mondeBrésil : les commanditaires de l'assassinat de Marielle Franco enfin condamnés

Par têtu· avec AFP le 04/03/2026
Marielle Franco a été assassinée le 14 mars 2018.

Après avoir jugé deux anciens policiers coupables de l'assassinat en 2018 de Marielle Franco, élue noire et militante LGBT du conseil municipal de Rio de Janeiro, la justice brésilienne a condamné deux hommes politiques pour avoir commandité le crime.

Huit ans après sa mort, la justice brésilienne a fini de rendre justice à Marielle Franco, dont le meurtre avait profondément choqué au Brésil et au-delà. Le 14 mars 2018, en plein centre-ville, cette conseillère municipale de Rio de Janeiro avait été criblée de balles dans sa voiture au coté de son chauffeur. Issue d'une favela et bisexuelle, l'élue de gauche âgée de 38 ans défendait ardemment les droits des habitants des quartiers pauvres, notamment les jeunes noirs, les femmes et les membres de la communauté LGBT+.

Fin 2024, un jury populaire avait condamné deux anciens membres de la police militaire de Rio pour l'exécution du crime. Restait à juger ses commanditaires présumés. Au terme d'un procès qui a mis en lumière les liens entre des responsables politiques et les milices de l'ancienne capitale du Brésil, la Cour suprême du pays a condamné le 25 février deux hommes politiques à 76 ans de prison pour avoir ordonné l'assassinat.

Milices et politiques à Rio

La Cour suprême a jugé que l'ex-député Chiquinho Brazao, 62 ans, et son frère Domingos, 60 ans, ancien élu de l'État de Rio de Janeiro, ont commandité l'exécution de Marielle Franco en représailles à ses efforts pour contrer les milices qui contrôlent des zones entières de la mégapole carioca. Au conseil municipal, l'élue s'efforçait en effet d'empêcher l'expansion de lotissements clandestins dans les quartiers pauvres, l'une des principales sources de revenus des milices.

Les frères Brazao "n'avaient pas seulement des contacts avec la milice. Ils étaient la milice", a affirmé le magistrat Alexandre de Moraes. Ces organisations criminelles, créées il y a une quarantaine d'années par d'anciens policiers et qui se présentaient initialement comme des groupes d'autodéfense contre le trafic de drogue, sont rapidement devenues de redoutables gangs pratiquant l'extorsion et faisant main basse sur des terrains publics pour y construire illégalement des logements ou des bâtiments commerciaux, tout en bénéficiant du soutien de responsables politiques haut placés.

Racisme et misogynie

Selon les juges de la Cour suprême, qui ont dénoncé le "racisme" et la "misogynie" des accusés, Marielle Franco a été assassinée pour "adresser un message" à la classe politique de Rio. "Une femme pauvre, une femme noire qui a osé s'opposer aux intérêts de miliciens, d'hommes et de blancs", a résumé le juge Moraes.

"La violence politique fondée sur le genre et la race, qui existe dans ce pays, doit cesser", a déclaré à l'énoncé du verdict la sœur de la victime, Anielle Franco, actuelle ministre de l'Égalité raciale dans le gouvernement du président Lula. Jurema Werneck, directrice d'Amnesty International au Brésil, a salué un verdict "historique, car le Brésil a maintenant la possibilité de rompre le cycle d'impunité (qui) a été la norme."

Crédit photo : AFP – Mario Vasconcellos