En mars 2026 auront lieu les élections municipales. En amont de cette séquence politique, des candidat·es s'engagent, par ce manifeste publié dans les colonnes du magazine têtu· de l'hiver, à faciliter enfin la vie des personnes trans et, plus largement, des familles queers.
La droite, l’extrême droite et la sphère masculiniste alimentent aujourd’hui une panique morale autour de l’état civil des personnes trans. Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 seront, à ce titre, décisives pour les droits des personnes LGBTQIA+.
Les maires n’écrivent pas la loi, mais ont le pouvoir de l’appliquer et parfois de la faire évoluer. Nous nous souvenons des luttes, du Pacs au mariage pour toustes en passant par le combat actuel contre le VIH. À chaque étape, des mairies ont ouvert la voie pendant que d’autres tentaient de la refermer. C’est à Bègles, le 5 juin 2004, qu’un couple de même sexe s’est marié pour la première fois en France, forçant le Parlement à agir. Entre 1999 et 2013, de nombreuses communes, souvent à gauche, ont choisi d’appliquer l’égalité avant même qu’elle soit inscrite dans la loi en célébrant les Pacs en mairie.
C’est pourquoi nous affirmons qu’il est temps d’aller plus loin, et que les maires ont les clés pour faire avancer les pratiques et le droit.
Pour en finir avec toute transphobie institutionnelle
Les personnes trans et intersexes subissent aujourd’hui une maltraitance institutionnelle persistante.
Alors que le 20 novembre 2025, Journée du souvenir trans, rappelle, une fois encore, les vies brisées par la transphobie, nous voulons que 2026 soit l’année où la transphobie institutionnelle cessera dans les services municipaux, notamment à l’état civil. Nous n’acceptons plus, en 2026, que la rectification d’un prénom ou d’une mention de genre soit un parcours d’obstacles administratif et judiciaire. La loi de 2016 a démédicalisé la procédure. Dix ans plus tard, il est temps de la rendre simple, rapide et transparente, fondée sur l’autodétermination, y compris pour les mineur·es selon leur degré de maturité, et pour les personnes éloignées ou privées de liberté. La judiciarisation ne doit plus être la règle, et nous y mettrons fin.
Pour cela, nous irons au-devant des évolutions attendues, accueillerons et traiterons les demandes des personnes trans à l’état civil comme nous enjoignent le Règlement général sur la protection des données (RGPD) et la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), les recommandations du Commissaire aux droits humains du Conseil de l’Europe et celles de la Défenseure des droits. Dans ce cadre, nous privilégions l’expression utilisée par la CJUE, « rectification de la mention du genre », qui correspond pleinement au droit de rectification garanti par le RGPD.
En finir avec un service public à deux vitesses
Nous ne voulons plus que les parents trans bataillent pour obtenir une désignation correcte sur les actes d’état civil. Si nous sommes élu·es, nous refuserons plus largement que le service public stigmatise encore les personnes LGBTQIA+, leurs couples et leurs familles.
Nous voulons que toutes les familles homo et transparentales voient leur parentalité reconnue, soutenue et protégée, avec des procédures claires et rapides de reconnaissance de filiation, dans l’intérêt des couples comme des enfants et nous agirons en ce sens, y compris s’agissant des PMA faites à l’étranger ou de la retranscription d’actes de naissance dans un pays tiers.
Nous ne voulons plus non plus que les enfants intersexes, souvent soumis à des interventions chirurgicales sans nécessité médicale, voient leur parcours encore compliqué par des règles d’état civil rigides. Nous favoriserons, dans nos communes, les formulaires inclusifs, les mentions de genre tierces et l’information sur la possibilité de différer l’enregistrement du sexe à la naissance, conformément aux bonnes pratiques internationales.
Nos services accompagneront toutes les familles dans le respect de leur diversité et défendront les droits des enfants intersexes contre toute mutilation par l’information des parents comme des professionnel·les.
Une République de l’égalité et de l’exemplarité, dans chaque mairie
Nous nous engageons à harmoniser les pratiques administratives dans nos communes, selon les recommandations françaises et internationales les plus exigeantes concernant l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles.
Nous mettrons en place, dans nos mairies, des plans d’action concrets et mesurés pour l’élimination de toute discrimination dans le recrutement et au travail dans les services municipaux, ainsi que dans l’accueil de toutes et tous dans ces services.
Nous préserverons et encouragerons l’action des associations LGBTQIA+ dans nos communes, car nous savons l’immense travail qu’elles accomplissent dans l’intérêt de tous et de toutes.
Parce que c’est aussi dans les mairies que se joue l’égalité réelle entre toutes et tous, nous ferons de 2026 une nouvelle étape de l’égalité.
Premières signatures :
- Emmanuel Grégoire (PS, Paris)
- David Belliard (écologiste, Paris)
- Ian Brossat (PCF, Paris)
- Grégory Doucet, Maire (écologiste, candidat à Lyon)
- François Piquemal (LFI, Toulouse)
- Ronan Loas (Horizon, Ploemeur)
- Michaël Delafosse (PS, Montpellier)
- Juliette Chesnel Le Roux (écologiste - PS - PC, Nice)
- Nathalie Appéré, Maire (PS) et candidate à Rennes
- Nadège Azzaz, Maire (PS) et candidate à Châtillon
- Mathieu Hanotin, Maire (PS) et candidat à Saint-Denis
- Johanna Rolland, Maire (PS) et candidate à Nantes
- Léonore Moncond'huy (écologiste Poitiers)
- Régis Godec, candidat écologiste à la mairie de Toulouse
- Stéphane Baly, candidat écologiste à la mairie de Lille
- Katy Vuylsteker, candidate écologiste à la mairie de Tourcoing
- Claire Zytka-Taranto, candidate écologiste à la mairie de Lomme (commune associée de Lille)
- Simon Jamelin, candidat écologiste à la mairie d’Hellemmes (commune associée de Lille)
- Pierre-Yves Bournazel (Horizons, Paris)
- Pierre Jakubowicz (Horizons, Strasbourg)
- Caroline Mecary (LFI, Paris 12)
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Crédit photo : Noemie Coissac / Hans Lucas via AFP