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Au Brésil, un film Netflix avec un Jésus gay déchaîne les passions

La Cour suprême du Brésil a annulé la décision d'un juge de Rio de Janeiro qui appelait Netflix à retirer The First Temptation of Christ. Depuis le mois de décembre, ce film comique, qui présente Jésus comme gay, fait polémique...

Dans le sixième pays le plus peuplé au monde, il y a comme un air de censure religieuse... D'après une dépêche de l'agence de presse américaine Associated Press publiée jeudi 9 janvier, le juge de Rio de Janeiro Benedicto Abicair a ordonné à Netflix, dans une décision prise la veille, d'arrêter la diffusion de son film The First Temptation of Christ. Cette comédie, en ligne sur la plateforme de streaming depuis le 3 décembre 2019, présente un Jésus peu conventionnel, en couple avec un certain "Orlando". Le juge Abicair estime que le retrait du film serait "bénéfique non seulement à la communauté chrétienne mais à la société brésilienne qui est en majorité chrétienne". Dans la même journée, la Cour suprême du Brésil, saisie par Netflix, a annulé la décision.

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Cette décision intervenait après le procès intenté à la société de production du film, Porta dos Fundos, basée à Rio de Janeiro, par une association catholique intégriste, grand soutien du président nationaliste Jaïr Bolsonaro : le Centre Dom Bosco. Celle-ci, soutenue par les leaders évangéliques brésiliens, qui ont fortement contribué à l'arrivée au pouvoir de ce nostalgique de la dictature militaire, juge l'œuvre "blasphématoire". Son initiative n'est qu'une partie d'une offensive mondiale lancée par les chrétiens ultraconservateurs contre ce "Christmas Special" de Netflix.

"Une attaque claire contre le christianisme"

L'organisation espagnole CitizenGO a ainsi lancé une pétition qui a recueilli près de 1,5 million de signatures. La plateforme en ligne s'était fait connaître en France pour ses bus diffusant des messages transphobes. Son fondateur Ignacio Arsuaga a sollicité les financements de l'oligarque russe proche de Vladimir Poutine Konstantin Malofeev. D'après le texte de la pétition, The First Temptation of Christ serait une "une attaque claire contre le christianisme à l’approche de Noël".

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En Pologne, c'est le vice-Premier ministre Jarosław Gowin, pourtant classé au centre-droit, qui a tweeté pour demander le retrait de ce "film blasphématoire", avant de renvoyer vers la version polonaise de la pétition de CitizenGO et d'inviter ses abonnés à la signaler. Le site LifePetitions, lancé par le mouvement anti-avortement canadien Campaign Life Coalition, y est aussi allé de sa pétition, qui a recueilli plus de 76 000 signatures.

Attaque au cocktail Molotov à Noël

Comme l'indique le texte de la pétition, le cardinal Raymond Burke, grand opposant américain au pape François, a lui aussi tempêté contre le film dans un quotidien catholique ultraconservateur italien : "Ils disent que c'est de l'art, mais c'est une expression du vide de la vie sans Dieu et de la rébellion contre la loi que Dieu a placée dans le cœur de chaque personne."

Mais c'est à Rio de Janeiro que ce scandale devenu mondial a atteint son point culminant, montrant bien l'escalade de violence entraînée par ce simple film comique. Le 24 décembre, jour du Réveillon de Noël, les locaux de la société de production, Portas dos Fundos, avaient été la cible d'attaques au cocktail Molotov, qui n'avaient fait aucun blessé. Dans une vidéo surréaliste diffusée sur les réseaux sociaux, qui a depuis disparu, trois hommes en cagoule noir revendiquaient l'attaque, affichant derrière eux la lettre grecque "sigma", symbole du mouvement intégraliste brésilien, d'inspiration fasciste et actif dans les années 1930. Ils disaient appartenir à un groupe religieux d'extrême droite, le "Commandement d'insurrection nationaliste populaire de la grande famille intégraliste brésilienne".

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Début janvier, un des assaillants a été identifié par la police grâce à la vidéosurveillance. Il s'agit d'Eduardo Fauzi Richard Cerquis, leader du Front intégraliste brésilien (FIB). D'après l'AFP, il avait été arrêté en 2013 pour avoir frappé le secrétaire à la Sécurité de l'État de Rio de Janeiro, et avait déjà été condamné une vingtaine de fois pour agressions ou menaces. Il aurait pris la fuite en Russie. Les autorités ont demandé à ce que son nom soit ajouté sur la liste d'Interpol.

 

Crédit photo : Wolffystyle / Wikimedia Commons


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