12 personnages noirs et queers qui ont marqué l’histoire des séries

Parce que la représentation sur le petit écran a son importance, retour sur ces personnages de fiction qui ont fait bouger les lignes.

Qu'on le reconnaisse ou non, toutes les œuvres culturelles sont politiques et les séries ne dérogent pas à la règle. Depuis maintenant des décennies, les fictions de la petite lucarne ont contribué à l'évolution des mentalités, notamment concernant la perception des individus queers et noirs. Tandis que le mouvement antiraciste Black Lives Matter prend de plus en plus d'ampleur ces dernières semaines, il nous a paru important d'évoquer ces personnages de séries qui ont fait beaucoup pour la représentation des concernés.

Et bien qu'on se soit limités à 12 personnages qui ont indéniablement eu un impact sur l'écosystème télévisuel, on pense aux dizaines d'autres qui nous ont effleuré l'esprit, de la téméraire Kat dans The Bold Type à l'attachante Amanita dans Sense8. C'est une liste non exhaustive, pensée pour honorer ces protagonistes qui ont fait changer les choses.

Crédit photos : Netflix / ABC / NBC

Omar Little dans "The Wire"

Ex-æquo avec Les Soprano, la série The Wire fait partie de cet âge d’or de HBO aux débuts 2000, bien avant que la chaîne ne soit cataloguée comme le diffuseur de la superstar des séries, Game of Thrones. À l’écran, le créateur David Simon décortiquait les dessous de la criminalité dans la ville de Baltimore. C’est ainsi qu’on faisait connaissance avec Omar, le braqueur intelligent et calculateur qui dépouille lui-même les hors-la-loi. C’est aussi et surtout un personnage ouvertement gay qui détourne allègrement les codes machistes du milieu dans lequel il évolue et qui, de fait, montre à un public potentiellement ignorant des questions LGBT+ que virilité et homosexualité ne sont pas antinomiques.

Crédit photo : HBO

Kima Greggs dans "The Wire"

Parce qu’Omar n’était pas le seul personnage LGBT+ de The Wire, il est nécessaire de parler de Kima qui, elle, se situe de l’autre côté de la loi. Détective de police débrouillarde qui n’a pas froid aux yeux, cette dernière assume pleinement son homosexualité aussi bien dans sa vie professionnelle que personnelle. Loin d’être une flic de seconde zone, Kima brille par ses instincts et son bon sens, se voyant ainsi souvent applaudie par ses supérieurs hiérarchiques. Bien que le personnage soit parfois amené à prendre des décisions plutôt douteuses, c’est une représentation très positive pour la communauté lesbienne noire de l’époque.

Crédit photo : HBO

Unique Adams dans "Glee"

Alors oui, Ryan Murphy a fait beaucoup en matière de visibilité LGBT+ avec ses séries les plus récentes, mais ses efforts étaient déjà remarquables lorsqu’il introduisait, courant 2011, le personnage d’Unique Adams dans Glee. De par ses vocalises bluffantes et son aisance sous les projecteurs, cette dernière gagne l’intérêt des lycéens de McKinley High et découvre au fur et à mesure son identité de genre. Concrètement, c’est l’un des premiers personnages trans du showrunner que l’on connaît tous. Unique est incarnée par Alex Newell, qui s’identifie comme non-binaire.

Crédit photo : Fox

Poussey Washington dans "Orange Is the New Black"

Possiblement le nom le plus symbolique de cette liste non exhaustive, Poussey est l’une des détenues les plus mémorables d’Orange Is the New Black, le hit carcéral de Netflix qui a tiré sa révérence en 2019. Avec son énergie communicative, elle s’est très vite démarquée, devenant l’un des personnages emblématiques de Litchfield. Sa mort au terme de la quatrième saison, aux mains d’un gardien de prison l’ayant asphyxiée, aura permis à la série de s’approprier le mouvement Black Lives Matter et de proposer son intrigue la plus politique encore aujourd’hui. Poussey, à jamais dans nos cœurs.

Crédit photo : Netflix

Sophia Burset dans "Orange Is the New Black"

Puisqu’elle se déroulait dans un pénitencier réservé aux femmes, Orange Is the New Black regorgeait de protagonistes à la sexualité fluide. Malgré tout, rien ne la forçait à inclure un personnage trans et elle l’a pourtant fait, et avec. Coiffeuse attitrée de tout Litchfield, Sophia Burset est présentée comme une femme coquette et loquace. Mais sa backstory, narrée via flash-back, est plus torturée et dépeint le parcours d’une personne trans et noire dans toute sa nuance et sa complexité. Grâce à elle, la série dénonce à maintes reprises l’absence de traitement adéquat pour les individus trans dans le milieu carcéral. Cerise sur le gâteau, Sophia est incarnée par une véritable actrice et activiste trans, Laverne Cox, qui a depuis été érigée comme l’une des figures proéminentes de la communauté noire LGBT+.

Crédit photo : Netflix

Raymond Holt dans "Brooklyn Nine-Nine"

Toujours en diffusion sur NBC outre-Atlantique, Brooklyn Nine-Nine est une comédie exemplaire en termes de visibilité LGBT+. En plus d’avoir porté à l’écran le coming out bi de la détective Rosa Diaz, la série a inclus d’entrée de jeu un personnage noir et gay tout en haut de la pyramide hiérarchique. En effet, le capitaine Holt, en charge du commissariat où bossent les flics azimutés de la série, est ouvertement gay, marié à un homme depuis plusieurs années et se situe très loin des clichés. Sans être effacée puisque les scénaristes y font parfois référence, son orientation amoureuse est un non-sujet tant elle est banalisée. Et parfois, ça fait beaucoup de bien.

Crédit photo : NBC

Annalise Keating dans "How to Get Away with Murder"

Lorsqu’on évoque How to Get Away with Murder, bon nombre de fans LGBT+ pensent au couple formé par Connor et Oliver, terriblement moderne et progressiste. Néanmoins, son protagoniste, Annalise, n’est pas en reste. Complexe, oscillant entre la lumière et l’obscurité, l’avocate tourmentée au cœur de la série s’avère aussi être bisexuelle, ayant collectionné des conquêtes masculines comme féminines. Au fil de six saisons au rythme haletant, le show explore son orientation amoureuse avec beaucoup de finesse mais creuse également son identité de femme noire au XXIe siècle. Le monde des séries aura très rarement vu un personnage aussi nuancé qu’Annalise Keating et l’interprétation sidérante de Viola Davis y est pour beaucoup.

Crédit photo : ABC

Titus Andromedon dans "Unbreakable Kimmy Schmidt"

S’il n’y avait qu’une raison à citer pour binge-watcher encore et encore Unbreakable Kimmy Schmidt, elle tiendrait en deux mots : Titus Andromedon. Noir, gay et fier de l’être, ce dernier est le colocataire haut en couleur de l’héroïne. Là où bon nombre de fictions de la petite lucarne se sont efforcées de dépeindre des hommes gays répondant aux codes de la virilité, Titus, lui, est l’exact opposé. Il accepte ses manières, brandit sa part de féminité comme un étendard et fait fi du qu’en-dira-t-on. C’est aussi, et de loin, l’un des personnages les plus hilarants de la télévision.

Crédit photo : Netflix

Lionel Higgins dans "Dear White People"

Jusqu’ici, explorer sa sexualité était un privilège accordé aux personnages blancs dans le petit monde des séries. En ça, Lionel de Dear White People se présente comme subversif. Au gré des trois saisons de la série – une quatrième est attendue plus tard dans l’année en théorie –, il découvre ce qu’être un homme noir et gay dans notre époque contemporaine veut dire. Sa récente idylle avec un homme également noir et séropositif vient, en prime, renverser les idées reçues sur le sujet. Touchant et maladroit, Lionel s’éduque en même temps qu’il éduque le public de la série. Une représentation majeure et nécessaire.

Crédit photo : Netflix

Nola Darling dans "She's Gotta Have It"

Méconnue de beaucoup, She’s Gotta Have It est l’une des productions originales les plus confidentielles de Netflix, comme un secret bien gardé. Mais c’est surtout un secret qui mérite d’être partagé tant la série adopte une approche progressiste, présentant d’emblée une héroïne libre qui ne colle aucune étiquette à sa sexualité. Au fil de deux courtes saisons, Nola Darling explore les joies du polyamour, nouant des liens intimes aussi bien avec des hommes que des femmes. On aura rarement vu un personnage de femme noire et queer aussi libérée dans son rapport à l’amour et au sexe. Merci Spike Lee.

Crédit photo : Netflix

Blanca Rodriguez-Evangelista dans "Pose"

Intégrer Pose dans cette liste relevait de l’évidence. En à peine deux saisons, la série historique de Ryan Murphy – c’est l’œuvre de fiction réunissant le plus gros casting d’acteurs et actrices trans à ce jour – dépeint la scène underground du voguing dans le New York des 80’s. En tête de gondole, Blanca, une femme trans et noire à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. Pourtant, malgré les épreuves comme sa séropositivité, elle ne baisse pas les bras et se présente constamment comme une figure inspirante, luttant pour une acceptation de l’autre en dépit des différences.

Mention spéciale à Angel, Elektra ou encore Candy, les autres femmes noires et trans de Pose qui méritent aussi toute la reconnaissance du monde.

Crédit photo : FX

Eric Effiong dans "Sex Education"

Bien que très récent, Eric est un personnage de série déjà culte, dans le sens où il a volé sans difficultés la vedette aux autres héros de Sex Education. Un temps vendu comme le meilleur ami gay constamment de bonne humeur, toujours là pour glisser des petites punchlines bien senties, Eric a rapidement gagné en épaisseur dès la première saison. Bien que ses parents très croyants soient au fait de sa préférence pour les garçons, la série dépeint un microcosme familial globalement bienveillant, proposant ainsi une vision presque utopiste de la société vers laquelle on devrait tendre. Drôle et inspirant.

 

Crédit photo : Netflix

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