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interviewIsabelle Huppert : "On ne s'ennuie que dans les mauvaises aventures"

Par Florian Ques le 28/10/2025
Isabelle huppert

[Interview à retrouver dans le magazine de têtu· de l'automne, ou sur abonnement.] Au cinéma, Isabelle Huppert devient La Femme la plus riche du monde. Librement inspiré de la milliardaire Liliane Bettencourt, l'héritière du groupe L'Oréal disparue en 2017, son personnage est dans le film de Thierry Klifa celui d'une femme richissime mais aussi rongée par l'ennui. Un sentiment que la comédienne aux mille projets ne semble pas vraiment connaître.

Et si vous les aviez gagnés, ces fameux 250 millions records remportés cet été à l’EuroMillions en France… Est-ce que vous ne finiriez pas par vous ennuyer un peu ? On se console comme on peut, en allant voir, par exemple, La Femme la plus riche du monde, au cinéma ce mercredi 29 octobre. Librement inspiré de l’affaire Banier-Bettencourt, le septième long-métrage de Thierry Klifa explore en effet l’ennui qui accable une multimilliardaire en mal de divertissement, si bien que sa rencontre avec un artiste fantasque va chambouler son quotidien, au point de mettre en péril sa fortune et son équilibre familial.

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Pour incarner ce binôme à l’écran, deux pointures du cinéma français : Laurent Lafitte, à plein régime avec ses répliques jouissives, et Isabelle Huppert, impeccable de justesse sous les traits de cette femme d’affaires qui se tourne les pouces. L’ennui semble pourtant être un concept étranger à la comédienne doublement césarisée, réputée pour avoir constamment plusieurs projets sur le feu – une hyperactivité qui a d’ailleurs servi de ressort comique à l’épisode de la série Dix pour cent dans lequel elle joue de sa propre caricature. Cette fois, comme en témoignent ses cheveux encore mouillés de sa récente baignade, l’actrice est bel et bien en vacances lorsque nous explorons avec elle le sentiment bovarien.

  • Est-ce qu’il arrive à Isabelle Huppert de s’ennuyer, à l’image de votre personnage au début du film ?

Cela peut m’arriver ! Ou disons, pouvait m’arriver, car je pense que l’ennui est davantage un sentiment adolescent. Quand on grandit, on a moins de temps pour s’ennuyer.

  • L’ennui paraît en voie de disparition dans nos sociétés, du fait d’une constante stimulation par la technologie et les réseaux sociaux. Cela vous inquiète-t-il ?

Il est vrai que de nos jours, l’espace mental est toujours surchargé d’une manière ou d’une autre, et pas toujours de la façon la plus satisfaisante car les écrans restent une pratique très solitaire. Je n’y échappe pas ! Mais en effet, le peu de temps que je passe sur les réseaux ne me comble pas vraiment…

  • La technologie et vous, ça fait deux ?

Vous avez bien vu au début de notre interview, je ne sais pas ouvrir Zoom toute seule, donc ça commence mal ! [Rires.] Mais je sais bien que les réseaux sociaux peuvent être vertueux, et j’en mesure la portée. Par exemple, ils sont aujourd’hui essentiels pour parler des films, presque tout autant que la presse écrite.

  • Vous fréquentez des réseaux sociaux ?

Je suis un peu présente sur Instagram, mais c’est tout. Ce n’est pas par volonté de garder une distance avec ces outils, c’est plus que ça ne me vient pas à l’esprit de m’en servir. J’ai trop de choses à faire : des livres que je n’ai pas encore lus, des films que je n’ai pas encore vus…

  • Quelle lecture a accompagné votre été ?

Le dernier livre que j’ai lu, c’est Impossibles adieux, de la grande autrice sud-coréenne Han Kang, qui a remporté le dernier prix Nobel de littérature. La lecture, comme le cinéma ou le théâtre, c’est la promesse d’une évasion, et de sortir de l’ennui. Ces activités sont pour moi aussi essentielles que de boire ou manger.

  • Vous avez toujours plusieurs projets en parallèle, au théâtre ou au cinéma. Est-ce justement pour fuir l’ennui ?

Il est vrai qu’il m’arrive rarement de ne pas tourner ni jouer. Quand on aime profondément ce qu’on fait, c’est mon cas et c’est un grand privilège, on en est aussi dépendant. Mais c’est une dépendance assez saine, pas une addiction destructrice. Elle embellit ma vie.

  • On ne s’ennuie jamais sur un tournage ?

Moi non, jamais. Une personne peu habituée vous dira souvent que, vu de loin, on semble s’ennuyer car on attend plus souvent qu’on n’agit… Mais c’est une attente active, dont on sait qu’elle vous mène là où vous rêvez d’être et vers ce que vous rêvez d’entendre : “Moteur, action !” Et puis, on ne s’ennuie que dans les mauvaises aventures.

  • Y a-t-il quelque chose qui vous agace dans le cinéma d’aujourd’hui ?

Dans les salles de cinéma, les écrans des portables me sont insupportables ! Mais dans le cinéma non, rien ne me gêne. Les films se font plus ou moins facilement, ils marchent plus ou moins bien… Ce qui me gênerait, c’est qu’ils disparaissent.

  • Même pas un type de personnage qui vous lasse ?

Pas vraiment. En réalité, je ne vois jamais les rôles de manière intrinsèque car ce sont plutôt les metteurs en scène qui m’importent. Quel que soit le rôle auquel on puisse rêver, s’il n’est pas sublimé par la perspective d’un regard en particulier, j’ai du mal à l’envisager.

  • Dans le film, votre personnage trompe l’ennui avec Pierre-Alain, un homme extravagant qui l’emmène hors de sa zone de confort. Une personne a-t-elle déjà occupé cette fonction dans votre vie ?

Une personne, non. Mais ce que je fais, oui. Jouer devant une caméra, sur scène, c’est la promesse d’une aventure exceptionnelle. Un voyage intérieur, une rêverie sans fin, mais aussi des déplacements comme, tout récemment, avec les quatre spectacles que j’ai tournés dans le monde entier. Comment s’ennuyer dans une telle vie ?

  • Quel aspect de votre métier vous pèse-t-il le plus ?

Je pourrais répondre la promotion, mais ça n’est même pas si vrai que ça. En fait, j’aime tout dans ce que je fais.

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Crédit photo : Domniki Mitroproulou

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