Amants de Pompéi : Pourquoi pense-t-on tout de suite qu'ils étaient homos ?
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Amants de Pompéi : Pourquoi pense-t-on tout de suite qu'ils étaient homos ?


Maintenant qu’on sait qu’ils étaient deux hommes, qu’est-ce qui nous pousse à voir ce duo enlacé comme des amants ?

Ils sont des milliers à avoir trouvé la mort lorsque de la roche fondue, des cendres volcaniques et des gaz mortels ont englouti la cité romaine de Pompéi et ses villages environnants, en une violente éruption qui dura deux jours en l’an 79, sous le regard de Pline le Jeune. Au fil du temps, les couches de cendre entourant les corps ont durci mais les tissus mous ont disparu. En versant du plâtre dans ces cavités ainsi créées puis en grattant la roche à la surface, les scientifiques sont alors parvenus dès les années 1860 a conservé le squelette et l’apparence de certaines victimes et animaux présents sur le site. Depuis 2015, une équipe de chercheurs examine et restaure les moulages de 86 victimes de l’éruption du Vésuve, dont ce duo enlacé.

Amants de Pompéi
©Science Channel/YouTube

De couple hétéro présumé à couple homo supposé

Ces derniers furent découvert à l’aube du XXe siècle et devinrent célèbres par la singularité de leur posture. Ces « Amants de Pompéi » sont immédiatement identifiés par l’Italie fasciste de Benito Mussolini comme un couple hétérosexuel. Mais l’archéologue Vittorio Spinazzola à l’origine de la découverte formule une autre hypothèse : les « Amants de Pompéi » seraient deux femmes entrelacées et on baptise le duo « the two Maidens » (les deux jeunes filles). Personne ne pointe alors l’hypothèse d’un couple lesbien et Spinazzola privilégie la piste d’une mère et de sa fille.

L’analyse génétique des restes conservés dans les moulages révèle aujourd’hui qu’ils étaient en réalité deux hommes. « On ne peut pas affirmer qu’ils étaient amants, mais vu leur position, on peut en faire l’hypothèse », annonce alors Massimo Osanna qui dirige le site archéologique de Pompéi, rapporte le Telegraph.

L’hypothèse repose également sur l’absence de liens biologiques entre les deux individus. « Ils n’étaient ni parents, ni frères, ni père et fils. » Ils étaient âgés de 18 et 20 ans lorsqu’ils ont été surpris par l’éruption historique du Vésuve.

« Pas ‘gays’ lorsqu’on les croyait femmes »

« Ils n’étaient pas ‘gays’ lorsqu’on les croyait femmes », tempère pourtant David Meadows cité par l’anthropologue Kristina Killgrove pour Forbes. Bien que ravie que les médias et le public apposent spontanément un scénario non-hétéronormé à cette découverte, celle-ci soulève le problème qu’il y a à projeter nos présupposés culturels sur le passé. Elle se fonde notamment sur les écrits de Pamela Geller, auteure de The Bioarcheology of Socio-Sexual Lives : Queering Common Sense About Sexe, Gender and Sexuality, selon qui :

Les découvertes de victimes dont les corps sont identifiés comme romantiquement enchevêtrés (…) en dit davantage sur l’état actuel de la situation socio-sexuelle que sur les interactions et les intimités passées.

De là à savoir si les deux jeunes hommes formaient un couple, « on parle d’hypothèses qui ne pourront jamais être vérifiées » renchérit le professeur Stefano Vanacore à la tête de l’équipe de recherche.

Les deux « amants » et les autres victimes emprisonnées dans les cendres du Vésuve devraient toutefois livrer d’autres mystères. Massimo Osanna affirmait en 2015 qu’une telle recherche permettrait d’en apprendre beaucoup sur les victimes : « leur âge, leur sexe, ce qu’ils mangeaient, de quelles maladies ils souffraient et à quelle classe sociale ils appartenaient. Ce sera un grand pas dans notre connaissance de l’antiquité. »

 

Couverture : crédits photo YouTube

  • Xavier Andrieux

    Clairement, si le couple lesbien n’a pas été envisagé contrairement au couple gay, c’est surtout par rapport à l’âge. Au début on partait sur une grande différence d’âge, donc on supposé une relation mère fille, puis la différence d’âge réduite, et les liens parentés exclu grâce à l’ADN, on pense de suite à un couple gay car c’est ce qui semble le plus logique.

    Pour autant, hétéro ou homo, ça n’enlève rien au charme des « amants de Pompéi ».

    • Ricardo Fernandes

      D’ailleurs, s’ils n’étaient pas de la même famille, à cette époque-là l’ADN n’était pas une réalité…

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