Cyril Hanouna, cet
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Cyril Hanouna, cet "obsédé de l'homosexualité"


« Bitomanie », « Balais dans le cul », « Brad Bite »…  L’association des journalistes LGBT (AJL) dénonce le traitement de l’homosexualité dans Touche pas à mon poste, sujet de raillerie et d’humiliation.

Matthieu Delormeau, à propos d’une épreuve de Koh-Lanta : Ça vous dit de rester 30 minutes devant deux personnes debout sur un poteau ?

Jean-Michel Maire : Bah, tu restes bien deux heures sur une teub toi !

Nous sommes le 21 novembre 2016 sur le plateau de Touche pas à mon poste. La moitié du public est hilare, l’autre siffle le chroniqueur qui est contraint de quitter le plateau… pendant cinq minutes. C’est une séquence ordinaire pour l’émission de Cyril Hanouna. L’association des journalistes LGBT (AJL) en a fait les frais. Pendant tout le mois de novembre, elle a relevé les occurrences LGBT et en a conclu que le dit Baba est « obsédé par l’homosexualité » : sur 20 émissions, 42 mentions, dont « la grande majorité (28) l’est sous couvert de la « blague » de mauvais goût ». TPMP roule donc à plus d’une blague homophobe par jour en moyenne, selon l’étude intitulée « Un mois d’homophobie ordinaire ». Tour d’horizon de tous les stéréotypes que nous avons mis tant d’années à déconstruire et que Cyril Hanouna ressuscite en deux heures d’antenne quotidienne :

Stéréotypes n° 1 – Les gays sont efféminés

Prendre une attitude féminine pour mimer les gays, c’est la grande blague du plateau de TPMP, comme lorsque Cyril Hanouna et Camille Combal font mine de se marier, ou qu’Ahmed Sylla imite Mathieu Delormeau en train de se battre. Le 3 novembre, l’AJL relève aussi ce passage ou Jean-Luc Lemoine demande à Mathieu Delormeau si « on t’a déjà donné un surnom de mec ? », ou lorsque le 21 novembre, ce dernier explique qu’il porte la barbe pour avoir l’air viril, et qu’Hanouna rétorque « C’est pas votre qualité première ! ». Les femmes de l’émission jouent d’ailleurs sur le même créneau, comme en témoigne cet échange du 23 novembre avec la chroniqueuse Capucine Anav :

Matthieu Delormeau : J’aimerais bien avoir un garçon pour pouvoir lui transmettre mes passions, tout ça.

Capucine Anav : Alors vaut mieux une fille !

Stéréotype n°2 – Les gays sont des obsédés sexuels

« Y’a un mec qui s’empale sur la tige, y’avait Delormeau hier dans Incroyable Talent ? » Ramener Matthieu Delormeau à des pratiques sexuelles est l’autre grosse tendance observée par l’AJL dans Touche pas à mon poste. Bien que le chroniqueur soit extrêmement pudique au regard de sa vie privée – se faisant même outer en direct au mois de septembre – il est accusé de « bitomanie » et d’avoir les mains baladeuses, surnommé « Brad Bite » et encouragé à manger un œuf périmé par « t’as qu’à te dire que c’est une couille pour te motiver ! » Le 21 novembre, alors qu’il raconte une déception amoureuse en faisant le constat que « depuis, j’ai du mal à ouvrir mon cœur », un chroniqueur provoque l’hilarité du plateau en soufflant « le cœur, oui… ». Un soir, le chroniqueur Jean-Michel Maire va même jusqu’à moquer ceux qui ne trouvent pas la force de faire leur coming-out : « Etre dans le placard… d’où l’expression avoir un balai dans le cul« .

Stéréotype n° 3 – Les gays méritent de se faire frapper

Cyril Hanouna : Non mais je vais t’expliquer. Celui qui va me « ken », il est pas né.

Matthieu Delormeau : Comment ?

Cyril Hanouna : T’as très bien entendu.

Tandis que les allusions à la sexualité de Delormeau sont légion, dès qu’elles atterrissent sur l’animateur de l’émission, cela se solde par des menaces homophobes. Le 29 novembre, l’AJL observe ainsi Cyril Hanouna annoncer tranquillement à Matthieu Delormeau que « si tu commences à me toucher, on peut assister à un homicide. » Bref, on peut rire d’homosexualité contre un homo, mais pas contre un hétéro. Quelques jours avant, Baba avait également défendu des policiers qui avaient insulté l’ex-animateur de NRJ 12 en affirmant « Je les comprends ». Soit un appel à la violence lancé aux heures de grande écoute, alors qu’en France les jeunes homosexuels ont 4 fois plus de risques de se suicider que les hétéros à cause du rejet et de l’intolérance, comme le rappelle à juste titre l’AJL.

Le public de TPMP : de futurs homophobes en puissance ?

Selon l’association, qui lutte pour une meilleure représentation des LGBT dans les médias, Touche pas à mon poste dessine le cadre de « ce qu’il est possible de faire chez soi, avec ses ami-e-s, au travail, au lycée : se moquer des personnes LGBT pour ce qu’elles sont, les transformer en animaux de foire sous couvert d’humour, les accepter (un peu) pour les humilier (beaucoup). » Or par « son audience (importante) et son public (jeune), » TPMP a « une responsabilité particulière dans l’imaginaire qu’elle offre » car elle « donne à voir les comportements de harceleurs de cour de récré », pouvant avoir des « conséquences dévastatrices » conclue l’association, urgeant les autorités à prendre les mesures nécessaires. D’autant que ces propos discriminatoires ne s’en prennent pas qu’aux homos mais aussi aux femmes, régulièrement réduites à l’état d’objet sexuel. L’AJL dénombre ainsi une vingtaine de propos sexistes durant le seul mois de novembre, en plus des deux affaires d’agression sexuelle signalées au CSA. Bref, bienvenue dans une émission où des invités sont libres de clamer « Je la prendrais bien Enora. Dans le vestiaire, mon gars, elle ferait pas la maligne ».

 

Crédit photo @cyrilhanouna/Instagram

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