pétitionGPA pour toustes : il est temps !

Par têtu· le 27/11/2023
La GPA pour toutes

Ce plaidoyer pour un débat éclairé sur la gestation pour autrui, et sa légalisation pour les couples hétéros et homos, ouvre notre dossier spécial de 20 pages sur la GPA dans le magazine têtu· de l'hiver, sorti ce mercredi 29 novembre !

Nous n’allions pas terminer cette année 2023, dixième anniversaire de la loi qui a mis fin à la discrimination des couples de même sexe devant le mariage, sans mettre les pieds dans la GPA (gestation pour autrui). Tout au long de la décennie écoulée, des dizaines de milliers de familles françaises ont reconnu et célébré en leur sein l’amour homosexuel, et nombre d’entre elles constatent chaque jour la validité de l’homoparentalité. Nos familles vont bien, merci pour elles.

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Entretemps, les couples de lesbiennes et les femmes célibataires ont obtenu le droit de concevoir un enfant, et c’est bien une vision religio-centrée de la famille, conçue comme une crèche de Noël (sans âne ni bœuf), qui a volé en éclat, sans entraîner aucun des cataclysmes prédits par les opposants à ces progrès. La peur qui prévalait parmi ces derniers s’est largement évaporée devant les faits, si bien qu’aujourd’hui, sondage après sondage, l’opinion se montre de plus en plus majoritairement favorable à la légalisation de la GPA y compris pour les couples homosexuels. Ainsi en 2022, tandis que la quasi-totalité des responsables politiques qui se présentaient devant le vote du peuple campaient sur une crispation conservatrice, ou gardaient un silence prudent sur la question, trois Français sur quatre (75 %) se déclaraient favorables à la légalisation de la GPA pour les couples hétérosexuels, et 59 % pour les couples homosexuels (Ifop).

Si cet écart souligne le travail qui reste à faire contre les préjugés homophobes, et nous rappelle que l’homophobie soutient encore une large part de l’opposition à la GPA, cette nette majorité montre que les Français – et d’ailleurs les Françaises plus encore – ne gobent plus la position dogmatique dépeignant la GPA comme nécessairement synonyme d’exploitation de femmes. C’est que nous savons lire, et écouter, or les exemples sont désormais nombreux, à l’étranger, et le recul suffisant, pour constater que le don de gestation – et non de maternité – peut être parfaitement libre et consenti. C’est l’unique boussole qui doit guider la réflexion sur ce mode de procréation auquel recourent avant tout des couples hétérosexuels : la parole, l’expérience et la volonté exprimée des femmes porteuses.

Cet été, un ministre en exercice, Clément Beaune, a pris position pour la légalisation de la GPA, arguant qu’“avoir notre propre cadre et nos propres règles serait plus juste et plus protecteur, notamment pour les femmes”. Une position personnelle, comme toujours sur ce sujet, sans qu’aucun mouvement politique jamais ne s’en empare. Or les familles concernées méritent mieux que des positions personnelles, et des vœux pour plus tard. Et les personnalités qui nous dirigent ont tort de délaisser ce débat aux seules mains d’un Comité consultatif national d’éthique qui, comme son nom l’indique, n’émet qu’un avis – défavorable – derrière lequel se cachent facilement les responsables politiques pour justifier de maintenir le statu quo. L’exemple belge montre qu’un comité similaire peut tout aussi bien aboutir à des conclusions opposées, nos voisins se montrant parfaitement capables de penser une GPA éthique. Si toutes les réflexions doivent nourrir nos débats, et si ceux-ci doivent laisser place à la contradiction, sans quoi la légalisation de la GPA serait tout aussi dogmatique que son interdiction, la question est avant tout politique, comme l’ont été avant elle celles de l’accès à la contraception ou de l’interruption volontaire de grossesse.

Il nous revient, comme citoyen·nes, de nous emparer de cette question, et il revient aux parlementaires de la considérer sérieusement. Nous réclamons que ce débat ait lieu, qu’il soit éclairé et aboutisse à un vote. Les premiers enfants nés en France d’une GPA à l’étranger sont désormais adultes, et le disent à leur tour : leurs familles vont bien, merci pour elles. Nous réclamons que cesse enfin la mainmise d’une tradition non remise en question sur les choix libres et consentis de citoyen·nes adultes, et que les conditions soient mises en place d’un don de gestation altruiste.

La rédaction de têtu·

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Illustration Sophie Della Corte pour têtu·

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