Queer, handicapée et bénévole aux Gay Games : rencontre avec l'attachante "Titine"

Martine Raymond est bénévole aux Gay Games, qui se déroulent pour la première fois dans la capitale française, et ce jusqu’au 12 août. La Clermontoise de 63 ans, handicapée de naissance, est bien connue dans le milieu du sport. Du Marathon de Paris aux Jeux olympiques, elle est de toutes les rencontres. Et toujours avec une joie de vivre débordante. TÊTU l’a rencontrée.

« Titine », comme elle se surnomme elle-même, est une bénévole bien connue dans le sport. Cette petite femme énergique, handicapée de naissance, couvre, depuis une dizaine d’années, en tant que volontaire, tous les événements sportifs, du marathon de Paris aux Jeux olympiques, en passant par différentes compétitions d’athlétisme, de trail et de triathlon. Cette année, c’est la première fois que Martine Raymond, de son vrai nom, participe à la bonne tenue des Gay Games.

« Titine » à la Cité de la Mode à Paris (crédit : C. Boutin).

 
En ce lundi 30 juillet, elle court, entourée d’une centaine de personnes, à la Cité de la Mode et du Design pour préparer l’arrivée des sportifs. Les Gay Games est un événement mondial qui réunit, depuis 1982, des amoureux du sport sans discrimination. Près de 10 000 participant.e.s sont attendu.e.s cette année et Martine compte bien les accueillir avec autant de bienveillance que possible.

Une femme queer « endormie »

Cette retraitée de 63 ans, qui habite à Clermont-Ferrand, s’occupe des accréditations des sportifs et des bénévoles. Ancienne cadre à la Sécurité sociale, elle explique avoir « toujours cherché le côté humain » que ce soit dans son métier ou dans le bénévolat. « J’aime le partage, être ‘au service de’. Il y a des gens qu’on va mettre en lumière et d’autres qui préfèrent mettre en lumière les autres ».

Martine Raymond avec son ami Kevin, également bénévole (crédit : C. Boutin).

 

Si « Titine » voulait absolument participer aux Gay Games c’est parce qu’elle est elle-même queer. Mais une « queer endormie », comme elle se décrit. En 2014, c’est sa participation, en tant que bénévole, au Tournoi international de Paris (TIP), une compétition sportive LGBT-friendly, qui l’a sortie de sa torpeur.

« En province, je dormais. Je ne militais nulle part. Je participais à beaucoup de choses, mais pas LGBT+ centrées. Une fois, au marathon de Paris, j’ai rencontré les ‘Front Runners’ [ndlr: un club de course LBGT-friendly]. En allant sur leur page Facebook, j’ai appris l’existence du TIP, où je vais désormais chaque année depuis 2014. Les Gay Games, c’est dans le prolongement ! »

Les TIP et les Gay Games lui donnent ainsi envie « de re-sortir ». Dans les années 70, à Clermont-Ferrand, elle raconte qu’il était difficile d’affirmer son orientation sexuelle. Autour de ses 20 ans, un endroit lui a cependant permis de se libérer. Un boîte de nuit avait ouvert à côté de sa ville. « On se retrouvait là-bas avec beaucoup de copines, on s’est bien éclatées. On avait une petit bande. On sortait beaucoup, on allait au resto, en boîte. C’était la fête tous les soirs », raconte-t-elle avec enthousiasme.

Une bosseuse dévouée

Au sein du TIP, Martine fait une rencontre décisive, Sylvain Cheyrouse, aujourd’hui co-responsable des accréditations au sein des Gay Games. Les deux amis ne se quittent plus depuis, se croisant régulièrement lors d’événements sportifs. « Titine est rayonnante et bienveillante. Elle a toujours un petit mot pour chaque participant », nous raconte-t-il à la Cité de la Mode et du Design :

« Elle est aussi une énorme bosseuse. Je me rappelle, une fois, lors du TIP, qu’elle voulait travailler tout le temps pendant toute la durée de l’événement. Soit 12 à 14 heures pas jour ! Lors d’une soirée, elle s’était même excusée de ne pas pouvoir rester jusqu’à la fin et de partir à… 5 heures du matin ! »

Martine Raymond et Sylvain Cheyrouse (crédit : C. Boutin).

 

Cette boule d’énergie ne s’arrête donc jamais. Et ce n’est pas son handicap qui l’empêche d’avancer. Elle conduit une voiture, a déjà chevauché une moto, pratique différents sports. Plus jeune, elle était dans un club de basket et un autre de tennis. Récemment, elle a même fait de la randonnée, du ski, de la descente en rappel et du canyoning. « La seule chose qu’il me semble impossible de faire, c’est de la musique. Et encore, je pourrais jouer du tambourin avec une main ! », sourit-elle.

« Je suis née avec mon handicap, poursuit-elle. Ma vie est comme ça, je ne me pose pas de questions. Mes parents m’ont toujours laissé faire ce que je voulais. J’étais une véritable casse-cou. C’est plutôt le regard des autres qui me ramène à mon handicap. »

Martine a rencontré Sylvain Cheyrouse au Tournoi international de Paris (crédit : C. Boutin).

 

Une véritable « carioca »

Parmi tous les souvenirs qui se bousculent dans la tête de Martine Raymond, un semble l’avoir particulièrement marquée. En 2016, elle a été choisie pour être bénévole lors des Jeux olympiques de Rio.

« Mon séjour était magique, raconte-t-elle encore émerveillée. C’était mes premiers JO. Je m’occupais de l’athlétisme, donc j’ai vécu des moments inoubliables avec les grands champions de cette discipline. Mais ma plus grande victoire, c’était qu’après avoir vécu deux mois là-bas, on m’a dit que j’étais une ‘carioca’ [ndlr : une habitante de Rio de Janeiro]. C’est un compliment, cela veut dire que tu fais partie de la famille. C’était mon objectif : je ne voulais pas passer pour une touriste. »

Ses nouveaux objectifs ? « Titine » continue de viser haut : Tokyo 2020 puis Paris 2024. Si la Clermontoise est sélectionnée pour les prochains JO, on parie qu’elle se fera rapidement appeler « Tokyo no onna », la femme de Tokyo. 

 
Crédit photos : Clément Boutin.

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