tribuneLa gauche émancipatrice doit porter un modèle français de GPA éthique

Par tribune le 28/05/2026
Manifestation de suffragettes françaises pour réclamer le droit de vote pour les femmes, lors du 31è congrès radical socialiste qui s'est tenu à Nantes le 27 octobre 1934.

À l'approche du congrès du Parti radical de gauche (PRG), Flavio Dalmau, président des Jeunes radicaux de gauche de Haute-Garonne, exhorte son parti à porter, dans le débat pour la présidentielle 2027, la légalisation d'une gestation pour autrui (GPA) éthique.

Le 6 juin, à quelques mois de l’élection présidentielle, le Parti radical de gauche (PRG) tient son congrès. Alors que l’extrême droite cherche à se positionner en tant que défenderesse d’un "idéal sociétal", la gauche progressiste aura la responsabilité de retrouver sa quête de l’émancipation humaine. C’est pourquoi, au sein de ce congrès, nous porterons une contribution visant à intégrer la mise en place d’une GPA éthique dans notre programme, afin que le PRG devienne le premier parti national à défendre un modèle français respectueux et profondément républicain. 

Depuis l’interdiction juridique de la gestation pour autrui en 1994, la société française a profondément évolué. La jurisprudence européenne et française a progressivement conduit à la reconnaissance des enfants nés de GPA réalisées à l’étranger, au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant. Cette évolution dresse une réalité : les parcours de parentalité existent déjà et concernent des situations humaines très diverses. Contrairement aux caricatures souvent entretenues dans le débat public, la GPA ne peut être réduite à une seule revendication. En 2023, une note du Sénat rappelle que ainsi, dans les pays où la pratique a été légalisée, "la majorité des GPA réalisées en milieu clinique concerne des couples hétérosexuels présentant une stérilité irréversible ou des femmes qu’une grossesse classique exposerait à un risque sévère pour leur santé"

À celles et ceux qui, dans le confort de leur situation, pensent que le système actuel interdit la GPA, et que cette interdiction serait juste, il convient de rappeler qu’il ne supprime pas le recours à la GPA, il refuse simplement d’en voir la réalité. 

C’est justement parce que notre pays est en retard sur les débats sociétaux que nous disposons aujourd’hui du recul nécessaire sur les dérives qui ont pu apparaître dans certains systèmes étrangers. Les agences privées, les intermédiaires commerciaux instaurant parfois un marché opaque et lucratif. Plusieurs pays démontrent en revanche qu’il est possible de développer un autre modèle de GPA, comme le Canada, le Royaume-Uni ou encore les Pays-Bas. En raison de notre retard, nous pouvons nous enrichir de ce qui se fait ailleurs dans le monde. Nous pouvons désormais construire un modèle de GPA parmi les plus protecteurs et les plus éthiques au monde.  

Le radicalisme de gauche s’est historiquement construit autour de l’émancipation humaine par le biais des libertés individuelles et du progrès social. Nous avons été précurseurs sur la laïcité avec la loi de 1905, le divorce rétabli dès 1884, la contraception, le Pacs, la PMA pour toutes et le droit à mourir dans la dignité. La question de la GPA doit être abordée dans cet esprit, sans aucun conservatisme moral, sans aucune marchandisation du corps humain. Parce qu’un enfant ne peut être considéré comme un bien de consommation, ni faire l’objet d’un contrat marchand, et que le corps des femmes ne peut être envisagé comme un objet du marché. C’est pourquoi la puissance publique devra assumer son rôle.  

Nous devons défendre un modèle de GPA éthique, assuré par son caractère altruiste, exceptionnel et médicalement justifié. Garantir que ce processus se fasse sans aucune rémunération commerciale, sans agence privée lucrative et sans possibilité de profit économique. Pour ce faire, elle ne peut reposer que sur un consentement libre et éclairé, sur un processus disposant de garanties sociales fortes, d’un contrôle judiciaire assumé et d’un accompagnement psychologique permanent. La GPA doit rester l’ultime recours médical et humain dans le processus de procréation. Le rôle du politique n’est pas de nier les réalités humaines. Il est de proposer un cadre exigeant garantissant l’humanisme indispensable à notre société.

L’ensemble de la gauche a de nouveau rendez-vous avec son histoire. À elle, à nous, de continuer à être des précurseurs du progrès sociétal et de l’émancipation.

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Crédit illustration : en 1934, des suffragettes interpellent le congrès radical-socialiste de Nantes au nom de l'émancipation politique des femmes (photo AFP).

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