Courrier du cœur :
Sexo/Psycho

Courrier du cœur : "Je suis amoureux d’un bisexuel…"


Allô Môôôsieur Jérémy ? Oui, vous êtes bien sur la hotline de TÊTU. Aujourd’hui, David ne sait plus où donner de la tête avec son nouvel amoureux « à voile et à vapeur »… Tiens mais au fait, d’où vient cette expression, tonnerre de Brest ?

VOUS AVEZ UN MESSAGE DE Môôôsieur :

Mes petits amours ! Oui c’est encore moi, Môôôsieur Jérémy ! Comment ça vous ne me connaissez pas ? Vous n’avez pas lu mes premières réponses au courrier du coeur (elles sont toutes ici) ? Si tu as une panne d’inspiration ou dans le caleçon, ce service public est pour toi ! Alors envoie ta question en bas de page !

Aujourd’hui je réponds à David qui a des problèmes de navigation avec son bisexuel…

David : Bonjour Môôôsieur ! J’ai rencontré un garçon sur Tinder… Où il ne cherchait pas que des garçons… On est en couple officiellement depuis 15 jours après quelques mois d’hésitation… Vous croyez que ça peut durer ?

11214tetu-09-12-2016-mooosieur-jeremy.jpg311_521737564642939_6405126805494004930_nMôôôsieur Jérémy : C’est pas l’homo qui prend la mer, c’est le bisexuel qui prend à voile et à vapeur. Mais Tonnerre (querelle ?) de Brest, d’où vient cette idée qu’on est pédé comme un foc, et bi comme un va-et-vient ? Sapristi, mais bien sûr : « c’est nous les gars de la Marine »… (la vraie, pas la folle !). L’expression vient des tréfonds des âges et exprimaient les moyens de faire avancer une galère : hissez-haut en soufflant par derrière ou depuis 1807 en mettant du charbon dans la turbine. Easy ! Mais faut-il faire confiance au vent autant qu’aux moteurs ? Telle est ta question…

Moi qui me complaît dans l’a-genre du DragQUEERisme, je ne vois même plus la dualité jour/nuit tant je peux me traveloter le jour pour acheter mes dosettes Nespresso au Monop’ et travailler sérieusement sur votre courrier du cœur la nuit venue… La dualité rassure, mais l’ère du queer est advenue. Malraux avait tort, ce n’est pas le sport l’opium du peuple, ni même Marc en prédisant que cela serait la religion. Quoique, c’est la religion et le naturalisme qui posent la binarité en dernier rempart aux évolutions des droits. Sauf que dans la réalité, nos identités sont bien plus subtiles et mouvantes, elles changent avec le temps et nos rencontres, nous révèlent / se révèlent à nous… Homo, Pan, omni, poly, sapio et bi... sexualité en ce qui concerne les inclinaisons amoureuses : aucune n’est meilleure ou plus dangereuse pour les amants qui savent s’en expliquer, peuvent s’assumer comme tel et en dessiner les contours. Car pour infirmer Martine Aubry qui disait que « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup », nos identités sont troubles car elles sont coordonnées à nos désirs mouvants. Fluide, flexible, curieux ou queer : les accepter, c’est comprendre leurs instabilités, leurs errances et leurs pouvoirs infinis de renouvellement…

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Ah oui, mais les vois venir – les gens – avec les clichés habituels : la vie avec un bi est une angoisse permanente (et non pas comme dirait Shakira, l’angoisse de la permanente)… Une épée de Damoclès, la possibilité qu’il nous quitte pour les deux genres, bref : la onzième plaie d’Égypte ! Les « bi incapables de choisir, qui traversent une phase parce qu’ils sont des homo refoulé-e-s, parce c’est plus simple, à la mode »… Arrête, on dirait qu’on est dans la presse féminine quand il s’agit de ramener les bonnes hétérotes dans le droit chemin, « pauvres petites âmes égarées sur la pente savonneuse de la liberté sexuelle »… Rrrrrr.

La bisexualité c’est justement un « parapluie » de possibilité et chacun l’ouvre au degré qui lui convient, entre le « I kissed a girl » de Katy Perry et le « je suis hétéro et amoureux.se d’une personne du même sexe pour la première fois » comme Katherine dans Desperate Housewives, jusqu’à l’omni- ou la pansexualité donc : « j’aime tous les genres et tous les sexes », ou même la sapiosexualité : on aime d’abord un être, son intelligence, avant de s’attarder sur son corps… Aussi aimable soit-il.

Les bi ne sont pas plus obsédé.es, inconstant.es, menteur.ses, hypocrites que les autres… Ils/elles sont même peut-être davantage honnêtes (avec eux/elles même, déjà !), prompt.es à la discussion, à rassurer l’autre (car ils savent que le flou inquiète), pas plus infidèles parce que leur éventail sentimental est potentiellement plus large. Si tu sortais avec un mec qui se définit comme gay, mais qui aime tous les styles/physiques/genres de garçons, serais-tu davantage jaloux ? La jalousie est un problème quand on ne sent pas en soi assez de confiance pour contenter l’autre. Et même s’il était poly-amoureux, il se pourrait bien qu’il te soit fidèle, qu’il soit honnête et attention, faux d’artifice : sincèrement amoureux ! Bref, pas plus de raison d’être jaloux dans un couple avec un bi qu’avec un hétéro ou un gay… Le problème, c’est la jalousie et comment on s’accommode des vicissitudes de l’autre, pas de son orientation sexuelle en soi…

Rien n’est automatique, carré, simple dans le désir, rien n’est prévisible dans l’amour. Je dirai même que c’est pour cela qu’on aime. Alors chercher la simplicité et la cohérence dans nos histoires d’amour, c’est comme chercher de la colle à faux-cils dans un sac à main de drag : c’est possible, mais à quoi puisqu’ils tiennent déjà ?

Le tout c’est de ne pas se débrouiller comme un pied. Ou alors un petit bien agile.

rubiks cube

Allez vous laisse j’ai une pédicure (et je vous dis pas le travail : les talons, ça corne !)…

Byeeeeee…

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