L'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron fait l'objet d'un livre biographique écrit par Bérengère Bonte. La journaliste explique ce que lui a appris son enquête sur Gabriel Attal.
Pour espérer vendre une biographie politique, il faut savoir manier l'art du titre accrocheur. Concernant Gabriel Attal, dont elle tire le portrait sur près de 300 pages, la journaliste Bérengère Bonte et les éditions de L'Archipel ont choisi L'Ange exterminateur, sorti ce jeudi 16 octobre en librairie.
Déjà autrice de plusieurs biographies politiques, Bérengère Bonte a donc cette fois enquêté sur l'ambitieux (ex ?) pilier du macronisme qui a brisé deux plafonds de verre, en devenant à 34 ans le plus jeune Premier ministre de l'histoire de la Ve République, mais surtout la première personnalité ouvertement homo à occuper cette fonction.
Si Gabriel Attal, désormais député et secrétaire général du parti présidentiel, expose volontiers sur les réseaux sociaux de nombreux pans de sa vie privée, difficile d'aller au-delà de l'image que veut bien renvoyer de lui-même celui qui, dès ses 14 ans à l'école Alsacienne, caressait l'idée de devenir président de la République. Retraçant l'itinéraire d'un homme pressé, Bérengère Bonte gratte aussi sa vie privée derrière les opérations de communication, comme elle l'avait fait au sujet de Nicolas Hulot (Sain Nicolas, 2010), d'Édouard Philippe (Le Sioux, 2021) ou d'Élisabeth Borne (La secrète, 2023). Entretien.
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Gabriel Attal a connu une ascension politique fulgurante : qu'est-ce qui l'anime selon vous ?
Bérengère Bonte : C'est à la fois quelqu'un qui veut imposer sa marque dans l'histoire et un pragmatique qui veut agir. Gabriel Attal n'est pas un idéologue, ce qu'il veut c'est qu'on retienne qu'il a changé des choses. Sa force, c'est qu'il est très habile pour rendre lisible une action qui produit des effets. Par exemple, lors de son passage au ministère de l'Éducation nationale, on retient l'interdiction de l'abbaya à l'école, qui semble avoir réglé le problème, mais pas grand-chose concernant les programmes, les enseignants, les profs… Son grand talent est de repérer un sujet qui porte dans l'opinion, simple et lisible, et ensuite de communiquer à fond.
À vous lire, on a même le sentiment d'un pur opportuniste...
Il n'a pas beaucoup de convictions. Lors de l'élection présidentielle de 2012, quand il était encore à Sciences Po, Gabriel Attal reprochait à Nicolas Sarkozy d'avoir fait passer l'âge de la retraite de 60 à 62 ans. Quand on sait que dix ans plus tard, le parti dont il a pris la direction s'agrippe jusqu'au dernier souffle pour défendre la réforme des 64 ans, on se pince.
On l'a vu récemment lâcher publiquement celui à qui il doit sa carrière politique, Emmanuel Macron. C'est le symptôme de l'exterminateur politique que vous décrivez sous les traits angéliques ?
Emmanuel Macron a fait de lui un homme politique pour les quarante prochaines années mais quand le président de la République devient une gêne pour son ambition, Gabriel Attal s'en éloigne. C'est quelqu'un qui ne manifeste jamais de reconnaissance vis-à-vis de qui que ce soit, sauf à l'égard de sa famille, en particulier de sa mère Marika. Il ne se sent pas obligé à l'égard de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales sous François Hollande, qui la première lui a donné sa chance en politique. Il ne montre pas plus de reconnaissance à l'égard de Stéphane Séjourné, son compagnon en 2017, qui fait partie des premiers proches d'Emmanuel Macron... Gabriel Attal préfèrerait qu'on retienne qu'il ne doit son ascension qu'à lui-même.
En abordant son homosexualité, vous faites le choix de révéler une relation qu'aurait eue Gabriel Attal avec un autre ministre qui n'est pas out. Qu'est-ce qui motive cette décision ?
Toute la classe politique parle de Gabriel Attal et Olivier Véran comme d'un couple, il y a une forme d'hypocrisie à ne pas pouvoir l'aborder. Je n'en aurais pas parlé si ça n’avait pas un sens politique. Ils étaient deux ministres montants dans un même gouvernement, ce qui est quasiment inédit, couples hétéros compris. Avant la publication de mon livre, le magazine people Voici a publié durant l'été 2023 des photos d'eux sur un bateau en Corse. Précision importante pour contextualiser l'impact potentiel sur sa famille : ils étaient accompagnés pour ces vacances des enfants d'Olivier Véran. Le magazine ne fait pas mention explicitement d'un couple amoureux, mais tout le monde a compris ses sous-entendus très appuyés. Je pose la question d'une telle paparazzade : les deux sont très expérimentés en communication – Gabriel Attal a d'ailleurs réitéré deux ans plus tard le procédé, en étant pris en photo quasiment dans la même situation avec la chanteuse Joyce Jonathan. En s'affichant tels un couple, l'été sur un bateau en Corse, les deux hommes savaient parfaitement l'effet que cela produirait.
Avez-vous abordé cet aspect avec le premier intéressé ?
J'ai contacté Olivier Véran à plusieurs reprises, qui s'est montré intéressé pour une interview avant d'arrêter de me répondre [sollicité par têtu·, il n'a pas donné suite, ndlr].
Vous avez déjà émis de forts doutes, dans une biographie consacrée à Élisabeth Borne en 2023, à propos de la réalité du couple hétérosexuel qu'elle affiche, et ce alors qu'elle a répondu par la négative aux rumeurs concernant son orientation sexuelle. Cela vous a valu une plainte pour "atteinte à la vie privée"...
Le tribunal de Nanterre m'a donné raison pour l'écrasante majorité des passages qu'Élisabeth Borne voulait censurer. Mon éditeur a fait appel car mon enquête est solide : j'écris que l'homme qu'elle présente comme son conjoint est pacsé avec une autre femme, ce qui ne peut qu'interroger ! Là encore, mes intentions visent à comprendre la personne politique. Le livre porte d'ailleurs le titre de La secrète, et cet épisode confirme ce trait de caractère.
Dans un contexte où même l'extrême droite communique sur l'homosexualité de ses élus, cela pose aussi la question de comment le parti présidentiel aborde ses figures homosexuelles ?
Cette question est abordée en macronie de manière très individuelle, sans réflexion de parti. Renaissance a des alliances avec Les Républicains et ne souhaite pas se mettre à dos la tendance liée à La Manif pour tous… Cela se traduit par ce grand écart entre un Premier ministre qui évoque, de façon inédite, son homosexualité lors d'un discours de politique générale, sans que cela ne conduise à une politique ambitieuse en faveur des personnes LGBTQI+. Gabriel Attal ne souhaite surtout pas être perçu comme un représentant de la communauté LGBT, il ne veut pas être identifié comme un militant gay. D'ailleurs, il n'a jamais été militant pour une cause précise.
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