Dans ses tableaux, l'artiste parisien Clément Louis entre dans l'intimité de ses modèles. Des figures plus ou moins connues de la communauté LGBTQI+, sans artifices.

Les deux ans de pandémie n'auront pas été vains pour Clément Louis. Quand il s’est retrouvé, comme 67 millions de Français, seul face à lui-même à compter du 17 mars 2020, l’artiste s’est aussi retrouvé seul face à son travail. Et si jusqu'à présent, on le connaissait surtout pour de la photographie, le dessin ou – les anciens savent – sa fame sur lookbook.nu, l'artiste de 31 ans s'est lancé un nouveau défi. Quelque chose de "plus grand"…

De la photo à la peinture

Un travail axé davantage sur la 3D, les reliefs, les textures. Des toiles plus visibles mais aussi plus pérennes : "Une peinture, contrairement aux croquis qu'on laisse dans ses carnets, on l'accroche au mur." Quand il prend les pinceaux, il n'a que des notions, qu'il perfectionne, seul, dans son appartement-atelier du 19e arrondissement de Paris.

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Portraits queers

Comme dans ses photos, Clément Louis garde ses obsessions pour les visages et les corps. "Peu importe le médium, je reviens toujours au portrait", explique le peintre à têtu·. Et tout le monde y passe : sa famille, ses amants, ses amis, ses rencontres... Il cherche à créer des relations intimes, parle longuement avec ses modèles, et tente autant de les apprendre que de les comprendre. 

Pourtant, devant sa toile, c'est l'instinct qui prime. S'il étudie les couleurs à l'avance, les poses prises par les modèles se font naturellement, sur le moment, dans des lieux clos, souvent des chambres, avec le lit comme toile de fond, des papiers peints chargés, des draps défaits. Clément Louis ouvre la porte aux confidences de celles et ceux qu'il croque, et organise, au fil des toiles, "une rencontre de l’intimité queer".

Clément Louis souhaite mettre la communauté LGBTQI+ au centre de ses oeuvres. Un moyen de visibiliser des personnes qui manquent toujours de représentation. Et comme les mots viennent parfois à manquer, ses portraits sont une manière d'apporter sa pierre à l'édifice d'une société plus queer, mais aussi un moyen d'interroger notre rapport au corps. Cet enfant de la mode a d'abord exagéré, peint des créatures maigres, des visages déformés, le temps de trouver son identité artistique. Mais aujourd'hui, il souhaite être plus "brutal" dans son travail, plus conforme à la réalité. Pour dresser un portrait plus juste des modèles qu'il dessine. Et peut-être, faire évoluer les mentalités.

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