"El Acompañante" : quand Cuba mettait les séropositifs en quarantaine

Par Adrien Naselli le 17/08/2016
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Allez voir dès aujourd’hui El Acompañante au cinéma, un film franco-cubain qui raconte comment on enfermait les porteurs du VIH à La Havane au milieu des années 1980.

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Cinquième film de Pavel Giroud mais premier à sortir en France, El Acompañante est porté par deux beaux gosses à l’écran – dont Yotuel Romero, le Pavel de la série Un, dos, tres qui savait comment occuper nos samedis après-midi entre 2004 et 2005.
Horacio, pectoraux au vent, est un boxeur mondialement connu dont la plus grande peur est de ne jamais pouvoir défendre les couleurs de Cuba aux Jeux Olympiques, après avoir été exclu de sa profession pour cause de dopage ; Daniel est un soldat, fils de militaire, revenu séropositif d’une mission au Congo.
Les deux hommes se retrouvent liés par un contrat, le premier devenant « l’accompagnant » du second, autorisé à sortir sous surveillance une fois par semaine de la prison pour séropositifs dans laquelle il est interné. Leurs deux combats antagonistes – redevenir une star de la boxe, lutter contre le virus – finissent par souder ces montagnes de muscle que tout sépare.
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Un film porté par son sujet

Dans les années 1980, Cuba inaugure un programme de santé que les autorités présentent comme « l’un des plus révolutionnaires au monde ». Il consiste à éradiquer le virus du sida en isolant les personnes porteuses du VIH. Ces endroits, qu’on appelle des sanatoriums, sont gardés par l’armée et par une horde de médecins très à cheval sur les principes.
Si le film dévoile les travers de l’enfermement, Pavel Giroud expliquait lors de sa précédente venue à Paris à Cédric Lépine que d’anciens malades estiment avoir survécu grâce à ces sanatoriums. Les lieux apparaissent ainsi dans toute leur horreur carcérale mais le réalisateur prend soin de refléter les élans de solidarité et de respect qui permettent d’en brosser un portrait tout en nuances.
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Humour gay

Ses personnages ont beau être hétéros – on vous laissera juger à quel niveau sur une échelle de 1 à 10 – le réalisateur Pavel Giroud n’élude pas la question gay. Il restitue sans filtre les préjugés de l’époque qui consistaient notamment à croire que le virus ne concernait que les homos. Dès le début du film, on apprend d’ailleurs de la bouche de Daniel qu’une aile de l’hôpital, opportunément baptisée « arc-en-ciel », est réservée aux homos…
Les deux personnages ont bafoué les valeurs gouvernementales de deux fondamentaux de la Révolution cubaine : le sport et l’armée. En découvrant sa séropositivité, le personnage de Daniel apprend aussi la tolérance et ouvre les yeux à Horacio, son accompagnant, sur la réalité des amours homosexuelles. Une trame de fond sous-tendue par un humour gay que Daniel se plait à débiter pour brusquer la pudeur d’Horacio, et par une esthétique homo-érotique que le réalisateur s’est manifestement ingénié à instaurer…
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El Acompañante. 1h44.
Sortie le 17 août 2016
Happiness Distribution
 
Pour en savoir plus :
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