Militant historique de la lutte contre le VIH/sida, Frédéric Navarro, simplement Fred pour ses proches, est mort à l'âge de 65 ans. Ses obsèques sont prévues ce mardi 3 mars au crématorium du cimetière du Père Lachaise, à Paris.
Photographie : Lucie Cipolla pour têtu·
"Il est parti dans son sommeil, sans souffrance. On lui prépare une belle fête, tout en couleurs." Les proches de Frédéric Navarro ont annoncé ce 22 février la mort à 65 ans du militant historique de la lutte contre le VIH/sida, qui fut président d'Act Up-Paris de 2011 à 2013. "Fred N sans Haine, ne t’inquiète pas, on continue le combat", ajoute le communiqué publié sur les réseaux sociaux, en référence à la formule par laquelle il aimait signer ses messages.
"Il a rejoint Christian, l'amour de sa vie", écrivent encore ses camarades en parlant de Christian Charpentier, avec qui Fred a partagé 18 ans de sa vie. À la mort de son compagnon, en 2010, Fred est choqué par la façon dont sa dépouille est traitée à l'institut médico-légal : l'interdiction de pratiquer des soins funéraires de conservation des personnes séropositives au VIH ou à une hépatite virale, datant de 1986, est toujours en vigueur. Ce sera son grand combat, couronné de succès par l'arrêté du 12 juillet 2017, signé par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui lève cette interdiction à partir du 1ᵉʳ janvier 2018.
Le dernier patchwork de Fred
"Depuis 25 ans, même avec sa canne à fleurs affreuse, il était de toutes les manifs, se souvient avec tendresse son frère d'armes homonyme Fred Bladou. On verra son spectre nous suivre dans les cortèges." C'est en 1986 que Fred avait lui-même appris sa séropositivité, annoncée au téléphone par son médecin traitant après une banale visite médicale. Il n'a que 25 ans et, comme tous ceux de sa génération, peu d'espoir dans ces conditions de voir ses quarante ans. Déjouant les statistiques, il survit jusqu'à l'arrivée des trithérapies, dix ans plus tard, mais gardera les stigmates caractéristiques de ceux qui ont connu les premiers traitements, ce qui n'entamait pas son humour légendaire. "On a dû lui enlever toutes ses dents, et il trouvait le moyen d'en rire, sourit Drass, son amie de plus de vingt ans. Il aimait raconter que sans son dentier, il faisait les meilleures pipes de Paris et qu'on l'appelait bouche de velours."
Les journalistes de têtu· ont bien entendu souvent croisé ce "punk à chatte" (selon l'expression de Drass), au style aléatoire et à la drôlerie sans gêne. Fred répondait toujours de bon cœur à nos questions, notamment sur le sujet récent du vieillissement des personnes vivant avec le VIH. Ces derniers temps, on pouvait le retrouver aux ateliers des Ami·es du Patchwork des noms, association qui a reçu en 2025 le têtu· de la Mémoire LGBTQI+ pour son travail sur les morts du sida. Fred s'était donné pour mission de coudre son carreau en hommage à Christian, qu'il avait choisi d'égayer de compagnons multicolores. "Pour que lui reste dans l’histoire et que je puisse écrire les premiers jours du reste de ma vie", expliquait-il tendrement en évoquant cette étape symbolique de son deuil. "Il est allé au bout de la réalisation du patchwork pour Christian, nous fait savoir l'asso dans son hommage au militant disparu. Il n’a pas eu le temps de le voir déployé, nous le ferons pour lui." Pour ses obsèques, ce mardi 3 mars au crématorium du Père Lachaise à Paris, ses proches ont transmis "un dress code" relayé par Act Up : "Activiste et paillettes".
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