documentaire"Jimmy Somerville, rebelle queer", à voir sur Arte

Par Laure Dasinieres le 14/11/2025
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Diffusé sur Arte ce vendredi 14 novembre et disponible en replay sur arte.tv, le documentaire d'Olivier Simonnet consacré à Jimmy Somerville retrace la vie d'un artiste engagé, l'une des premières popstars ouvertement gays.

"Run away, turn away, run away…" En 1984, un jeune homme de 23 ans du nom de Jimmy Somerville élève une new wave ouvertement gay au top des charts européens durant plusieurs semaines. Enregistrée avec son groupe, Bronski Beat, et portée par sa voix de contralto, la chanson "Smalltown Boy", en partie autobiographique, raconte l’histoire d’un jeune homme gay originaire d’un village ouvrier. Souffrant de solitude et victime d’homophobie, il fuit le foyer familial pour déployer ses ailes dans une grande ville – un élan bien vite contrarié par une agression homophobe qui le renvoie chez ses parents. 

Si la rythmique et la mélodie sont dans l’air du temps et rappellent celles de New Order, entre hédonisme et dépression, les paroles sont claires et le clip explicite : Jimmy Somerville est l’une des rares popstars de l’Angleterre thatchérienne à vivre ouvertement son homosexualité, quand d’autres, d’Elton John à Boy George ou Freddie Mercury, n’ont pas encore ouvert la porte du placard. "Why?", sortie la même année, enfonce le clou avec un texte aussi limpide, dénonçant le poids de l’homophobie : "Name me an illness / Call me a sin / Never feel guilty / Never give in"(Nomme-moi maladie / appelle-moi péché / ne te sens jamais coupable / ne cède jamais). Le jeune homme fait danser l’Europe, tout en donnant aux gays des classes populaires un visage auquel s’identifier, loin des icônes glam qui cultivent une androgynie pailletée bien loin de leur réalité.

Jimmy Somerville, chanteur militant

Artiste engagé, ami de Mark Ashton – dont l’histoire est racontée dans le film Pride –, Jimmy Somerville devient rapidement la voix des luttes gays et ouvrières à une époque où nombre de travailleurs perdent leur emploi et où la pandémie de VIH commence à faire des ravages, renforçant la stigmatisation des homosexuels. Des engagements qu’il ne cessera jamais de porter lorsqu’il rejoint ensuite le groupe The Communards ou décide, plus tard, de faire cavalier seul dans une certaine discrétion médiatique. 

C’est un Jimmy Somerville pluriel, tantôt diva, tantôt rebelle, mais toujours attachant que le réalisateur Olivier Simonnet a choisi de mettre en lumière dans son documentaire Jimmy Somerville, rebelle queer de la pop anglaise, disponible en streaming sur arte.tv. Si le chanteur, désormais discret auprès des médias, a refusé de participer au film, il a largement donné son aval à ses proches pour y apporter leurs témoignages. Entre entretiens filmés et images d’archives se dessine le portrait d’une personnalité libre, parfois facétieuse mais toujours intègre. On découvre notamment le poids qu’il a eu dans la création d’Act Up-Paris en hébergeant son cofondateur Didier Lestrade ainsi que les réunions de l’association. 

Près de 40 ans après la sortie de "Smalltown Boy", qui demeure un tube planétaire fréquemment remixé – comme par Arnaud Rebotini sur la bande originale de 120 battements par minute –, on se plonge avec plaisir dans cette époque à la fois proche et lointaine où l’on pouvait caracoler en tête des classements musicaux en venant de nulle part. Une époque, aussi, qui a marqué l’histoire de la musique, comme en attestent les jeunes artistes qui témoignent dans ce film précieux.

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Crédit photo : Arte

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