L'Assemblée nationale du Sénégal a voté le doublement de 5 à 10 ans de prison des peines encourues pour homosexualité.
Éruption de joie au Parlement de Dakar. L'Assemblée nationale du Sénégal a voté ce mercredi 11 mars une loi durcissant les peines de prison encourues pour relations homosexuelles, portées de cinq à dix ans de prison. Adopté à l'unanimité des 135 voix exprimées, le texte prévoit également des sanctions pénales contre la "promotion" de l'homosexualité.
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Comme dans plusieurs États d'Afrique, le durcissement de la législation homophobe est une revendication récurrente depuis plusieurs années. À coups de manifestations de rue, les associations religieuses de ce pays à majorité musulmane réclament la criminalisation de l'homosexualité – actuellement un délit –, sur la base d'une propagande qui en fait un instrument des Occidentaux pour imposer des valeurs prétendument étrangères. "Le Sénégal est un pays ouvert au monde. Mais cette ouverture ne peut justifier que nous renoncions à nos valeurs", a ainsi déclaré le ministre de l'Intérieur sénégalais, Mouhamadou Bamba Cissé, lors de l'examen du texte qu'il a qualifié le texte de "belle loi".
Arrestations d'homos
Le vote de la nouvelle législation intervient dans un contexte d'arrestations par dizaines d'homosexuels présumés, accusés "d'actes contre nature", de pédophilie ou de transmission volontaire du VIH. "Cette loi annihile deux décennies de politiques publiques de santé orientées vers les spécificités et les besoins des personnes LGBTIQ+ au Sénégal (...). La publication du statut sérologique de certain·es accusé·es dans les médias et la pratique du dépistage forcé portent atteinte à leurs droits fondamentaux", alerte la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).
Ce climat a alimenté un débat particulièrement virulent à l'Assemblée nationale de Dakar. "Les homosexuels ne respireront plus dans ce pays. Les homosexuels n'auront plus de liberté d'expression dans ce pays… Ça suffit, nous avons des valeurs", a ainsi proclamé à la tribune la députée Diaraye Ba, du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (PASTEF). Ce dernier, qui se revendique de gauche, a été fondé par le Premier ministre Ousmane Sonko, qui avait fait du durcissement de la loi contre l'homosexualité un argument électoral.
En France, l'information est utilisée dans le cadre de la campagne électorale pour les élections municipales. "Les amis de Mélenchon au pouvoir ça donne ça ! Glaçant… ", s'est empressé de tweeter Sébastien Chenu, l'une des principales cautions gays du Rassemblement national (RN). Le leader de La France insoumise (LFI) s'était en effet rendu au Sénégal en mai 2024 pour saluer l'accession d'Ousmane Sonko à la tête du gouvernement, mais il n'avait pas éludé le sujet : "Je suis le premier législateur français qui ai déposé un texte de loi à propos de la possibilité du mariage homosexuel. (...) J'assume la position politique que j'ai voulue, et je ne chercherai pas à vous l'imposer, mais il est inutile de parer cette divergence d'une divergence qui viendrait entre les nations." Ce qui ne devrait pas empêcher le président Bassirou Diomaye Faye, élu sous les couleurs du PASTEF, de promulguer la nouvelle loi.
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Crédit photo : SEYLLOU / AFP