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EurovisionTéo Lavabo : "Quand les gens me disent que je n'ai pas de talent, je suis totalement d'accord avec eux"

Moulé dans sa combinaison réfléchissante laissant peu de place à l'imagination, il affole tout l'Hexagone. Mais si son apparence laisse rarement de marbre, ce n'est rien face à ses musiques désopilantes et pleinement assumées. Lui, c'est Téo Lavabo. Révélé l'an passé dans le premier prime-time de La France a un incroyable talent, cet artiste lozérien…

Crédit photos : Téo Lavabo

Moulé dans sa combinaison réfléchissante laissant peu de place à l'imagination, il affole tout l'Hexagone. Mais si son apparence laisse rarement de marbre, ce n'est rien face à ses musiques désopilantes et pleinement assumées. Lui, c'est Téo Lavabo. Révélé l'an passé dans le premier prime-time de La France a un incroyable talent, cet artiste lozérien déroutant vient réclamer une deuxième chance. Pour la quinzième saison du télé-crochet présentement en diffusion, il revient plus en forme que jamais, armé de sa "Chipolata", garantie de ne laisser aucun téléspectateur indifférent.

"Quand je fais les choses, soit je les fais à fond, soit je ne les fais pas, assure-t-il, presque sur le ton de l'avertissement. C'est pour ça que j'ai sorti l'artillerie lourde". C'est ainsi que les fidèles de M6 ont vu Téo Lavabo débarquer sur le plateau du programme, avec ses cheveux décolorés en bataille et une tenue aussi suggestive que sa chorégraphie. Et, surtout, avec une composition originale mêlant du chant… et du yodel. "C'est justement venu de La France a un incroyable talent quand j'étais petit, se rappelle l'interprète. J'ai découvert le yodel dans l'émission. Aussi, j'étais fan de numéros catastrophiques depuis tout petit. J'ai toujours adulé les gens sans prétention qui faisaient leurs petites conneries à la télévision".

Parmi ses références, Patrick Sébastien, Mickaël Youn ou encore Cartman – période Sébastien Patoche, bien entendu. Les modèles sont présents depuis l'enfance. Mais le personnage extravagant de Téo Lavabo naît surtout d'un concours de circonstances. Tout d'abord, l'achat d'un ukulélé sur un coup de tête. "Je me suis rendu compte qu'en quelques accords, on pouvait inventer des chansons rapidement", avance le chanteur. Puis, le lac de sa ville de résidence s'est vidé. "Ça faisait cinq ans que je voulais faire une musique parodique de La Petite Sirène sur le lac d'Annecy, ajoute-t-il. Tout a pris sens. Je me suis dit que c'était maintenant ou jamais".

"La Sirène du lac d'Annecy", le premier single estampillé Téo Lavabo, est dans la boîte. Un petit buzz local s'ensuit. Mais le musicien a soif de plus. Cette année-là, en 2019, il se donne deux défis à relever : avoir une première expérience sexuelle avec une femme (check) et passer à la télévision "pour faire une connerie". Il jette d'abord son dévolu sur Les Rois du shopping, mais l'émission est tristement annulée, faute d'audience. Il envisage ensuite Pékin Express avant de considérer le télé-crochet qui l'a révélé. La peur du ridicule ? Vaguement, au début. Mais ses craintes s'estompent vite. "Les commentaires des gens m'importent peu, avoue-t-il. Il y a des gens qui me disent que je n'ai pas de talent mais ça ne m'atteint pas car je suis totalement d'accord avec eux. En fait, je suis un peu inatteignable de ce côté-là".

Avance jusqu'en 2020, alors que Téo Lavabo inaugure "Chipolata", son titre sensation, devant un jury ébahi et une France subjuguée. Entre-temps, il s'est payé des cours de chant et est parvenu à peaufiner son alter ego solaire. Une chose est certaine : son projet reste à 100% le sien. "J'ai la mainmise sur tout de A à Z, dit-il. Je m'occupe du montage, des costumes, des paroles. C'est tellement perché que si je prends en compte l'avis des autres, je perds le personnage. On a tous notre plafond de verre et je pense juste que le mien est plus élevé que la moyenne".

Lorsqu'on lui demande s'ils sont plusieurs à plancher sur les textes de ses morceaux, Téo laisse échapper un petit rictus. "Ce n'est pas non plus du Shakespeare, lâche-t-il sur le ton de l'humour. J'écris tout seul. Je sélectionne les meilleures punchlines et j'essaie ensuite de les rendre cohérentes". L'artiste tente également de glisser des parallèles sensés çà et là. Par exemple, son titre déjanté "Comme Aladin" parle des échanges sur les applis de rencontres, menant souvent à une partie de jambes en l'air. "Je mets des métaphores que je suis le seul à comprendre et qui font que j'assume mieux mes musiques car je sais de quoi elles parlent", confie-t-il.

En toute franchise, Téo Lavabo avoue avoir peu ou prou anticipé le succès de "Chipolata", dont la vidéo culmine à plus de 2 millions de vues sur YouTube. Tout simplement parce qu'il est son propre baromètre. "Mon problème, c'est que je n'ai pas de mémoire du tout, déclare l'artiste. J'ai fait de l'hypnose pour traiter ce problème-là car c'était devenu handicapant au quotidien. Mais c'est génialissime en termes de musique. Parce que si j'ai la musique que je compose en boucle dans la tête, je sais que les autres l'auront aussi. Il n'y a pas meilleur testeur que moi".

Avec une notoriété croissante de jour en jour, le chanteur, natif de Saint-Chély-d'Apcher, s'estime heureux de voir que son projet est compris par le plus grand nombre. Et se montre surpris de voir peu de soutien de la part de la communauté gay. "C'est sans doute parce qu'il n'y aucune revendication de ma part, devine-t-il. Mes chansons sont queers mais je n'ai tout de même pas envie de m'enfermer dans une minorité. Cela dit, je pense que le fait d'être gay m'aide à assumer tout ça".

Bien qu'il ne se considère pas comme un quelconque porte-parole, Téo Lavabo n'est pas du genre à dissimuler son homosexualité. En aparté, il confesse avoir déménager à Annecy pour un garçon – avec qui il n'est plus en couple aujourd'hui "mais on s'entend toujours très bien". À certains égards, il apparente son orientation à une bénédiction. "Pour moi, être gay est la plus belle chose qui ait pu m'arriver, soutient-il. C'est ce qui m'a ouvert toutes mes portes, qui a fait que je suis tel que je suis. Être gay et Internet, parce que s'il n'y avait pas eu Internet, je pense que j'aurais ressenti une certaine frustration. Internet m'a permis d'exister".

Photographe et réalisateur confirmé dans la vie de tous les jours, Téo n'est pas près de dire adieu aux combinaisons ultra-serrées de son alter ego. Au contraire, plusieurs plans foisonnent dans sa tête. "Ma volonté, c'est de tout péter en festivals, assure-t-il. Alors qu'un an plus tôt, je n'avais pas envie de faire de scène". Mais il y a une scène en particulier qui lui fait de l'œil : celle de l'Eurovision. "C'était déjà mon goal de l'an dernier et ça l'est encore aujourd'hui, laisse-t-il entendre. Ce que je kiffe avec ce projet, c'est que ce n'est que du fantasme. Et j'ai besoin de ça dans ma vie".

Comme atteint du syndrome de Peter Pan, le chanteur avoue que son personnage farfelu est un moyen de fuir l'uniformité de l'âge adulte. "J'ai 28 ans, commence-t-il. Et avec l'âge, en vieillissant, on devient moins extravagant, on se range plus facilement dans le moule. En fait, Téo Lavabo me permet de continuer à être pétillant. Quand je suis en Téo Lavabo, je peux tout assumer sans me justifier".

En décembre, Téo Lavabo devrait signer son tout premier album. Bien qu'il espère que ce projet devienne de plus en plus lucratif, l'argent est loin d'être sa priorité. Son but n°1, c'est de continuer à fédérer les gens en dépit de leurs différences. "Je ne veux pas être Céline Dion, énonce-t-il de but en blanc. Je n'en ai rien à foutre de faire une performance vocale et qu'on m'applaudisse. J'ai envie que les gens se marrent et qu'ils me disent qu'ils ont kiffé". Jusqu'ici, l'objectif est clairement atteint.

Par Florian Ques le 17/11/2020