éditoPrEP injectable contre le VIH : l'Afrique d'abord

Par Thomas Vampouille le 17/09/2025

[Cet édito ouvre le magazine têtu· de cet automne, disponible chez vos marchands de journaux ou sur abonnement.] Alors que le désinvestissement massif des États-Unis de Donald Trump fait craindre une recrudescence de l'épidémie de sida dans les pays à faible revenu, l'arrivée d'une PreP injectable ouvre une occasion historique sur le front de la lutte contre le VIH.

“Elle vient d’où ? Elle vient de l’Afriiique !” Sacrée reine des reines au terme de la première édition "All Stars" de Drag Race France, Mami Watta marque aussi l’histoire de la franchise. Arrivée en France à l’âge de 20 ans pour poursuivre ses études, la queen ivoirienne n’est que la deuxième Africaine à recevoir la couronne toutes éditions confondues, après BeBe Zahara Benet, née au Cameroun, qui gagna la toute première saison de RuPaul’s Drag Race, en 2009.

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Au début de l’année, nous avions proposé à William (le garçon sous la perruque) de présenter un film qui lui tenait à cœur à notre ciné-club mensuel. Il avait choisi Woubi Chéri, un documentaire sorti l’année de sa naissance, en 1998, tourné à Abidjan. Derrière Barbara, fondatrice de l’Association des travestis de Côte d’Ivoire (ATCI), on y suit la vie de plusieurs personnes queers – woubi étant un terme péjoratif qui désigne les gays efféminés ou les personnes trans en nouchi, un argot ivoirien.

Près de trente ans plus tard, le ciel des LGBT s’est à nouveau chargé en Côte d’Ivoire. Si l’homosexualité n’y est pas criminalisée, ce qui en fait un refuge relatif pour les personnes queers de la région, les droits n’y ont guère progressé et les controus (les LGBTphobes, en nouchi) sont à l’offensive. C’est ainsi qu’on a vu se multiplier en 2024 les agressions homophobes, et des influenceurs appeler à tuer les woubis au nom de la religion et de “valeurs africaines” prétendument incompatibles avec les identités queers.

Mami Watta, avec le courage qu’il lui a fallu pour faire son coming out drag dans une émission largement diffusée à la télévision et sur internet, a tenu à y rappeler que les esprits peuvent toujours évoluer, prenant pour exemple la réaction en deux temps de sa famille : “Il y a de l’espoir, on peut être queer, africain et communiquer avec nos parents, être heureux avec eux.” Ce sont les mêmes préjugés qu’elle dément avec flamboyance en arborant, dans une rue parisienne du quartier de Château-Rouge, sa fameuse tenue monumentale d’inspiration wobé (sa culture d’origine), laquelle suscite l’accueil enthousiaste et fier qu’elle mérite.

Avec son nom emprunté à une divinité de l’eau, prédestiné à être invoqué par des foules avides de pluie dans ce nouvel été de feux furieux, Mami Watta incarne la jeunesse de ce siècle, qui sait que nous n’avons d’autre solution que le vivre-ensemble. Tant mieux. Un repère utile, alors que les prochaines législatives en France promettent d’être encore placées sous la menace de l’extrême droite. Il est pourtant faux d’affirmer que ses propositions n’ont jamais été essayées. Prenez l’immigration : depuis 25 ans, de Nicolas Sarkozy à Bruno Retailleau en passant par Gérald Darmanin, quel ministre de l’Intérieur n’a pas juré de la réduire ? Vaine promesse, nous le savons : dans les décennies à venir, la pression migratoire va s’accroître sur les parties du monde les moins vulnérables aux bouleversements climatiques, légitimement – où iriez-vous, avec les vôtres ? In fine, que propose l’extrême droite européenne face à cette réalité : l’érection d’un mur à la manière de Donald Trump ? Imposture.

Nous devons rendre les médicaments à action prolongée accessibles à tous les pays à faible revenu."

“Pour la première fois peut-être dans l’histoire, les nations riches ont le plus strict intérêt à se montrer beaucoup plus généreuses”, constatait déjà en 1962 l’écologiste René Dumont, auteur de L’Utopie ou la Mort, dans un écrit sur l’Afrique. Une occasion historique s’ouvre aujourd’hui pour le continent sur le front du VIH. Tandis que quarante ans de lutte et de recherche permettent aux populations occidentales d’entrevoir la fin de l’épidémie grâce à un traitement préventif par comprimés (la PrEP), l’Afrique subsaharienne concentre la moitié des nouvelles contaminations (1,3 million en 2024), dont 63 % de femmes et de filles, et plus de la moitié de la mortalité mondiale liée au VIH. Or, le laboratoire américain Gilead a développé une PrEP injectable révolutionnaire qui garantit une protection totale avec deux injections seulement par an. Excellente nouvelle, tombée cet été : l’Union européenne a autorisé sa commercialisation, ouvrant le chantier de son prix qui reste à fixer…

Mais si, pour une fois, nous faisions les choses dans le bon ordre ? Exhortant à lever les brevets du “médicament miracle” pour en permettre la fabrication dans une version générique abordable, la directrice exécutive de l’Onusida a lancé il y a déjà un an, lors de la 25ᵉ Conférence mondiale sur l’épidémie, cet appel : “Nous devons rendre les médicaments à action prolongée accessibles à tous les pays à faible revenu. Maintenant, pas dans six ans !” Winnie Byanyima doit être entendue : ce chemin seul mènera à la vraie fin du sida.

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Crédit photo : Karl-Josef Hildenbrand / dpa via AFP

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