municipalesPierre-Yves Bournazel : "Je suis pour une alternance progressiste à la gauche"

Par Nicolas Scheffer le 12/03/2026
Pierre-Yves Bournazel est élu conseiller municipal de la droite à Paris depuis 2008.

Espérant créer la surprise aux élections municipales à Paris, le candidat de la droite macroniste Pierre-Yves Bournazel détaille son programme concernant les sujets LGBT+.

Il y pense depuis vingt ans, à cette mairie. Après avoir rejoint en 2006 François de Panafieu sous les couleurs de l'UMP, Pierre-Yves Bournazel est élu conseiller municipal de la droite parisienne depuis 2008. Aujourd'hui affilié à Horizons, le parti de l'ancien Premier ministre Édouard Philippe, l'Auvergnat gay de 48 ans affronte au nom des macronistes Rachida Dati, dont il était conseiller en communication lorsqu'elle était ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy. Quelques jours avant le premier tour des élections municipales, il nous reçoit au dernier étage d'un immeuble du quartier animé des Grands Boulevards.

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Sarah Knafo ne connaît pas le prix du passe Navigo, Emmanuel Grégoire sait celui d'une pinte au Cox ; connaissez-vous celui de l'entrée au Tango ?

Pierre-Yves Bournazel : Cela fait quelques années que je n'y suis pas allé... Je dirais 12 euros [c’est exact, ndlr] car lorsque j'y allais, c'était déjà moins cher qu'ailleurs. Je compte bien y revenir bientôt !

Au cours de cette campagne municipale, Le Nouvel Obs a attribué à Rachida Dati des propos sur un "club des homosexuels" qui voudrait la faire perdre, et que vous formeriez avec les macronistes Gabriel Attal et Clément Beaune. Vous qui la connaissez bien, pensez-vous qu'elle soit homophobe ?

Je ne veux pas faire de procès d'intention, mais ce qui est relaté est homophobe. Si ça n'a pas été dit par elle, ça l'est par d'autres. Sur les réseaux sociaux, je suis ainsi la cible d'une campagne LGBTphobe anonyme dirigée contre les candidats à Paris qui seraient "de la jaquette". Les LGBTphobes, je les emmerde à pied, à cheval et en voiture.

Mettez-vous dans le même sac Rachida Dati et la candidate zemmouriste Sarah Knafo ?

Je ne fais toujours pas de procès d'intention, mais je suis gêné lorsque Rachida Dati ne parvient pas à qualifier Sarah Knafo d’extrême droite. Celle-ci est vice-présidente de Reconquête, le parti d'Éric Zemmour, lui-même condamné pour contestation de crime contre l'humanité. Au Parlement européen, ce parti siège avec l'AfD allemand. Ce flou qu'entretient Rachida Dati au sujet de Sarah Knafo en dit long sur ses valeurs à géométrie variable. Je ne composerai jamais avec l’extrémisme, avec le populisme, qu’il soit de droite ou de gauche. Par ailleurs, madame Dati a refusé quand elle était eurodéputée de voter un texte d'interdiction des "thérapies" de conversion à Bruxelles ; quand j'étais député à l’Assemblée nationale, je l'ai voté pour la France. 

Vous avez annoncé que vous ne prendriez pas position pour Rachida Dati ou pour Emmanuel Grégoire si vous n'êtes pas qualifié au second tour. Dans la mesure où vous avez été le conseiller de la candidate de la droite lorsqu'elle était ministre, ne serait-ce pas un soutien caché à sa liste ?

Les uns me reprochent de favoriser Emmanuel Grégoire, les autres d'être un soutien à Rachida Dati. Une majorité de Parisiens souhaite le changement de l'équipe municipale sortante sans vouloir Rachida Dati comme maire. Je suis pour une alternance progressiste à la gauche qui dirige Paris depuis 25 ans, avec un projet sérieux parce que financé. Ma liberté et mon indépendance d'esprit sont au service des Parisiens.

Votre liste comporte pourtant des personnalités comme Florence Berthout, l'actuelle maire du Ve arrondissement, venue de la droite et qui s'est opposée à la PMA pour toutes…

Clément Beaune, Marlène Schiappa, Catherine Michaud... celles et ceux qui m'entourent sont sur une ligne très progressiste. En tant que député, j'ai moi-même voté la PMA pour toutes. C'est une ligne sur laquelle il n'y a pas de "en même temps".

Quel bilan faites-vous du double mandat d'Anne Hidalgo sur les sujets LGBT ?

Sur ces sujets, je n'ai rien à dire de négatif. J'ai d'ailleurs voté ce qui a été fait. Je suis un élu constructif, et j'ai travaillé à la lutte contre les discriminations avec Jean-Luc Romero-Michel. Ce qui a été fait, on va le consolider, mais ma tempérance ne m'empêche pas d'avoir des projets pour l'avenir...

En 2024, vous aviez lancé une proposition de centre d'art dédié aux artistes LGBTQI+. C'est toujours d'actualité ?

Dès le mois d'avril, si je suis élu, je lancerai une mission de préfiguration afin que ce centre ouvre dans la prochaine mandature. Chacun doit pouvoir s'approprier le projet derrière une philosophie : il s'agit d'un lieu d'expression culturelle et artistique destiné à mettre en avant les talents. Les esprits reculent dans le monde entier sur les droits des personnes LGBT+, et la culture doit à l'inverse ouvrir les consciences. C'est la mission de ce lieu. Ce sera aussi l'occasion de créer des résidences pour les artistes LGBTQI+ victimes de discriminations dans leur pays.

N'est-ce pas un projet concurrent des futures Archives LGBTQI+, ne serait-ce que financièrement ?

Pas du tout, ce sont deux projets complémentaires. J'ai relayé les légitimes combats du collectif Archives LGBTQI+, et je sais trouver des solutions. On a prévu un plan d'économies pour désendetter Paris, qui nous permettra d'investir sur les projets qui comptent, comme la culture dont le budget sera augmenté. Je veux que Paris ait un temps d'avance en matière culturelle, que le monde entier regarde la ville non pas seulement pour notre patrimoine considérable, mais parce qu'on invente.

Les extrêmes droites gagnent du terrain à Paris comme ailleurs en France, et l'antisémitisme resurgit dans le débat politique. Comment abordez-vous ce contexte ?

Face aux LGBTphobies comme face au racisme et à l'antisémitisme, il est urgent d'agir pour ne pas laisser la haine prospérer. Les reculs sont possibles, il va donc falloir être très solide. J'ai le caractère et la détermination pour défendre ces valeurs qui viennent de très loin. Je souhaite créer une coalition des villes mondiales pour aller vers la dépénalisation universelle de l'homosexualité. C'est un combat mondial et humaniste pour la liberté.

Année après année, les rapports de SOS homophobie et les chiffres des autorités sont clairs montrent que les atteintes LGBTphobes sont en hausse. Comment protéger les personnes LGBTQI+ ?

Je veux augmenter massivement les effectifs de la police municipale, et chaque agent sera formé contre les discriminations. En plus des forces de l'ordre, chaque agent municipal (dans les bibliothèques, les piscines, l'état civil...) sera formé. Ce sont 52.000 fonctionnaires qui pourront sensibiliser les gens qu'ils rencontrent en dehors de leur travail. Changer d'état civil lorsqu'on est une personne transgenre, ou faire reconnaître son enfant né d'une GPA, ne doit plus être un parcours du combattant. C'est cela, une ville inclusive.

Des bars LGBT se plaignent de la police. Y a-t-il un zèle des forces de l'ordre à l'endroit des établissements queers ?

Je constate qu'ils s'en plaignent... Je suis attaché à ces lieux qui participent de l'âme de Paris, et je suis inquiet de voir l'identité du Marais disparaître au profit de boutiques de luxe. Nous devons pouvoir faire la fête tout en préservant le sommeil des riverains. Je souhaite aider 1.000 établissements à financer leur isolation acoustique. Nous pouvons aussi sauver des commerces : je veux par exemple protéger les librairies indépendantes et les cinémas, en mettant à jour le plan local d'urbanisme pour qu'il ne soit pas possible de changer leur destination commerciale ni d'augmenter leur loyer. C'est une philosophie positive, plus que de sanction.

Emmanuel Grégoire promet de doubler le financement des associations LGBT. Comptez-vous aller dans le même sens ?

Je le croirais s'il avait seulement un plan d'économie ! Emmanuel Grégoire veut augmenter les dépenses sur tout. Je suis le candidat de l'éthique de responsabilité. Les associations LGBT ne perdront pas de financement mais je fonctionnerai davantage par projet : j'augmenterai les aides sur de nouveaux projets pour protéger Paris et lutter contre les discriminations. 

Face au développement du chemsex, serez-vous davantage dans la prévention ou la répression ?

La priorité, ça doit être de sauver des vies. La ville peut financer les associations qui font de la prévention dans ses équipements mais aussi dans les lieux de sortie et de fête. Il faut faire reculer ce fléau du chemsex qui tue des gens. Nous pouvons aussi responsabiliser les plateformes de rencontres.

Êtes-vous favorable à la pérennisation des salles de consommation à moindre risque ?

J'ai vu dans d'autres villes, à Copenhague par exemple, une approche à la fois de santé publique et de sécurité. Il faut accompagner les personnes dépendantes sur un plan médical, social et psychologique. Et les riverains doivent aussi pouvoir vivre en sécurité. On peut accompagner ces personnes en créant moins de lieux de fixation, avec des bus où l'on va vers les personnes.

Quelles figures LGBT vous inspirent ?

Je pense à Harvey Milk, qui était engagé politiquement à une période où c'était très compliqué. Aussi à Marguerite Yourcenar, parce que j'aime son écriture, ainsi qu'à Christophe Beaugrand et Jean-Baptiste Marteau, qui mènent tous deux un combat de visibilité, notamment auprès des plus jeunes, pour lutter contre les LGBTphobies.

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Crédit photo : Martin Lelievre / AFP