Comptant ravir Paris à la gauche aux élections municipales, la candidate de la droite Les Républicains (LR), Rachida Dati, a tenu à éclaircir son rapport aux questions LGBT.
Avant toute chose, peut-on revenir sur cette expression, "club des homosexuels", qui vous a été attribuée dans un article du Nouvel Obs ?
Rachida Dati : J’ai déposé plainte contre Le Nouvel Obs qui m’a attribué ces propos de manière mensongère. Je n’ai jamais prononcé ces mots, et surtout je n’ai jamais réfléchi en "communautés". Je sais trop ce que c’est d’être sans cesse ramenée à son identité. La liberté est le moteur de tout ce que j’ai fait dans ma vie, y compris la liberté sexuelle. Je sais ce que c’est que de devoir passer un test de virginité chez le médecin. Je sais ce que c’est que d’accepter un mariage forcé. C’est mon histoire. Donc j’accompagne tous les combats qui concernent les libertés individuelles, dès lors qu’elles n’entravent pas celles des autres.
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Le "lobby LGBT", c’est bien un épouvantail souvent agité par la droite…
C’est une expression qui est malheureusement répandue dans tous les camps politiques, et dans tous les milieux sociaux. C’est insupportable, mais il est aussi insupportable, parce que l’on est de droite, d’être assigné à l’homophobie. Je vais vous dire, le mot lobby m’est totalement étranger. Je suis effrayée par le retour de ces fantasmes.
Vous-même, comme élue, vous êtes opposée à plusieurs avancées des droits LGBT, de la loi Taubira aux "thérapies" de conversion, en passant par l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA).
Je n’ai jamais manifesté avec La Manif pour tous. Ma principale préoccupation, lors de l’adoption de la loi Taubira et de l’ouverture de la PMA, a été la filiation. J’ai vu beaucoup d’enfants aller mal parce qu’ils ne connaissaient pas leurs origines. Je suis pour que la filiation soit inscrite et qu’un enfant puisse y accéder. Cette question concerne tous les enfants, quelle que soit la situation de leurs parents. Sur les thérapies de conversion, l’abstention au Parlement européen était un vote de groupe, technique et non politique. Parce que le droit de la famille n’est pas une compétence européenne et que tout ce qui est hors compétence communautaire, on ne le vote pas pour ne pas acter le transfert de cette compétence à l'Union européenne. Cela garantit que les États restent souverains sur ces sujets. S’il faut le redire, je le redis, je suis totalement opposée aux thérapies de conversion et, si j’avais été députée nationale, je l’aurais exprimé lors de ce vote.
Vous restez opposée à la légalisation d'une gestation pour autrui (GPA) ?
J’assume ma position : je ne suis pas favorable à la légalisation de la GPA, parce que je trouve que c’est une atteinte au corps des femmes et à la liberté des femmes. Je pense qu’on peut défendre avec force l’égalité des droits et lutter contre les discriminations sans être favorable à la GPA.
Sur les questions de genre, lors de sa campagne présidentielle en 2022, Valérie Pécresse avait déclaré à têtu· : "L’autodétermination, c’est dans mon ADN". Aujourd’hui, des élus de la droite Horizons ont signé le manifeste publié par têtu· appelant les maires à accepter le changement de la mention de genre à l’état civil. Et vous ?
Sur le changement de genre, cela doit être encadré, c’est une question de sécurité juridique pour la personne elle-même. Aujourd’hui, c’est au tribunal, mais vous pourriez tout à fait le faire en mairie par l’officier d’état civil. Regardez le Pacs, maintenant c’est en mairie. Mais il faut conserver un minimum de procédure, un encadrement, et un âge minimal me semble devoir être défini avec des spécialistes.
Contre les violences LGBTphobes, et notamment la multiplication des guets-apens homophobes, que pourrait faire la municipalité que n’aurait pas réussi à faire le gouvernement auquel vous avez appartenu ?
Je suis favorable à une politique de sécurité et à une politique pénale dédiée. Avec 100% des rues couvertes par la vidéoprotection, avec une police municipale renforcée de jour comme de nuit, qui aura pour mission la sécurité des biens et des personnes, c’est l’intégralité des Parisiens qui seront mieux protégés. Cette police municipale armée, équipée et formée viendra en appui de la police nationale. Comme présidente du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, je demanderai au procureur de la République une politique pénale ferme, sur tout le territoire de Paris, dédiée à la lutte contre les violences LGBTphobes, en s’assurant que les circonstances aggravantes soient bien retenues lors de la qualification pénale des faits.
Beaucoup d’élu·es de la droite remettent en cause l’intervention à l’école des associations spécialisées dans l’éducation affective et sexuelle : vous en faites partie ?
Je suis mère d’une fille de 17 ans, et je pense que l’éducation via l’école lui a apporté un accompagnement qu’il est toujours plus compliqué pour des parents d’apporter, sûrement par pudeur ou par reproduction de sa propre éducation. Derrière la question de l’éducation affective, il y a la question de la découverte et du respect de son corps, de l’apprentissage du consentement mais c’est aussi, plus largement, un outil de prévention en matière de psychologie de l’adolescent.
Concernant la réduction des risques, vous comptez fermer les salles de consommation à moindre risques ; n’est-ce pas aller contre l’histoire même de la droite, qui avait autorisé dans les années 1980 la distribution de capotes et la vente de seringues en pharmacie ?
J’ai vu des proches mourir d’overdose parce que les produits étaient coupés ou parce que le matériel utilisé était souillé. Je n’ai pas un rapport théorique ou festif à la drogue. Je pense que la drogue tue et qu’il faut sauver ces vies. J'ai toujours été favorable à la prévention et à la réduction des risques, qui passe par la distribution de matériel propre et d'un accompagnement social. Mais je suis plus favorable encore à des solutions de sevrage, ce que ne sont pas les salles de consommation telles qu’elles sont conçues aujourd’hui. La maire de Paris est présidente de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP). À ce titre, elle doit pouvoir orienter la lutte contre les addictions vers le sevrage et la réinsertion, avec un accompagnement social très important.
La sénatrice Anne Souyris a proposé une loi pour acter le principe du "bon samaritain", c’est-à-dire le fait que la police n’intervienne pas quand les secours sont appelés pour une urgence liée à la consommation de drogue, en particulier dans le cadre de la pratique du chemsex. Est-ce que vous soutiendriez cette mesure ?
La police est d’abord là pour protéger. Et il s’agit aussi de protéger des personnes qui ont pu être mis en danger, notamment des mineurs. Je ne suis pas d’accord pour fermer les yeux au prétexte qu’il y a une urgence sanitaire. Mais dans de telles circonstances, chacun sait que la priorité est toujours la prise en charge sanitaire et de sauver des vies.
Donc on poursuit la politique indifférenciée de la guerre à la drogue, quand nos voisins comme l'Allemagne légalisent la consommation de cannabis ?
Je connais depuis longtemps tous les enjeux liés au trafic de drogue et de la toxicomanie. La composition du cannabis, son principe actif, a fortement évolué, et en pire. Le cannabis d’aujourd’hui n’est pas l’herbe des années 1970. Je ne renoncerai jamais à la lutte contre la drogue. Trop de vies et de familles brisées !
À Paris, le bilan de la majorité sortante est plutôt salué sur les sujets LGBT. Vous le contestez ?
C’est grâce à mon groupe politique au conseil de Paris que le projet des Archives LGBTQI+ a été relancé. Depuis 2020, nous soutenons activement le Collectif, malgré les blocages de la mairie actuelle. Je me suis engagée à garantir sa pérennité en mettant les locaux à disposition et en faisant de ce centre un lieu vivant, ouvert à tous.
Au cours de votre campagne municipale, vous vous êtes affichée dans le Marais auprès des établissements LGBT. Que feriez-vous pour préserver ces lieux ?
Depuis des années, ces établissements alertent la mairie de Paris. J’y suis attachée car je considère qu’ils ont contribué à façonner le Marais : sa liberté, son esprit festif, son esprit rebelle. Aujourd’hui, cette identité est menacée par manque de soutien. Des lieux emblématiques laissent place à des boutiques pour touristes. Je m’oppose à la disneylandisation du centre de Paris. Je veux que les Parisiens continuent à y habiter et que chaque quartier conserve son âme et son histoire.
L’an dernier, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, avait retiré la subvention à la Pride de Paris à cause de son affiche, mais la mairie avait compensé la perte. Vous le ferez également ?
Beaucoup d’homosexuels ne se sont pas reconnus dans cette affiche de la Pride qui a choqué un grand nombre de Parisiens et de Franciliens. Il faut savoir le reconnaître. La Pride a vocation à véhiculer un message de tolérance et d’universalisme. Je m’étonne aussi d’y voir une femme voilée, qui porte un message d’assignation.
Notre sondage sur les intentions de vote LGBT en 2027 montre une disparition de la droite et de l’extrême droite zemmouriste au profit direct du Rassemblement national (RN). Comment l’expliquez-vous ?
Je constate dans cette campagne que les Parisiens, qu’ils soient homosexuels, hétérosexuels, non-binaires, veulent d’abord de la sécurité, un meilleur cadre de vie et de la propreté. Je pense que ce ne sont pas les considérations communautaires qui priment dans les choix électoraux, à partir du moment où les droits fondamentaux et les libertés individuelles ne sont pas menacés.
Ferez-vous alliance avec Sarah Knafo, la candidate d’Éric Zemmour ?
J’ai été très claire à plusieurs reprises : pas d’alliance avec le parti d’Éric Zemmour.
Récemment, l’extrême droite a dénoncé l’existence sur une chaîne du service public d’un programme comme Drag Race France. Vous qui avez lancé, comme ministre de la Culture, un plan de soutien aux cabarets, partagez-vous ce point de vue ?
J’ai toujours adoré le cabaret, c’est pour ça que j’ai lancé ce plan cabaret, dont j’ai augmenté les moyens avant de quitter le ministère de la Culture. Comme ministre, j’ai mis à l’honneur la culture populaire, dans tous les territoires, et je sais que ça en a secoué quelques-uns. Mais j’assume que les cabarets soient des lieux de liberté, avec une identité culturelle forte, et pas seulement à Paris d’ailleurs. La culture drag s’inscrit dans cette tradition.
Comment faire comprendre cela à votre électorat, dont une large partie continue d’associer le drag à une menace pour les enfants ?
Je considère que c’est à chaque parent de juger à quel type de spectacle il emmène ses enfants. Ma famille politique plaide pour la liberté et la responsabilité des parents.
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Crédit photo : Alain Jocard JOCARD / AFP