Campagne polémique contre les LGBTphobies : l’agence « a souhaité provoquer un malaise »

Une campagne publicitaire lancée le 15 août dernier et censée dénoncer les LGBTphobies à travers le monde fait polémique. En cause : des messages provocateurs qui pourraient être, selon plusieurs militants LGBT+, contre-productifs.

« Pour qu'une femme aime les hommes, rien ne vaut un viol collectif. » Voici le message, parmi d'autres, que l'on peut lire sur l'un des 1300 panneaux publicitaires JCDecaux et Metrobus de plusieurs villes françaises, dont Paris. Cette campagne de lutte contre les LGBTphobies a été lancée le 15 août dernier par l'agence française ServicePlan, en partenariat avec le magazine autrichien Vangardist.

Les affiches en question « portent des accroches dérangeantes qui ne sont ni faciles à lire, ni faciles à admettre », assure l'agence dans un communiqué publié le 16 août dernier. Le but ? « Mesurer à quel point la situation est critique et faire signer une pétition mondiale visant à obtenir des Nations unies l’inscription des droits des personnes LGBTQI à l’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. » Raté...

Sur les réseaux sociaux, de nombreux militants LGBT+ se sont insurgés contre ces affiches, les jugeant choquantes. C'est notamment le cas de la militante lesbienne et cofondatrice de l’association française pour les journalistes LGBT Alice Coffin, qui a réagi auprès de nos confrères de Franceinfo : « Vous imaginez ce que peut ressentir une femme lesbienne en lisant un tel slogan ?, se demande-t-elle. Sur ce type de sujets, le second degré n’a tout simplement pas sa place ». 

Une campagne « maladroite »

Contacté par TÊTU, le président de SOS Homophobie, Joël Deumier, dénonce une campagne « maladroite », qui risque d'être « mal comprise et reprend le vocabulaire des homophobes » .

« Il n'y a pas de prise de distance entre les propos dénoncés et la manière dont ils sont présentés, souffle-t-il. On utilise par exemple le terme 'guérir' sans guillemets. Ça interpelle le grand public, certes, mais ce n'est pas du tout à la hauteur de la réalité de ce que peuvent vivre les femmes lesbiennes ou les femmes en général»

Un mal pour un bien ?

Face à la polémique, le président de ServicePlan, Alain Roussel, s'est expliqué auprès de TÊTU. Et il se réjouirait presque de ces critiques.

« On a souhaité provoquer un malaise pour mettre le sujet sur la table, se justifie-t-il. Je peux comprendre qu'une partie des Français puisse ne pas comprendre le message qu'on veut relayer. Mais finalement, notre maladresse est porteuse de résultats très positifs à la fin puisque le relai médiatique a créé une forte exposition sur le sujet. »

Il va même plus loin et regrette que les militants LGBT+ qui dénoncent cette campagne « ne profitent pas de cette surexposition non pas pour critiquer les affiches, mais pour mettre en avant la situation des personnes LGBT en France et dans le monde ». Rien que ça.

Enfin sur la question de savoir pourquoi il n'a pas consulté les associations françaises LGBT, il répond simplement : « Ça ne nous est pas venu à l'esprit ». Peut-être faudrait-il tout de même y songer pour la prochaine fois.

 

Crédit photo : captures Twitter. 


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