résonnent, l’orgue se fait entendre au loin… Un chœur entonne un chant sacré du 17e siècle, la Missa Brévis, d’Antonio Lotti. Pas de doute il s’agit bien d’une cérémonie religieuse. Comme tous les dimanches, une messe chrétienne est diffusée sur la station France Culture. Sauf que le 15 juillet 2018, ce n’est pas un appel à l’amour de son prochain qui a résonné dans la cathédrale Notre-Dame des Doms à Avignon, mais un discours d’un autre temps, ouvertement anti-LGBT et anti-avortement, tenu par le très réactionnaire Mgr Jean-Pierre Cattenoz.

Un devoir du service public

Diffuser la messe tous les dimanches, à la télévision (sur France 2) comme à la radio (sur France Culture), plus qu’une tradition, c’est un devoir du service public. Une obligation qui date de 1987, inscrite dans le cahier des charges de Radio France : « La société programme et fait diffuser le dimanche matin des émissions à caractère religieux, consacrées aux principaux cultes pratiqués en France. Ces émissions, (…) se présentent sous la forme de cérémonies cultuelles ou de commentaires religieux ». 
La directrice de France Culture, Sandrine Treiner, s’était exprimée en 2015 sur le sujet arguant que « le débat religieux fait partie de la culture, et sur France Culture il y a de la place pour tout ce qui fait la culture ». 

Un prêche radicalisé

On a du mal à voir ce qui « fait la culture » lorsque, dans son homélie, l’archevêque d’Avignon, Jean-Pierre Cattenoz, connu pour ses positions réactionnaires, tient des propos homophobes particulièrement violents :

 « Je n’ai jamais rencontré de L, de G, de B, de T et, paraît-il maintenant, de Q. Je ne connais et ne vois que de personnes humaines avec toute la richesse de leur féminité et de leur masculinité dans leur chair et jusque dans leur être le plus profond. (…) Le mariage pour tous peut bien exister, ce ne sera jamais qu’une amitié, aussi belle soit-elle. » 

L’archevêque qui « s’émerveille devant la complémentarité de l’homme et de la femme », s’est ensuite laissé aller à donner sa vision d’une société pleine « d’incohérences », mais « pas à court d’idées » : « L’avortement, le suicide assisté, la PMA, la GPA… tout devient possible au nom d’un principe devenu premier depuis 1968 : il est interdit d’interdire, (…) on a tous les droits… Mon plaisir est mon droit ». Mais après avoir cité Jean-Paul II ou Mère Teresa, cette figure religieuse influente dans le Vaucluse notamment, s’en est pris à Simone Veil, ancienne ministre de la Santé, autrice de la loi sur l’avortement. Avant de comparer cette pratique aux crimes commis par les nazis :

« Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour entretenir la pureté de la race. Aujourd’hui nous faisons la même chose, mais avec des gants blancs. »  

Le CSA saisi par une association

D’abord repéré par un compte Twitter, l’information est relayée par l’association l’Amicale des jeunes du refuge qui décide de saisir le CSA :


Ce qui n’a pas manqué de faire réagir les internautes :

Un archevêque réactionnaire connu de longue date

Interpellé par un auditeur de France Culture sur le site internet de la station, le médiateur des antennes, Bruno Denaes, a répondu avoir « été en quelque sorte piégé par le fait que la messe se déroule en direct ». La directrice Sandrine Treiner, a quant à elle publié un communiqué, dans lequel elle condamne fermement les propos diffusés dans une station du service public, qui, selon elle, ne doit pas « offrir une tribune pour prononcer des avis personnels et violents contre le droit à l’avortement (…), sans compter des allusions inacceptables à des comparaisons historiques hasardeuses ». 
En 2007, Mrg Jean-Pierre Cattenoz avait adressé une lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle, dans laquelle il appelait à « distinguer l’homosexualité comme fait privé et l’homosexualité comme relation sociale prévue et approuvée par la loi ». Il ajoutait : « Le respect envers les personnes homosexuelles ne saurait en aucune manière conduire à l’approbation du comportement homosexuel ou à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles », citant le cardinal Ratzinger, qui deviendra le très conservateur Pape Benoît XVI.
Il aurait été souhaitable que la radio France Culture effectue ces quelques recherches avant de permettre à cet archevêque, connu pour ses positions réactionnaires, d’être diffusé en direct sur le service public.
 
Crédit Photo : Capture d’écran YouTube. 


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