Il y a cinq ans, Chrystelle Vincent a décidé avec sa fille transgenre, Lilie, de médiatiser leur situation en espérant faire avancer son acceptation par le système scolaire. Elles sont de retour sur TF1 cette semaine pour témoigner d'une nouvelle difficulté : son changement de prénom à l'état civil.
La France a découvert le visage de Lilie en 2020. À l'époque, la petite fille a 8 ans, et son histoire est le premier récit d'un·e enfant transgenre médiatisé en France. Lorsque Lilie a pris conscience de son identité, son entourage l'a acceptée, utilisant ses pronoms féminins et l'appelant par son prénom d'adoption. Partout, sauf à l'école, quand bien même sa maîtresse n'y voyait pas d'inconvénient. Face à une situation qui faisait souffrir Lilie, la famille avait alors décidé d'interpeller l'opinion via Quotidien, RMC, TF1... Après plusieurs mois de tergiversations, l'académie dont dépendait son établissement a fini par accepter de prendre acte de l'identité de la fillette.
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Cinq ans plus tard, Lilie est arrivée au collège. Mais à 13 ans, le changement d'état civil lui reste refusé, empêchant l'adolescente d'obtenir des papiers d'identité pour, par exemple, voyager à l'étranger avec sa classe. C'est pourquoi la famille a choisi d'en appeler à nouveau à l'opinion, à l'occasion d'une nouvelle interview diffusée ce dimanche 4 janvier dans l'émission Sept à huit, sur TF1. La mère de Lilie, Chrystelle Vincent, 47 ans, nous explique cette démarche.
Comment va Lilie, votre fille, cinq ans après que le public a fait sa rencontre lorsque vous avez décidé de raconter l'histoire de votre famille ?
Bien ! À force d'efforts, Lilie a intégré une classe européenne pour sa quatrième, et poursuit une spécialité de secourisme dans laquelle elle s'investit beaucoup. Elle a été particulièrement bien accueillie dans son nouveau collège, qui accepte chaque élève dans sa spécificité. À la rentrée, l'encadrement m'a demandé si elle avait des besoins en tant qu'adolescente transgenre – par exemple concernant les vestiaires de sport – et tout le monde a été respectueux et à l'écoute de Lilie. Elle est très sportive, et voudrait plus tard intégrer l'armée pour piloter des hélicoptères.
Pourquoi aviez-vous choisi, en 2020, de médiatiser l'histoire de Lilie ?
Nous étions bloqués dans une situation où l'école ne voulait pas utiliser le prénom et les pronoms de Lilie. Parler de notre histoire a permis de faire ressentir l'importance, l'urgence même pour elle, d'être appelée par son prénom féminin et qu'on la traite en petite fille. Ça a fonctionné puisqu'après plusieurs mois, l'établissement a finalement accepté son identité, ce qui a été très bénéfique pour elle.
N'a-t-il pas été difficile d'affronter des regards loins d'être toujours bienveillants ?
Avant de rendre publique notre histoire, nous nous étions préparés au sein de la famille. Après, sur les réseaux sociaux, pour un message transphobe bas du cerveau, on en recevait dix très bienveillants. Nous nous sommes même fait de très bons amis ! Quand Lilie a reçu des messages d'autres jeunes qui la remerciaient de son témoignage qui les avait aidés à comprendre à leur tour leur propre transidentité, elle a encore plus voulu revendiquer qui elle est. Elle a un caractère bien trempé, et sait montrer qu'il ne faut pas l'embêter. Dans le village où nous habitons, s'il y a des personnes hostiles, elles n'ont pas eu le courage de nous le dire. La seule personne qui est venue me parler, c'était pour me dire que son enfant aussi, plus âgé que Lilie, est transgenre. En revanche, Adam, le frère jumeau de Lilie, a été harcelé à l'école et même agressé physiquement, mais aujourd'hui cela va beaucoup mieux. On ne va pas s’arrêter parce que des gens sont intellectuellement limités. S’ils ne comprennent pas avec leur tête, ils saisiront peut-être avec le cœur.
Pourquoi avez-vous souhaité aujourd'hui reprendre la parole dans un média ?
Dans la mesure où Lilie a fait son coming out très tôt, nous n'avons jamais demandé de papiers d'identité où aurait été inscrit son ancien prénom, car c'est quelque chose qui l'angoisse particulièrement : elle vit très mal que l'administration ne l'accepte pas dans sa démarche. Cela fait cinq ans que nous demandons à l'administration de changer son prénom, mais cela lui est refusé quand bien même son dossier est complet et que nous avons apporté toutes les preuves qu'il est utilisé dans la vie quotidienne. Nous savons qu'elle n'a pas encore le droit de changer la mention de genre – la loi ne le prévoit pas pour les mineurs – mais d'ici là, elle aimerait changer son prénom, ce que les textes autorisent. Aujourd'hui, Lilie a besoin de papiers d'identité pour pouvoir voyager avec sa classe européenne, or la justice nous renvoie toujours à plus tard.
Comment a été accueillie cette demande par le service d'état civil de la mairie ?
Moins par jugement de valeur, ou par mépris, que par manque de connaissance sur la manière dont un enfant peut changer de prénom. En 2021, un jugement du tribunal pour enfants a rendu une décision négative. On a compris qu'elle était alors trop jeune pour s'engager dans cette démarche. Nous refusions à l'époque de joindre un certificat médical au dossier, car Lilie n'est pas malade. Maintenant qu'elle a 13 ans, c'est le bon moment ; et pour prouver sa bonne foi, elle a accepté de donner ce document, validé par une équipe pluridisciplinaire de l'hôpital Robert Debré à Paris, qui la suit depuis qu'elle a huit ans : non seulement il y est recommandé d'accéder à sa demande, mais il indique qu'un refus irait dans le sens d'un mal-être.
Qu'espérez-vous aujourd'hui ?
Je ne souhaite pas de passe-droit, mais d'obtenir une réponse rapidement pour savoir si Lilie peut partir en voyage scolaire. Dans le cas où la décision nous serait défavorable, j'aimerais qu'un avocat se sente assez compétent pour attaquer la justice française car ce n'est pas normal que les règles soient différentes d'un département à l'autre : Lilie a le droit de changer de prénom, cela doit lui être accordé. Si on ne gagne pas, on ira jusque devant la Cour européenne des droits humains.
Adolescente, Lilie peut mieux comprendre le monde qui l'entoure... Comment réagit-elle lorsqu'elle entend des discours transphobes ?
Quand Donald Trump a signé des décrets anti-trans, j'ai vu pour la première fois Lilie prendre conscience de sa vulnérabilité et de la possibilité qu'un jour, l'extrême droite l'empêche d'entrer dans l'armée comme elle en rêve. Elle est très consciente que dans de nombreux pays, les personnes LGBT+ ne sont pas les bienvenues, ce qu'elle ressent comme une injustice. Un jour, elle a eu affaire à un pédopsychiatre d'une transphobie folle, qui lui disait qu'elle était un petit garçon. Je lui ai fait comprendre qu'on pouvait partir, mais elle ne le voulait pas. À la sortie de la séance, quand je lui ai demandé pourquoi elle était restée, elle m'a répondu : "C'est pour m'habituer." Ma fille est une battante.
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Crédit photo : capture d'écran TF1