anrsMigrants : une majorité d'infections au VIH surviennent durant les premières années en France

Par Youen Tanguy le 25/07/2018
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Une étude de l'Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS), dont les résultats sont présentés ce mercredi 25 juillet à la conférence VIH/sida d'Amsterdam, met en avant les liens entre la précarité des migrants durant leurs premières années en France et les infections au VIH.

Les résultats sont présentés ce mercredi 25 juillet lors de la conférence d'Amsterdam sur le VIH/sida. Une étude de l'Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS), menée entre 2012 et 2013 s'est intéressée aux délais d'infection au VIH chez les migrants d'Afrique sub-saharienne en Ile-de-France. Résultats : près de six migrants sur dix (58%) infectés au VIH l'ont été durant leurs six premières années de vie en France, contre 42% infectés après cette période.
Une première étude, publiée en 2015, avait déjà révélé qu'entre 35 et 49% des migrants vivants avec le VIH avaient été infectés après leur arrivée en France.

Une période d'installation très à risque

Des résultats inquiétants, selon Anne Hosselin, chercheuse au Centre Population et Développement (CEPED), que TÊTU a contactée : « La période d'installation où les migrants traversent beaucoup d'épisodes de précarité est vraiment à risque, analyse-t-elle. C'est une période clé. »
Et d'ajouter : « Mais on a quand même 42% de migrants qui s'infectent après cette période, prouvant qu'il existe un vrai manque de prévention, même pour les gens bien installés ». Selon la chercheuse, « il est important de mettre en place des stratégies de prévention et de dépistage ciblant les nouveaux arrivants ainsi que de raccourcir cette période de précarité ».

Les femmes beaucoup plus à risque

Anne Gosselin pointe toutefois les limites de cette étude. « On est sur un petit nombre de personnes interrogées, il y a six ans, donc statistiquement il faut être prudent », estime-t-elle. Et si la chercheuse assure que les infections au VIH concernent une majorité d'hommes, elle lance toutefois un avertissement :

« De plus en plus de femmes arrivent en France car menacées dans leur pays et elles sont beaucoup plus à risque pour les infections, détaille Anne Gosselin. Elles sont victimes de plus de rapports forcés, de plus de rapports transactionnels, sans compter toute la précarité autour du mal-logement ou du manque de nourriture. Dans ce contexte, prendre soin de leur santé sexuelle n'est pas la première priorité. »

37 millions de personnes vivent actuellement avec le VIH et 1,8 million de nouvelles contaminations sont enregistrées chaque année.
 
Etude réalisée entre 2012 et 2013 dans le cadre de l'enquête ANRS Parcours sur 277 immigrés nés en Afrique sub-saharienne, vivant en région parisienne depuis une durée médiane de 21 ans et s'étant infectés par le VIH en France.
Crédit photo : Googles Images.