Éléphant :
Culture

Éléphant : "On a vraiment eu envie de quelque chose de beaucoup plus énergique"


TÊTU a rencontré Éléphant, un duo plein de charme qui présente aujourd’hui son deuxième album Touché Coulé, trois ans après son premier disque Collective mon amour.

Éléphant c’est l’histoire d’un garçon et d’une fille, François Villevieille et Lisa Wisznia, deux artistes amoureux qui signent en 2013 leur premier album Collective mon amour. Trois ans après, le couple s’est séparé mais le duo est resté, et revient plus énergique que jamais avec un nouvel album sorti le 1er avril, Touché Coulé, une pépite d’électro-pop portée par un groove festif et des beats pimentés.

TÊTU : Vous avez été en couple pendant sept ans, puis vous vous êtes séparés après votre premier album Collective mon amour. Est-ce que vous pourriez nous raconter l’histoire de votre duo ? Ce qui vous a rapproché puis éloigné ?

Lisa : Pour l’instant rien ne nous a séparé puisqu’on a sorti ce deuxième disque (rires). En fait nous on s’est rencontré on était jeune, on avait à peu près vingt et on avait tous les deux envie d’avoir notre propre projet. On voyait les autres en avoir et ça nous donnait envie de pouvoir s’exprimer comme on en avait envie. Et assez rapidement, il y a des gens du milieu qui se sont intéressés au projet… A la base on s’est pas dit que ça allait être notre métier, et puis ça l’est devenu. Parce que François il accompagnait des artistes, il était musicien d’orchestre. Et moi je n’avais pas vraiment de travail, je voulais être actrice, ce que je suis et ce que je veux toujours faire. Du coup ça a été un bel accident ce projet. A un moment François il ne faisait plus que ça, on ne faisait plus qu’Éléphant. Ça été un grand investissement.

TÊTU : Comment se passe le travail d’écriture et de composition à deux ?

Lisa : C’est beaucoup François tout seul, et ensuite moi je viens en renfort sur des morceaux quand il a du mal à débloquer des trucs.

TÊTU : Quelles ont été vos influences musicales et artistiques en général ?

François : Moi sur ce disque c’est beaucoup de musique assez électronique et beaucoup de hip-hop. C’est toujours un peu ce goût pour la musique africaine qui subtilement se retrouve dans certains voire dans pratiquement tous les morceaux en fait. Et je crois qu’il y a un petit peu de musique asiatique quand même quelque part aussi sur quelques morceaux. Globalement c’est toujours l’envie de faire des arrangements intéressants, qui évoluent, toujours en rapport étroit avec le classique aussi. Mais moi j’aime bien l’énergie du hip-hop, donc c’est vrai que quand on chante en français on se pose à un moment la question du débit de mots, et de savoir jusqu’où on peut aller.

TÊTU : Pourquoi avoir toujours chanté en français d’ailleurs ?

Lisa : Parce qu’on ne pouvait pas faire autrement.

François : On ne s’est jamais posé la question en fait.

Lisa : Oui c’est une évidence. C’est notre langue.

interview Éléphant
Crédit photo Emma Le Doyen

TÊTU : Vous parliez d’influences asiatiques, africaines… Est-ce que ce sont vos voyages en tournée qui vous ont inspiré ?

François : Peut-être…

Lisa : J’ai l’impression qu’on a toujours aimé les sons… Déjà sur le premier album on avait fait une reprise de « Dimanche à Bamako », et c’est un truc qu’on aime depuis toujours.

François : Oui c’est vrai.

Lisa : Même Magic System.

TÊTU : Comment vous définiriez votre style musical aujourd’hui ?

Lisa : Moi je dis électro-pop en français.

François : C’est des chansons surprenantes moi je dirais.

TÊTU : Vous avez joué en première partie de Benjamin Biolay, François tu as écrit une chanson pour Vanessa Paradis. Est-ce qu’il y a d’autres collaborations que vous aimeriez mené ?

Lisa : Justement on a eu envie de faire différemment. On a créé une web série qui s’appelle Touché Coulé et qui se passe dans notre studio. Et autour de cette web série on a invité des guests. Donc c’est pas un featuring, mais disons que c’est un « featuring de jeu ». On a invité justement Benjamin Biolay, Bérengère Kiref, Vincent Dedienne, et Elie Semoun, et on aimerait bien continuer. Ça nous a bien amusé de faire ça, et c’était une manière différente de promouvoir notre musique. C’est pas sorti encore. Ce sont des sketchs avec un réalisateur, écrit par un auteur avec nous. On a lui a expliqué qu’on voulait faire autre chose, et cet auteur a bien compris, il nous a bien cerné… Et du coup, on joue nos propres rôles. C’est très chouette.

TÊTU : C’est un moyen pour toi de connecter la comédie avec la musique ?

Lisa : Oui, complètement.

interview Éléphant
Crédit photo Emma Le Doyen

TÊTU : Le 1er avril vous avez sorti votre deuxième album Touché Coulé. Qu’est-ce qui a changé depuis votre premier album Collective mon amour ?

François : Déjà notre histoire est devenue plus… dure. Et on a vraiment eu envie de quelque chose de beaucoup plus énergique dans la production et dans ce qu’on racontait. Moi j’avais un peu une obsession, et je crois que mon niveau d’exigence s’update à chaque fois. Là, par exemple, j’écoute le disque et je me dis « ah on aurait pu aller plus loin ». Mais c’est l’énergie vocale qui était importante à mettre en avant. Quelque chose de beaucoup plus nerveux, quelque chose de beaucoup plus proche de ce qu’on est réellement en fait. On est un garçon et une fille assez nerveux, plutôt plein d’énergie… même si pas trop aujourd’hui parce qu’on a fait un concert hier… (rires). Mais voilà, essayer d’être fidèles à ce qu’on est en fait. Moi j’ai essayé de pas mentir sur ce disque, de raconter des choses qui sortent vraiment de moi. Du coup je pense que c’est un disque qui nous ressemble beaucoup. Dans ce qu’il y a aussi de joyeux et en même temps de très triste. Je pense que c’est ça ce disque : quelque chose de très joyeux et de très triste.

TÊTU : Effectivement vous y additionné une musique très colorée à des textes plus sombres. Pourquoi ce paradoxe ?

François : Ça c’est quelque chose qui se fait naturellement, on ne réfléchit pas… Même là j’ai essayé de dire « on a voulu faire ça, on a voulu faire ça… » Globalement quand on fait de la musique on la fait, et puis point barre. C’est pas comme un mec qui écrit un film et qui dit « ah tiens je vais raconter ça à un moment parce que c’est important que je le raconte ». Je pense que la musique est quelque chose de beaucoup plus viscéral où ce sont les tripes qui parlent quoi. C’est un langage qui justement se passe de mots. Je trouve que c’est ça qui est intéressant dans la musique ou dans la peinture.

TÊTU : L’album a été mixé avec Fabrice Dupont, qui a déjà collaboré avec Shakira, The Do, Santigold… Qu’est-ce que son approche a apporté à votre création ?

François : Bah déjà c’est un excellent mixeur, qui travaille très vite, et qui sait faire ressortir les bonnes choses. Il est très attentif aux structures, à l’efficacité des morceaux, à l’essence d’un morceau. Il sait retenir et sublimer le cœur d’un titre. Ce qu’il y a de plus beau dans un titre, il va le retenir, et il va tout faire pour essayer de le faire ressortir.

TÊTU : Quel serait le titre phare de l’album ? « Touché Coulé » ?

Lisa : Ouais ça dépend…

François : Moi je les aime tous.

Lisa : Ils sont tellement différents que c’est compliqué à dire en fait.

interview Éléphant
Crédit photo Julien Weber

TÊTU : Votre promotion définit l’album comme « l’acte de divorce d’un couple autant que l’acte de survie d’un groupe ». Est-ce que ça signifie que vous allez continuer de jouer ensemble ? Ou que Touché Coulé marquait l’aboutissement d’un duo ?

Lisa : On ne sait pas trop, mais je pense qu’on a surement des choses à faire un peu séparément si un jour on doit refaire vivre Éléphant. C’est important de pouvoir prendre ses distances parfois.

TÊTU : Vous avez hâte de monter sur scène pour présenter l’album ?

Lisa : Ouais carrément. Bah on l’a fait déjà, et à chaque fois c’est un kiffe. Déjà comme on disait, on avait envie que ce soit énergique, et sur scène ça l’est encore plus. François a rallongé les morceaux pour que ce soit très dansant, et du coup à chaque fois c’est très agréable de jouer ces morceaux sur scène.

TÊTU : Vous avez prévu une mise en scène particulière ?

Lisa : Non on va faire avec les moyens du bord. Déjà pouvoir chanter nos titres face à des gens qui connaissent l’album, c’est le meilleur truc. Donc le 24 mai je pense qu’il y aura des gens qui seront là et qui connaitrons le disque, et ça c’est génial. Déjà hier (le 7 avril, ndlr) on a joué au Nuba pour un petit festival… Et puis la scéno…

François : C’est très simple, une histoire qui reste entre nous, et c’est pas mal comme ça. Au début on avait mis des fanions partout, et un tourneur il nous avait dit…

Lisa : « Enlevez tout ! »

François : Ouais, « ça sert à rien ce que vous faites ».

Lisa : Dans le sens, « ce que vous racontez ça suffit ».

François : En fait on est deux donc c’est pas mal, il y a pas mal de choses à voir déjà. On raconte les chansons différemment je pense.

interview Éléphant
Crédit photo Emma Le Doyen

TÊTU : En parlant de vos titres, les relations amoureuses y occupent une place de choix. Quelle est votre opinion à chacun concernant les questions LGBT, c’est-à-dire autant la lutte pour l’égalité des droits que la liberté d’aimer qui on le souhaite ?

Lisa : Moi je pense que oui, tout le monde peut s’aimer comme il a envie de s’aimer. C’est vrai, c’est important. Et je pense que les gens qui sont contre ça, ce sont juste des gens qui manquent d’amour. Ou qui manquent d’ouverture d’esprit, et je trouve ça triste.

TÊTU : Tu partages cette opinion François ?

François : Oui bien-sûr. On se dit souvent que c’est quelque chose de facile à dire, et en même temps il y a peu de monde qui… enfin voilà c’est pas si facile. Moi j’aurais un souhait, c’est que dans le hip-hop les mecs se détendent un peu vis-à-vis de ça. C’est quelque chose qui me touche encore beaucoup de voir qu’il y a des gens très intelligent, qui font de la super musique, et qui sont incapables de prendre position. Et qu’effectivement, le fait même d’être un tout petit peu efféminé, c’est un truc à problèmes. Je le vois sur Instagram. J’ai vu ça sur une photo de Booba toute à l’heure, y a des mecs qui posent avec lui, et il y a un mec qui se tient comme ça… Et il y a plein de commentaires où les mecs le traitent de PD quoi… Alors que personne ne sait qui c’est hein, c’est genre un mec lambda. Et ça ça m’a marqué. Je me suis dit « ah y a du chemin encore » ! Je trouve ça triste quoi. Je trouve que ces mecs ont un rôle intéressant à jouer là-dedans.

Lisa : Moi j’ai beaucoup d’admiration aussi pour les gens (trans, ndlr) qui se mettent face à eux-mêmes, et qui sont conscients que le sexe dans lequel ils sont nés ne leur convient pas. Je trouve ça fou d’avoir autant d’amour pour soi et de vouloir changer ça. Je trouve ça génial.

TÊTU : Vous pensez pouvoir jouer un rôle avec votre musique pour faire passer des messages ?

François : Non je pense pas. Je pense qu’on peut juste rentrer dans le téléphone des gens et leur faire du bien. C’est ça le pouvoir qu’on a en tant que musicien. Moi je vois, y a des gens sur internet qui font des dessins avec les paroles de nos musiques. Du coup ça c’est beau. De voir qu’une fois qu’on a lâché les titres dans la nature, qu’il y a quelqu’un à Taiwan qui l’écoute, et que ça le fait kiffer, et puis que ça va lui inspirer quelque chose… un dessin… On a ce pouvoir-là quoi. Et le pouvoir de l’immortalité aussi. Dans soixante-dix ans on écoutera peut-être notre disque, ou on le découvrira.

TÊTU : Vous auriez un petit mot pour les lecteurs qui ne connaissent pas encore votre musique et qui souhaiteraient la découvrir ?

Lisa :  Tout le monde a aimé dans sa vie, tout le monde s’est séparé. Et l’album il parlera à ces gens-là.

Une chose est sûre, pour nous c’est « touché coulé » ! Pour voir Éléphant en concert, rendez-vous le 24 mai aux Etoiles (Paris 10ème arrondissement).

Crédit photo couverture Emma Le Doyen
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