Ce que révèle surtout Gareth Thomas, c’est que la sérophobie existe encore

TRIBUNE. Gareth Thomas a été forcé de révéler sa séropositivité au monde entier. Pour Aides, cette histoire est très révélatrice des discriminations subies par les personnes vivant avec le VIH. Des discriminations qui ne sont basées que sur une chose : l'ignorance.

Le célèbre rugbyman gallois Gareth Thomas a l’habitude des révélations courageuses   ̶  il a rendu publique son homosexualité en 2009, un sacré challenge pour une star de son envergure et dans son domaine. Le 14 septembre dernier, sur Twitter, Gareth Thomas, a diffusé une vidéo dans laquelle il dévoile publiquement son statut de personne vivant avec le VIH. On comprend qu’il ne s’agit pas d’un choix libre, mais celui du courage et de la liberté face à ceux qui, nous le découvrons aujourd’hui, ont sonné à la porte de ses parents pour les informer que leur fils était séropositif ! Gareth Thomas note même que ces « journalistes incultes » ont confondu VIH et sida en parlant à ses parents.

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Ainsi, en 2019, des journalistes peuvent encore contraindre une star internationale à dévoiler son statut VIH, sans qu’elle le veuille, ni ne puisse le faire à ses conditions. Pourquoi ? Parce que 40 ans après le début de l’épidémie, dire son infection par le VIH ou ne pas la dire n’est toujours pas un choix. Ne pas faire état de sa vie avec le VIH dans sa vie sociale, y compris dans son entourage proche, n’est pas un choix volontaire pour l’immense majorité des personnes vivant avec le VIH. Le silence, le secret constituent une protection contre le rejet, le risque avéré de discrimination qui affecte tous les champs d’une vie : du monde professionnel à la sphère la plus intime.

Dire, c’est prendre des coups 

Mais ne pas dire est aussi un poids. C’est avoir le fardeau de la peur d’être sommé de le faire, sous la pression du chantage. Cela a été le cas pour l’acteur américain Charly Sheen ; contraint, en 2015, à une heure de grande écoute de « passer aux aveux » sur la chaine NBC aux États-Unis. En 2018, c’est la chanteuse Conchita Wurst qui doit s’exécuter sous la menace d’un ancien compagnon. C’est le cas de Gareth Thomas en 2019. Aujourd’hui encore, la société dans son ensemble et une majorité d’individus exercent une grande violence à l’encontre des personnes vivant avec le VIH. Des études, des sondages le confirment ; des personnes concernées qui la subissent en témoignent.

Ces dévoilements forcés, qui sont des drames pour les personnes ciblées, sont aussi l’occasion de porter des messages positifs. Charly Sheen, accompagné de son médecin en plateau, a abordé l’effet préventif des antirétroviraux ; expliquant ce que l’on ne nommait pas encore « U=U » (Undetectable = Untransmettable ; pour Indétectable = Intransmissible »). Conchita Wurst a appelé à un accès universel aux traitements anti-VIH et rappelé que les stigmatisations rattachées au VIH sont principalement le fruit de l’ignorance. Ce sont presque les mêmes mots qu’utilise aujourd’hui Gareth Thomas dans son témoignage en vidéo. « J’avais peur que les gens me jugent, me traitent comme si j’avais la lèpre à cause du manque de connaissances [autour de cette maladie] », explique-t-il dans les médias.

Des exemples trop rares 

Le message de Gareth Thomas est une occasion réelle de changer le discours ambiant sur le VIH comme l’attitude générale vis-à-vis des personnes qui vivent avec. C’est ce qui s’était passé en 1991 lorsque le champion de basket Magic Johnson, un hétérosexuel, avait fait état de sa séropositivité et suscité soutien, respect et un indéniable espoir pour de nombreuses personnes vivant avec le VIH. En 1995, c’était le champion américain de plongeon, multi-médaillé olympique, Greg Louganis qui avait annoncé sa séropositivité, indiquant qu’il vivait déjà avec le VIH lorsqu’il avait participé aux Jeux Olympiques de Séoul. Il est devenu depuis un activiste majeur de la lutte contre le sida aux États-Unis.

Mais ces exemples d’engagement sont encore trop rares pour permettre de changer radicalement le résultat de décennies de conditionnement, d’erreurs, de méconnaissance et de peurs. Ainsi, 40 ans après le début de l’épidémie, quelle différence entre ces cas récents qui visent des célébrités et celui de Rock Hudson en 1985 ? À Paris, où il est alors traité du VIH, il est victime d’un malaise. Transporté au célèbre Hôpital Américain, ce lieu de soin ne veut pas de cet encombrant et « honteux » malade ; on menace même la famille de dévoiler la pathologie du malade. C’est une attachée de presse mandatée par l’entourage de la star qui annoncera à la presse que l’acteur vit avec le VIH.

Il temps que la peur cesse !

La stigmatisation et la discrimination dont font l’objet les personnes vivant avec le VIH, le silence contraint que la société impose de fait, le dévoilement forcé sont le résultat de décennies de peurs entretenues par l’ignorance ; mais aussi, depuis dix ans, l’absence d’un discours public fort sur cette évidence scientifique : les séropositifs-ves sous traitements ne sont pas dangereux.
Gareth Thomas rappelle dans ses interviews que : « Vivre avec le VIH,  n’est pas vivre avec une limite ».

Et pourtant des professionnels-les de santé se refusent à expliquer et partager cette incroyable bonne nouvelle qui change nos vies, projetant leurs propres peurs aux personnes vivant avec le VIH, comme à leurs proches. Les seules campagnes nationales sur le sujet sont celles de AIDES. Il est temps que cela cesse. Nous les hommes homosexuels, nous vivons avec le VIH depuis 40 ans, soit parce que nous sommes nous-mêmes porteurs du VIH (trop souvent sans le savoir), soit parce que nos amants, amis, partenaires ou maris vivent avec. C’est un fait.

Le courage de Gareth Thomas doit aussi être le nôtre. Il ne s’agit pas de dire ou de ne pas dire son statut, mais de porter collectivement une parole qui mettra fin aux peurs liées au VIH. Nous devons individuellement et collectivement affirmer que vivre avec le VIH n’est pas une limite, et qu’une personne séropo sous traitement ne transmet pas le VIH.

 


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