Au moins dix États dans le monde veulent interdire les « thérapies de conversion »

Mexique, Canada, Royaume-Uni, Allemagne ou Chili : une dizaine d’États préparent l’interdiction nationale des « thérapies de conversion », d’après un rapport d’ILGA World publié mercredi. À l’inverse, certains États continuent de promouvoir officiellement ces pratiques.

C’est un « rapport révolutionnaire« , affirment ses auteurs. En tout cas, c’est une grande première. Ce mercredi 26 février, la première étude d’ampleur mondiale sur les « thérapies de conversion » a été publiée par l’Association internationale lesbienne et gay, bisexuelle, trans et intersexués (ILGA World), organisation qui regroupe plus de 750 structures LGBT+ à travers le monde, et dont le siège se situe à Genève. Ce rapport de 127 pages, intitulé « Réduire la tromperie – Une étude mondiale sur les restrictions légales des soi-disant « thérapies de conversion »« , n’est pour le moment disponible qu’en anglais et en espagnol, sur le site d’ILGA. L’auteur du rapport, Lucas Ramón Mendos, commence par lister les formes que peuvent prendre les « thérapies de conversion », avant d’explorer la question des moyens légaux de les combattre.

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Comme le rappelle ILGA World, les « thérapies de conversion » ont pu prendre des formes multiples par le passé, dont certaines perdurent encore aujourd’hui. Si la lobotomie, le traitement hormonal (qui existe toujours en Inde, nous apprend le rapport, citant une enquête de Mail Today), la « thérapie d’aversion » par administration d’électrochocs (qui continue de prospérer en Chine dans certains hôpitaux publics ou privés, mais aussi Liban, en Malaisie, en Indonésie ou en Iran) prédominaient hier pour « traiter l’homosexualité », aujourd’hui les « thérapies de conversion » se manifestent par des méthodes en apparence plus douces, notamment dans les pays occidentaux.

En Russie, un psychothérapeute prétend « guérir » les personnes homosexuelles et transgenres par l’hypnose. Aux États-Unis, des enquêtes journalistiques ont montré qu’ils existait encore des « camps » chrétiens où des parents envoient leurs enfants mineurs ; des équivalents musulmans existent au Kenya, en Somalie ou en Iran par exemple.

Exorcismes et rugyah

Mais dans la plupart des cas, en Europe et en Amérique, les « thérapies de conversion » prennent la forme de psychothérapies ou d’accompagnements religieux (qui se structurent parfois dans des groupes « ex-gays » généralement nés aux Etats-Unis et exportés dans le monde entier), entre lesquelles « les frontières peuvent être floues voire inexistantes« . « Si les « thérapies de conversion » pratiquées à travers la psychothérapie peuvent apparaître moins choquantes et extrêmes que les techniques utilisées par le passé, elles souffrent d’un même manque de preuves scientifiquement étayées« , souligne Lucas Ramón Mendos.

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De plus, dans les pays où ces pratiques ont été largement discréditées, les organisateurs avancent masqués et se défendent de pratiquer des « thérapies de conversion ». On va alors parler d’ « attirances non désirées pour le même sexe« , de « cassures sexuelles » ou encore de « confusions de genre« . Ce qui rend ces pratiques d’autant plus difficiles à surveiller. Les exorcismes et autres guérisons miraculeuses sont aussi pratiqués au sein de certains groupes ou églises, ainsi que la rugyah, équivalent de l’exorcisme dans certains milieux musulmans. En Malaisie ou en Indonésie, les gouvernements promeuvent ouvertement des programmes de « thérapies de conversion », menés sous couvert de rigueur islamique. En Pologne ou à Singapour aussi, les autorités ont récemment encouragé ces pratiques. Aux Philippines, au Texas, en Colombie ou en Israël, des dirigeants ou des parlementaires ont publiquement soutenu de tels programmes.

Des pratiques interdites dans 3 États seulement

Face à cette prolifération de « thérapies de conversion », le rapport fait état d’un « consensus mondial » pour les faire reculer, obtenu grâce au travail de survivants, de militants, de structures religieuses comme l’Église d’Angleterre, anglicane, qui a officiellement appelé, en juillet 2017, le gouvernement britannique à interdire les « thérapies de conversion », ou d’anciens leaders « ex-gays » comme l’Américain Alan Chambers qui acté en 2013 la dissolution d’Exodus International. « Je dirais que l’immense majorité, c’est-à-dire 99 % [des personnes passées par Exodus, ndlr], n’ont pas connu de changement dans leur orientation [sexuelle]« , déclarait-t-il alors. À l’image de Chambers, d’autres « ex-ex-gays » ont dénoncé les pratiques qu’ils organisaient auparavant, comme Günter Baum en Allemagne ou Anthony Venn-Brown en Australie. Six affaires judiciaires dans le monde ont été plaidées avec des résultats positifs, indique en outre le rapport.

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En février 2020, trois États membres des Nations Unies (le Brésil, l’Équateur et Malte) avaient promulgué des lois nationales pour restreindre les soi-disant « thérapies de conversion »« , explique Lucas Ramón Mendos, auteur du rapport. Des « juridictions infranationales » ont également été mises en œuvre dans certains États du Canada et des États-Unis et dans des régions autonomes en Espagne. Depuis quelques années, une prise de conscience semble avoir été opérée par les pouvoirs publics et, d’après ILGA World, au moins dix États à travers le monde ont des projets ou propositions de loi en cours pour interdire ou restreindre les « thérapies de conversion » à l’échelle nationale : le Canada, le Chili, la Pologne, l’Allemagne, l’Irlande, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, Taïwan et les États-Unis. En France, les députés LREM Laurence Vanceunebrock-Mialon et LFI Bastien Lachaud ont annoncé en décembre leur intention de déposer une proposition de loi courant 2020, au terme d’une mission d’information parlementaire conduite pendant trois mois. La députée de la majorité sera d’ailleurs reçue à l’ONU vendredi 28 février, dans le cadre d’une « consultation publique menée par un expert indépendant« , pour aborder ce sujet.

 

Crédit photo : Rachel Stine / Wikimedia Commons


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