Paris et l'Île-de-France sans sida en 2030 : un objectif atteignable ?
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Paris et l'Île-de-France sans sida en 2030 : un objectif atteignable ?


Zéro contamination par le VIH à partir de 2030. Le compte-à-rebours a été lancé par l’ONUSIDA, et plusieurs pays (surtout les capitales, où se situent les pics de contaminations) s’en sont emparés.

Paris et son département voisin, la Seine‑Saint‑Denis, se mobilisent pour atteindre l’objectif des 90/90/90 dès 2020 (90% des personnes séropositives dépistées, 90% de celles-là sous traitement, 90% de ces-dernières en charge virale indétectable). On vise même 95/95/95 en 2030 afin d’enrayer l’épidémie. Au-delà des moyens, c’est la mise en œuvre des stratégies qui peut tout changer. « Paris sans sida », un objectif atteignable ?

La campagne « Faisons de Paris la ville de l’amour sans sida » s’affichait au début de l’été pour dire tous les moyens qui existent contre la transmission du VIH. Et il y a urgence : les contaminations au VIH ne baissent pas et augmentent même chez les plus jeunes. L’augmentation des IST depuis 2012 (syphilis, hépatite A, gonorrhée…) facilitent son acquisition. A Paris, le risque est 200 fois plus grand qu’ailleurs.

Et si aujourd’hui on vit bien avec son traitement, qu’on est indétectable, les conséquences sociales et médicales ne sont en revanche pas toujours idylliques… Paris a pris le virus par les cornes. Elle consacre chaque année 1,8 millions d’euros à la lutte contre le VIH. Sur l’année 2017, 16 associations ont mené des activités de prévention et de dépistage (avec pour objectif de doubler la capacité auprès des migrants et des populations afro-caribéennes dans les quartiers prioritaires);  l’offre de consultations PrEP – le traitement préventif – est étendue à 1 000 patients supplémentaires; le déploiement des autotests est renforcé (la Région présidée par Valérie Pécresse a également annoncé le financement de 10 000 exemplaires); et enfin des consultations de dépistage à des horaires aménagés dans des centres dédiés à la santé sexuelle gay sont créées. Objectif : prise en charge médicale de 50 000 personnes et actions de prévention et de dépistage pour au moins 500 000. En mode : action.

Plus d’infos sur https://www.paris.fr/parissanssida

Autour de Paris

En Seine-Saint-Denis, le taux de VIH est de 2,5 à 3 fois la moyenne nationale et de 4 à 5 fois le taux régional (hors Paris). En 2014, 71% des nouvelles découvertes concernent des personnes nées à l’étranger, parmi lesquelles des personnes d’Afrique subsaharienne et d’Haïti principalement. Ces personnes vivent souvent leur homosexualité de façon très discrète, à cause d’une homophobie plus prégnante dans leur pays d’origine. L’étude ANRS-Parcours avait montré que la moitié de ces hommes étaient infectés en France, l’exposition étant très forte à leur arrivée, accentuée par la précarité. Ils se font dépister en général dans les deux ans, grâce aux associations humanitaires, mais n’observent pas une régularité suffisante pour enrayer l’épidémie.

Pour France Lert (Inserm), rédactrice d’une feuille de route pour une « Seine Saint Denis sans sida » :

Le dépistage est la clé, mais les actions de lutte contre les discriminations doivent davantage inclure l’homophobie. Autour du 17 mai, il faut donner des locaux à des associations. Et aussi développer le côté gay-friendly des centres de dépistage : ça peut passer par des affiches, un accueil non-jugeant, des dépistages complets…

À côté des services officiels, les associations (principalement AIDES et Afrique Arc-en-ciel) interviennent sur les quelques lieux de drague et lors de leurs accueils, utiles à l’appropriation par chacun des outils de santé sexuelle. La clé est surtout dans la régularité des dépistages des publics les plus exposés, afin d’accélérer la prise en charge du VIH.

Et le monde dans tout ça ?

Au-delà de ces initiatives dans les épicentres de l’épidémie, c’est la stratégie globale qui est interrogée. Alors qu’on développe la « santé sexuelle pour tous », on risque de détourner les forces des populations chez qui l’urgence se fait criante. C’est aussi le lien avec les autres capitales européennes qui se pose. « Entre Berlin, Paris et Madrid, on peut imaginer à terme des campagnes collectives pour faire des économies d’échelle, dans les aéroports, de travailler avec les compagnies aériennes selon le calendrier des événements gays sur le continent » propose France Lert. Le 4 juillet dernier, Michel Sidibé, directeur de l’ONUSIDA et la maire de Paris Anne Hidalgo ont souligné l’importance « d’atteindre les populations les plus exclues en brisant la conspiration du silence ». Ils ont rappelé leur engagement pour des villes sans sida : « De New York à Abidjan, de Paris à Yaoundé, toutes les villes sont engagées. Si l’on peut contrôler l’épidémie dans les grandes villes, on peut la contrôler à grande échelle ». Et si on n’attendait pas 2030 ?

 

Cet article est extrait du numéro 216 de TÊTU, disponible exclusivement en version numérique. Le sommaire complet ici :

Sommaire du numéro 216 de TÊTU en ligne : « S’aimer au grand jour »

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