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Ayrault, Merkel, Poutine… Le sort des gays tchétchènes devient un enjeu géopolitique

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Voilà plus d'un mois désormais que les persécutions dont sont victimes les homosexuels en Tchétchénie ont été révélées. "Traqués, arrêtés et torturés" dans des "prisons secrètes", c'est le quotidien des gays tchétchènes, tel que l'a dénoncé le journal indépendant russe, Novaïa Gazeta

Mais si ces informations ont été publiées le 1er avril par le journal, l'enfer durerait certainement depuis bien plus longtemps. Dans un article du 18 avril, Courrier International s'est fait l'écho de rumeurs selon lesquelles "un groupe de gays (...) ont tous été tués et enterrés dans une fosse commune dans le cimetière qui se trouve à la sortie de Grozny", la capitale de la République de Tchétchénie, une Fédération de la Russie, au cours de l'hiver 2016.
Face à ces effroyables révélations, les réactions de la communauté internationale se sont faite attendre. Il a fallu attendre le 2 mai et une rencontre avec le président russe à Sotchi pour que la chancelière allemande, Angela Merkel, monte au créneau. "J'ai demandé au président qu'il use de son influence pour que les droits des minorités soient préservés", a-t-elle lancé. Mais côté Poutine, silence radio. Le président russe n'a pas lâché un mot sur le sort des homosexuels tchétchènes au cours de cette conférence de presse commune.

Quid de la France, pays des droits de l'Homme ?

C'est la question que tout le monde se pose. On a appris, au lendemain de la déclaration de Merkel, que cinq ministres européens des Affaires étrangères, dont le Français Jean-Marc Ayrault, avait écrit en date du 28 avril à leur homologue russe, Sergueï Lavrov, pour lui exprimer leur "profonde inquiétude" concernant le sort des homosexuels en Tchétchénie. "Nous appelons le gouvernement russe à user de son influence sur les autorités régionales de Tchétchénie pour faire cesser immédiatement toute persécution, apporter assistance aux victimes et déférer les auteurs devant la justice", ont conclu les ministres européens dans cette lettre.

La réponse navrante de Poutine

Le 6 mai, Vladimir Poutine a enfin pris la parole à ce sujet. Le président russe a assuré soutenir l'enquête ouverte le 1er mai par le Parquet général russe, précisant que la déléguée pour les droits de l'Homme a été chargée de vérifier "les informations ou rumeurs, si l'on peut dire, concernant ce qui se passe chez nous dans le Caucase du nord avec des gens à l'orientation sexuelle non traditionnelle". On sent ici la non-détermination du président russe, bien connu pour son homophobie assumée. "La Tchétchénie, c’est la Russie, c'est Poutine, premier homophobe de cette région", a très justement rappelé Joël Deumier, président de SOS homophobie, interrogé à ce sujet sur France Inter samedi 6 mai. D'autant que l'enquête ne va pas aller bien loin, étant donné qu'aucune plainte de victimes n'a officiellement été déposée auprès des enquêteurs, selon la déléguée russe pour les droits de l'Homme Tatiana Moskalkova. Comment l'expliquer ? Tania Lokchina, de l'ONG Human Rights Watch, a livré son analyse à l'Agence France Presse (AFP) :

Imaginer que des personnes viennent témoigner sans garantie de sécurité est tout simplement impossible (...) Les personnes LGBT déjà extrêmement vulnérables, doivent, en plus des autorités, craindre leurs propres familles.

Après les réactions, le temps de l'action ?

Devant de telles révélations, il paraît difficilement concevable que la Tchétchénie puisse continuer sa "purge anti-gay" sans que la communauté internationale n'intervienne concrètement. C'est pourtant bel et bien le cas. Si les réactions sont nombreuses, il est grand temps qu'elles se transforment en actions. Pour l'heure, seuls le Canada, la Suède, la Finlande et l'Allemagne ont mis en place la délivrance de visas d'urgence aux "rescapés" et "fugitifs LGBT" tchétchènes. Pour l'heure, l'action française se fait encore attendre.
 
Couverture : Rencontre entre Petro Komochenko, président de la République d'Ukraine, et Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, en présence d'Angela Merkel, chancelière de la République fédérale d'Allemagne (juin 2014). Flickr : francediplomatie (Frédéric de La Mure / MAEDI)
 
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