Alors que la vie culturelle marche au ralenti depuis plus d’un an,  le livre illustré "Quand tu clubbais" nous rappelle que la fête est bien plus que ce qu’elle ne paraît. Kavehrne décrypte pour Têtu quelques-uns des dessins qui accompagnent les mots de Crame.

Voilà un an que nos vies se sont arrêtées, posant une parenthèse interminable entre nos activités sociales et culturelles jugées non-essentielles. Depuis, les voix se lèvent, de plus en plus nombreuses, pour affirmer le contraire, et leur importance capitale pour la garantie du bien-être humain — notamment à l’égard d’une jeunesse qui, privée de ces activités, peine à s’épanouir et à se frayer un chemin jusqu’à l’âge adulte.

Et comment ne pas parler, lorsque l’on mentionne l’importance de la culture et de la rencontre sociale, du clubbing et des nuits parisiennes sans lesquelles beaucoup d’entre nous ne seraient pas qui ils sont aujourd’hui ? C’est en tout cas le parti pris du livre Quand tu clubbais, signé par Crame et illustré par Kavehrne, qui rend un hommage émouvant au clubbing queer. À cette occasion, nous sommes partis à la rencontre de Kaveh, illustrateur et tatoueur parisien, qui nous parle des inspirations cachées derrière quelques uns de ses dessins. 

Émotion extrême

Tête pensante des collectifs House of Moda et de la Gigi, Crame a toujours affirmé son goût pour le visuel et l’illustration. À la Java, ses soirées invitaient même un graphiste différent à concevoir les visuels semaines après semaines. Proche de Kaveh depuis de longues années, le duo s’assemble naturellement, lors du premier confinement, pour réaliser ensemble "Quand tu Clubbais", une sorte déclaration d'amour poétique au clubbing. « On ne savait pas quand les clubs allaient rouvrir, se souvient l’illustrateur. À ce moment là, je ne pensais pas que ça durerait aussi longtemps mais j’étais déjà profondément touché par ce ralentissement ».

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Si Kaveh admet que les sorties nocturnes n’étaient « plus au centre de sa vie », il lui semble important de mettre les textes de Crame en image : « Les mots de Crame m’ont ému, et ont résonné avec mon envie de pousser l’émotion à l’extrême. La tristesse et la nostalgie sont mes sujets d’étude favoris. Je ne fais pas de l’ornemental : mes dessins sont souvent politiques. Ils doivent avoir un but, taper, déranger, susciter une sensation. Si celle-ci est de l’ordre de la mélancolie, alors que je peux considérer mon travail accompli ». 

"En club, on peut s'exprimer"

Si le sujet l’inspire, c’est aussi que le clubbing queer a joué un rôle essentiel dans la jeunesse de Kaveh. « Quand tu as grandi en banlieue, tu ne sais pas que ce milieu existe, rappelle-t-il. Tu es isolé, et faire ton coming-out est un vrai défi à relever. C’est le clubbing qui te permet de réaliser qu’il existe d’autres personnes comme toi. Tu vas en club, tu vis ta vie, et puis tu rentres chez toi comme si de rien n’était. Comme si tu n’avais rien vu, rien fait. Tu dis que t’étais chez un pote, alors que tu t’es baladé toute la nuit en jockstrap à la Menergy.»

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Et il est indéniable que la nuit joue un rôle capital dans le développement et l’épanouissement des personnes LGBTQI+ lors du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Comme l’affirme Kaveh, c’est dans l’enceinte des clubs que « les normes peuvent s’inverser » : « En club, on peut enfin s’exprimer, s’embrasser, vivre nos vies à l’écart du 'cistème' hétérosexuel ». C’est autour de cette réflexion commune que Crame et Kaveh ont rempli les pages de "Quand tu clubbais", un livre déjà culte, un hommage à nos nuits glorieuses, à leur liberté folle, à tout ce qu’elles ont de plus essentiel, de plus beau mais aussi de plus sombre…

 

Quand tu clubbais
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