La militante féministe et lesbienne Alice Coffin écartée de l’Institut catholique où elle enseignait

L'Institut catholique de Paris a évincé Alice Coffin qui y donnait des cours de journalisme. Elle dénonce une "sanction" contre son militantisme.

Ses cours sont intitulés "Médias et pouvoir" et "Esthétique". L'autrice du Génie Lesbien devait également donner un enseignement d'écriture journalistique tous les jeudis de 16 heures à 19 heures. Mais la militante et élue à Paris Alice Coffin a été rayée des agendas de l'Institut catholique de Paris (ICP). Après huit années de renouvellement, elle a appris, le 4 septembre dernier, que son contrat s'arrêtait.

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La "Catho" évoque un militantisme trop manifeste, qui pourrait être considéré comme discriminatoire aux prud'hommes remarque Le Monde. D'autant que les brochures d'enseignement mettent en évidence son parcours militant et mis en valeur son livre publié début octobre.

La lutte des LGBT+ n'est pas nécessairement contre l'Église

Déjà en 2018, certains reprochaient à l'Institut catholique d'embaucher quelqu'un dont les positions progressistes dérangent. "Travailler sur les questions du genre ou militer pour faire progresser la situation des LGBT (sic) n'équivaut pas nécessairement à lutter contre l'Église", avait alors répondu la doyenne.

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Après avoir manifesté devant l'hôtel de ville pour demander la démission de Christophe Girard, accusé pour sa proximité avec Gabriel Matzneff lui-même attaqué pour pédophilie (Christophe Girard sera par la suite accusé d'abus sexuels sur mineur), Alice Coffin est accusée par la droite ultraconservatrice qui lui reproche de vouloir "éliminer les hommes".

Interdire au féminisme d'être éminemment politique

"Derrière le 'not all men' il y a une volonté d’interdire au féminisme d’être pleinement un discours éminemment politique. C’est marrant parce que dans d’autres contextes la généralisation n’est pas du tout remise cause. Pourquoi quand c’est le féminisme qui l’utilise pour désigner un ensemble sociologique ("les hommes", ndlr) on nous interdirait de le faire ? Je pense que c’est pour nous obliger à fuir le champ du politique, pour délégitimer le féminisme et le ramener au niveau de l’individu, de l’émotion, de l’affection", répondait-elle dans TÊTU.

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Je suis exclue comme tant d'autres féministes...

"J’ai porté un combat contre la pédocriminalité, fait qui touche aussi l’Eglise, et je suis sanctionnée. Je sais que c’est pas facile pour une institution d’avoir une militante féministe, j’aurais été prête à en discuter avec eux, mais ils m’ont mis la tête sous l’eau alors que j’étais déjà attaquée. Je suis exclue comme tant d’autres militantes féministes avant moi. Et cette histoire interroge aussi sur la liberté d’expression universitaire", insiste l'élue citée par Le Monde.

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Le service de communication n'a pas voulu commenter cette décision. L'avocat de l'établissement a fait savoir à la militante que "nombre de vacataires ne voient pas leur mission reconduite d’une année sur l’autre sans pour autant y voir une quelconque forme de discrimination".

 

Crédit photo : JF PAGA


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