17maiViolences anti-LGBT en France : tous les voyants sont au rouge

Par Antoine Allart le 16/05/2024
Manifestation "Riposte Trans" du dimanche 5 mai 2024 à Paris.

Le ministère de l'Intérieur a publié ses données sur les atteintes anti-LGBT en France en 2023, confirmant l'augmentation de la haine queerphobe constatée par SOS homophobie dans son rapport 2024. En cette veille du 17 mai, Journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie, les associations LGBT+ appellent le gouvernement de Gabriel Attal à une réaction à la hauteur de la situation.

Après SOS homophobie et l'Union Européenne, l'État français confirme l'augmentation des actes anti-LGBT+. À la veille du 17 mai, Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie, le ministère de l'Intérieur rapporte à son tour une hausse des atteintes envers les personnes LGBTQI+, de 13% par rapport à 2022. En tout, 2.870 crimes ou délits LGBTphobes et 1.690 contraventions ont été enregistrés en 2023 par les services de police et de gendarmerie sur le territoire, soit 4.560 infractions. Le constat est particulièrement alarmant concernant les crimes et délits (agressions, menaces, harcèlement...), qui ont augmenté de 19%.

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Les atteintes anti-LGBTQI+ ont fortement augmenté depuis 2016 : +17% en moyenne par an pour les crimes et délits et +10% pour les contraventions, selon le service statistique du ministère de l'Intérieur (SSMI). L'étude annuelle 2024 montre qu'un tiers (34%) des crimes et délits recensés sont des injures et de la diffamation, les agressions graves en représentant 19% ; suivent 19% de menaces, puis 8% de violences sexuelles. Mais ces chiffres ne sont que la partie émergée de l'iceberg, puisque l'étude rappelle que 20% seulement des victimes LGBTQI+ portent plainte en cas de violences ou menaces. Un pourcentage qui chute à 5% en cas d’injure (selon une enquête de l'Intérieur réalisée sur la période 2012-2018).

Les hommes gays restent les principales victimes

Ces actes, très majoritairement commis par des hommes (82%), visent à plus de 70% des hommes gays. Concernant l'âge de leurs auteurs, près de la moitié (49%) ont moins de 30 ans, et 31% ont même moins de 19 ans. Encore plus inquiétant : les mineurs de moins de 15 ans sont surreprésentés, puisqu'ils constituent 12% des auteurs de crimes et délits anti-LGBT+, contre seulement 3% dans les infractions sans motif LGBTphobe. Enfin, ces violences ont davantage lieu dans les agglomérations de plus de 200.000 habitants, notamment à Paris.

Récemment interpellée sur le sujet par le sénateur communiste Ian Brossat, la préfecture de police de Paris a répondu, selon nos informations, que les actes LGBTphobes ont augmenté de 15% dans la capitale au premier semestre 2024 (184 faits de violence) par rapport à celui de 2023. Le préfet de police de Paris, Laurent Nunez, rappelle cependant "l'engagement de la préfecture de Police dans la lutte contre toutes les formes de discriminations". Un point sur lequel insiste aussi l'étude du ministère en soulignant la "libération de la parole et l’amélioration des conditions d’accueil” des victimes par la police et la gendarmerie. Ce n'est pas la première fois que ce point est mis en avant par la police pour expliquer l'augmentation des actes LGBTphobes. Un argument un peu rapide, qui ne doit pas occulter le véritable problème : l'inflation galopante des discours de haine, terreau éprouvé des actes anti-LGBT+.

Gabriel Attal interpellé par SOS homophobie

"On a l'impression que les braises de la LGBTIphobie sont allumées et que le feu est prêt à prendre", alertait déjà mercredi la présidente de SOS homophobie, Julia Torlet, en présentant le bilan annuel de l'association, ne cachant pas sa préoccupation pour 2024, alors que les discours queerphobes ne font que se renforcer, entre la publication du livre Transmania et le dépôt par la droite et l'extrême droite de deux propositions de lois visant à restreindre les droits des personnes transgenres. "On a dépassé le stade de l'inquiétude", abonde auprès de l'Agence France-Presse (AFP) Maxime Haes, porte-parole de Stop Homophobie, qui pointe également le contexte de "hausse drastique des discours LGBTphobes, en particulier transphobes", qui sont "à mettre en corrélation avec la montée de l'extrême droite et des extrémismes religieux".

Sans réaction à la hauteur du gouvernement, prévient Julia Torlet, "on risque de se retrouver dans une situation de violences comme celle de 2012-2013", quand l'opposition à la loi ouvrant le mariage aux homosexuels avait suscité un pic de violences anti-LGBT+. Or, SOS homophobie dénonce un "silence gouvernemental abyssal", regrettant que la nomination d'un Premier ministre ouvertement gay, Gabriel Attal, ne s'accompagne d'"aucune politique ambitieuse" sur la question LGBT+. "Les discours haineux ne sont pas du tout combattus par les responsables politiques", fustige aussi Maxime Haes.

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À Paris, toujours selon nos informations, la préfecture de police a annoncé dans sa réponse au sénateur Brossat mener des travaux sur la prévention des guets-apens homophobes dans le cadre du comité départemental opérationnel de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBTQI+. Une prise de position cohérente avec la volonté exprimée la semaine dernière par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, d'interdire le chat en ligne Coco, souvent cité dans les affaires de pièges visant des hommes gays. Pas trop tôt…

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Crédit photo : Geoffroy Van Der Hasselt / AFP

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