[Portrait à lire dans le magazine têtu· de l'hiver, disponible chez vos marchands de journaux ou sur abonnement.] Le réalisateur sud-africain Oliver Hermanus signe le film gay le plus attendu de ce début d’année : Le Son des souvenirs, avec Paul Mescal et Josh O’Connor. À découvrir au cinéma dès ce mercredi 25 février.
Réunir Paul Mescal et Josh O’Connor dans une romance, nous en rêvions, il l’a fait ! Avec Le Son des souvenirs (The History of Sound) en salle ce mercredi 25 février, présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes, Oliver Hermanus nous offre une affiche de rêve entre les deux beaux bruns qui ont déjà fait chavirer nos cœurs, aussi bien grâce à des superproductions qu’à des films plus confidentiels : Paul Mescal, du déchirant Sans jamais nous connaître au très musclé Gladiator II, et Josh O’Connor, du rural Seule la terre au sulfureux Challengers.
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Le cinéaste sud-africain de 42 ans n’en est pas à son coup d’essai. En 2011, son deuxième long-métrage, Beauty, magnifique tragédie sur la violence des désirs, a remporté la deuxième édition de la Queer Palm à Cannes, succédant à Kaboom, de Gregg Araki. En 2019, son très beau Moffie traitait du service militaire, dans son pays d’origine, d’un jeune homosexuel durant l’apartheid. En 2022, Vivre traitait du drame intime d’un homme âgé se découvrant une maladie grave dans le Londres de l’après-Seconde Guerre mondiale. Avec Le Son des souvenirs, Oliver Hermanus propose un autre récit d’époque, mais s’aventure pour la première fois outre-Atlantique en adaptant la nouvelle éponyme de Ben Shattuck. Situé dans la Nouvelle-Angleterre de 1917, le récit est celui de deux hommes passionnés, Lionel et David, qui se rapprochent lors d’un périple à travers le Maine destiné à enregistrer les chansons folk traditionnelles des populations locales. Le réalisateur nous parle de cette adaptation tout en musique et en larmes…
Vos deux têtes d’affiche font partie des acteurs les plus courtisés du moment !
Lorsque nous avons commencé à travailler sur ce film, ils avaient participé à des projets intéressants, comme Seule la terre, pour Josh, ou Normal People, pour Paul, mais ils n’avaient pas encore la popularité qu’ils ont aujourd’hui. En l’espace de cinq ans, ils ont tout cassé ! Pour autant, leur notoriété n’a jamais pesé sur la production du film, et j’ai senti que nous partagions un intérêt fort et sincère pour l’histoire que nous racontons.
Quand on me demande de résumer le propos du Son des souvenirs, je parle d’occasions manquées et de regrets… Cela vous semble juste ?
Sans en dévoiler le dénouement, je dirais qu’on peut porter sur ce film deux regards différents. On peut se dire que c’est bel et bien une histoire de regrets, de "et si j’avais fait ça ?" Mais, en même temps, la fin vient apporter un vrai sentiment de compréhension, et de résolution cathartique nécessaire pour pouvoir tourner la page et avancer.
Bien qu’il se déroule au début du XXe siècle, le film ne fait pas un arc narratif de la répression de l’homosexualité.
Pourquoi avoir fait ce choix ?
C’est presque un coup de théâtre, le fait que ce film ne parle pas du tout d’homophobie ! [Rires.] Moffie abordait déjà cette idée du danger lié à l’homosexualité quand on se retrouve dans des espaces très masculins. Avec Le Son des souvenirs, j’ai voulu que ce soit presque un non-sujet. Pendant longtemps, le cinéma queer s’est surtout intéressé à nos souffrances, afin d’encourager le monde à nous considérer et à avoir de l’empathie pour nous. Aujourd’hui, ce genre de récit n’est plus une obligation. Le Son des souvenirs est simplement une histoire de sentiments universels – l’amour, les regrets – racontée par le prisme gay.
La vraie source de tension dans le film, c’est un sujet très actuel : la santé mentale.
Complètement ! Le public s’attend certainement à ce que ce soit l’homophobie de l’époque qui vienne séparer Lionel et David. Mais ce sont la guerre, le temps et surtout les traumatismes qui vont les éloigner. Or, il est bien connu que les hommes ne parlent pas vraiment de leurs émotions, encore moins pendant la guerre, il y a un siècle…
Entre l’amour et la musique, les deux thématiques principales du film, laquelle vous parle le plus en tant que réalisateur ?
C’est la romance qui m’avait frappé à la lecture de la nouvelle dont le film s’inspire. Son écriture est particulièrement délicate, comme si l’auteur avait acquis une sorte de sagesse quant à la nature de la vie. Pour moi, cette histoire est un peu comme une maison dont les fondations seraient la relation entre les deux personnages principaux et la musique, les briques nécessaires pour la construire.
Dans un monologue, l’un de vos personnages évoque le pouvoir de la musique folk pour traduire et sublimer l’expérience humaine. Avez-vous une chanson en tête qui vous touche à ce point ?
J’ai grandi dans les années 90 en Afrique du Sud, où il y a eu une grosse explosion de culture après l’apartheid. Le premier son qui me vient à l’esprit, c’est "How to Disappear Completely", de Radiohead. Quand je repense à cette chanson, j’ai une vision claire de la période où je l’écoutais, de mon état d’esprit, de mes aspirations du moment… Pour moi, la musique est un horodateur de la vie. Elle fait partie intégrante de notre quotidien et marque des moments clés de nos vies. C’est ainsi qu’on choisit une chanson spécialement pour ouvrir son mariage, car on sait qu’elle renverra toujours à ce moment précis.
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