Pour la fin des examens anaux forcés dans tous les pays
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Pour la fin des examens anaux forcés dans tous les pays


Une ONG vient de dénoncer huit pays qui pratiquent des examens anaux forcés et urge les Nations Unies à intervenir contre cette pratique dégradante et sans valeur médicale.

« Les examens anaux forcés sont invasifs, envahissants et profondément humiliants, et sont une flagrante violation des obligations des gouvernements au niveau des droits humains » dénonce Neela Ghoshal, chercheuse senior auprès du programme Droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) à Human Rights Watch. Cette ONG de défense des droits humains a publié hier un rapport sur les examens anaux forcés pratiqués sur des hommes mais aussi des femmes transgenres accusés de rapports sexuels homosexuels consentis dans des pays où l’homosexualité est toujours punie par la loi.

D’après cette organisation, au moins huit pays ont pratiqué de tels examens au cours des cinq dernières années : le Liban qui tente de mettre fin à cette pratique, l’Egypte et la Tunisie qui y ont recours très fréquemment lors des poursuites judiciaires contre des hommes ayant eu des rapports homosexuels consentis, mais aussi le Kenya, l’Ouganda, le Cameroun, le Turkménistan et la Zambie. Or selon Neela Ghoshal, « en 2016, personne ne devrait être soumis à des examens pénibles et dégradants qui sont basés sur des théories infirmées et vieilles de 150 ans. »

« Le plus grand mensonge jamais fabriqué dans l’histoire de la médecine »

Car ces examens émanent effectivement de théories élaborées au XIXème siècle et selon lesquels on peut identifier une personne ayant des rapports homosexuels à la tonicité de son sphincter ou à la forme de son anus. Or, des experts internationaux de médecine légale ont depuis balayé cette hypothèse et établi que de tels examens étaient inutiles, cruels et dégradants. Pour le Docteur Sami Kawas, médecin légiste au Liban, il s’agit même là du « plus grand mensonge jamais fabriqué dans l’histoire de la médecine » car « on ne peut pas prouver qu’une personne est gay, par aucun de ces examens. »

En outre, d’après le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, ces examens « envahissants », « dégradants » et « sans valeur médicale » équivalent à de la « torture ou au mauvais traitement », lesquels sont pourtant interdits dans les législations nationales des pays incriminés.

D’après un groupe indépendant d’experts en médecine légale, ce genre d’examens s’apparente même à « une forme d’agression sexuelle et de viol ». En effet, ces examens consistent en une pénétration forcée, traumatisante pour ceux qui la subissent, comme Human Rights Watch a pu le constater en interrogeant une trentaine d’individus à travers le monde :

« Quand je me suis habillé, ils m’ont menotté et je suis sorti, complètement sous le choc. Je ne pouvais pas encaisser ce qui se passait » raconte un étudiant tunisien. « J’ai toujours des cauchemars de cet examen. Parfois je n’arrive plus à dormir quand j’y pense. Jamais je n’aurais pensé qu’un médecin puisse me faire une chose pareille » indique un jeune Camerounais, neuf ans après les faits.

Étendre l’interdiction de la torture à tous

Au delà de la décriminalisation de l’homosexualité évidemment exigée par Human Right Watch, l’ONG réclame avant tout la fin de tels abus :

Personne ne devrait être arrêté à cause de son comportement sexuel privé, mais quand de telles arrestations arrivent, les examens anaux forcés ajoutent une couche supplémentaire de cruauté et d’abus inutiles.

Chaque pays devrait garantir les droits fondamentaux et la dignité des personnes accusées de rapports homosexuels, et reconnaître le fait que l’interdiction de la torture s’étend à tout le monde, quelle que soit leur orientation sexuelle ou identité de genre.

Aussi, Human Rights Watch exige que ces violations des droits fondamentaux soit évoquées lors de l’examen périodique universel des États concernés au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. L’ONG a également demandé à ce que l’expert indépendant des droits LGBT – dont le poste vient d’être créé – prenne en charge le dossier, comme l’indique Swissinfo.ch.

Pour en savoir plus :






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Crédit photo couverture Human Rights Watch

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