mondeOuganda : une affaire emblématique de l'homophobie d'État classée sans suite

Par têtu· avec AFP le 06/02/2026
En Ouganda, l'homosexualité est criminalisée

Le premier homme gay inculpé en vertu de la nouvelle loi homophobe votée en 2023 en Ouganda échappe à un procès. Mais l'homophobie d'État dans ce pays d'Afrique de l'Est, l'une des plus dures au monde, demeure.

C'est une fausse bonne nouvelle qui nous parvient de l'Ouganda. Dans cet État d'Afrique de l'Est dont la législation homophobe est considérée comme l'une des plus sévères au monde, un tribunal a classé sans suite la première affaire qu'a entraînée le vote en 2023 d'un durcissement de l'homophobie d'État.

La loi votée en 2023 prévoit de lourdes peines pour les personnes ayant des relations homosexuelles et faisant la "promotion" de l'homosexualité. Un crime d'"homosexualité aggravée" est par ailleurs passible de la peine de mort, une condamnation qui n'est toutefois plus appliquée depuis des années en Ouganda. Sur la base de poursuites engagées trois mois après son adoption, la première affaire jugée en vertu de ce texte concernait un homme, aujourd'hui âgé de 25 ans, accusé d'"homosexualité aggravée" pour "avoir eu des rapports sexuels illicites avec (...) un homme adulte de 41 ans", selon l'acte d'accusation initial lu par l'Agence France-Presse (AFP). En janvier 2024, les faits avaient été requalifiés en "infractions contre nature pour avoir eu des rapports charnels contre l'ordre naturel", passibles de la réclusion à perpétuité.

"N’importe qui peut encore être arrêté…"

Ce lundi 2 février, le tribunal a toutefois classé l'affaire, estimant que l'accusé était "mentalement instable et qu'il ne (comprenait) pas le déroulement du procès", a expliqué à l'AFP son avocat, Me Douglas Mawadri. La défense a soutenu que l'accusé avait développé une psychose et était devenu schizophrène du fait des 350 jours qu'il avait passés en détention provisoire, avant d'être libéré sous caution.

Invités par l'AFP à réagir à cette nouvelle, les militants des droits humains se montrent partagés sur cette décision. "Une percée majeure qui aurait dû intervenir plus tôt", commente le militant pour les droits LGBT+ Richard Lusimbo, pour qui une la longue détention provisoire de l'accusé constitue une "injustice à son paroxysme". La décision "crée un précédent" et relève d'une "victoire pour les victimes", s'est de son côté réjoui le défenseur ougandais des droits humains Frank Mugashi. "La loi sur l’homosexualité et les dispositions du code pénal interdisant les actes consensuels entre adultes du même sexe sont toujours en vigueur", rappelle de son son côté Oryem Nyeko, auteur d'un rapport de l'organisation Human Rights Watch (HRW) publié en mai dernier sur le sujet. Et de rappeler : "Cela signifie que n’importe qui peut encore être arrêté et poursuivi en vertu de cette loi qui bafoue les droits."

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Crédit photo d'illustration : Phill Magakoe / AFP