Culture

"Épouse moi mon pote" : la bande-annonce gênante d’un film sur un faux mariage gay


Si l’on sait bien quand on est LGBT qu’on ne juge pas un livre à sa couverture, peut-on juger la qualité d’un film à sa bande-annonce ? On espère bien que non, avec Épouse-moi mon pote, qui sortira le 25 octobre.

Le premier titre du film était Mariage (blanc) pour tous. Il est réalisé par Tarek Boudali, le compère rigolard de Fifi, le réalisateur des cartons Babysitting et Alibi.com. De la bonne comédie potache en perspective, donc… Épouse-moi mon pote est-il la comédie que personne n’attendait sur le mariage gay ?

Tu veux un pitch ?

Yassine, jeune étudiant marocain, vient à Paris faire ses études d’architecture avec un visa étudiant. Suite à un événement malencontreux, il rate son examen, perd son visa et se retrouve en France en situation irrégulière. Pour y remédier, il se marie avec son meilleur ami. Alors qu’il pense que tout est réglé, un inspecteur tenace se met sur leur dos pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mariage blanc…

Autrement dit, c’est un mariage blanc. Personne n’a, on dirait, semblé bon de préciser que justement, le Maroc est l’un des 11 pays dont les ressortissants ne peuvent épouser un·e français·e du même sexe. Une circulaire, signée par Christiane Taubira, va dans ce sens. Et maintient donc une discrimination devant l’égalité universelle du mariage. En 2015, un couple franco-marocain gay a dû en passer par la Cour de cassation pour que leur mariage soit validé. Un bon départ pour une grosse rigolade donc. Dans les faits, une telle union n’est en rien une formalité (si l’on considère qu’aujourd’hui ça l’est dans toutes les mairies de France d’ailleurs…). Mais SOIT, disons que c’est une comédie de science-fiction, ça sera plus facile à avaler…

Le film semble laaaaargement inspiré de la comédie américaine Quand Chuck rencontre Larry (I Now Pronounce You Chuck and Larry en version originale) un film américain sorti en 2007 avec Adam Sandler et Kevin James. Larry a un jour sauvé Chuck et voilà qu’il lui demande une grande faveur en retour : agir comme s’il était son partenaire domestique afin que ses enfants puissent bénéficier de sa pension. Mais lorsqu’un bureaucrate suspicieux décide de vérifier leur statut, les deux hétéros doivent s’improviser nouveaux mariés.

Ouf, on peut rire des homosexuels et de leurs mariages. Voir même des faux mariages. OUF. Et des étrangers qui veulent rester en France, qui ont étudié en France, qui sont architectes… Récemment on s’est même permis de rigoler des roms dans À bras ouverts avec Christian Clavier, ou déjà, des femmes et des gays dans Gangsterdam avec Kev Adams… OUF, ON PEUT ENCORE RIRE DE TOUT…
ET SURTOUT DE CEUX DONT ON SE MOQUE AU QUOTIDIEN DANS LA VRAIE VIE…

Peut-on rire de nous ?

On imagine déjà les séquences où les deux personnages devront « prouver » qu’ils sont homosexuels à l’inspecteur. La photo promo avec pattes d’eph à paillettes et vestes au dessus du nombril dans un cha-cha endiablé, version gay de Danse avec les stars, nous promet déjà une belle série de séquences caricaturales. La seule punchline de la vidéo : « on va surtout se sabrer la bite » (que quelqu’un nous explique ce que veut vraiment dire cette expressions SVP), nous dessine déjà en obsédés sexuels (un des clichés habituels). On n’imagine même pas ce que le personnage de Philippe Lacheau aurait dit s’il s’était marié avec une femme lesbienne ou une femme trans…

Quel est l’objectif d’une comédie ? Faire rire. Avec quoi faire rire ? Le quiproquo par exemple. Quel meilleur quiproquo actuel que de rire de l’homosexualité – encore – pour faire rire les hétéros. Comment ? En montrant le mariage gay comme une dernière chance. En montrant un baiser gay comme quelque chose de dégoutant (ou risible). En singeant un homosexuel en étant forcément efféminés (et nous respectons plus que tous les gays efféminés – j’en suis moi-même un)… Mais pourquoi les hétéros pensent qu’être efféminé est plus drôle alors que c’est surtout plus dangereux dans la vraie vie ?

Le problème, c’est quand les hétéros s’emparent du sujet de l’homosexualité – réelle ou supposée, réelle ou fictive même. On s’empêtre dans une série de clichés et de caricatures qui n’aident pas à la lutte contre l’homophobie, pour ne pas dire qu’ils les renforcent. Comme quand chacun s’empare d’un sujet qu’il ne connaît pas, par lequel il n’est pas concerné, qu’il en fait quelque chose dont il ne subira pas les conséquences. Cela s’appelle profiter gratuitement d’une communauté à ses dépens.

Alors bien sûr, la comm’ du film se fera autour de la tolérance et de la bienveillance, mais rien ne laisse à ce jour présager que c’est le message que vont recevoir les spectateurs. Le simple fait de mettre en scène un mariage gay ne fait pas un film tolérant et bienveillant. Surtout si c’est un faux mariage, avec de faux gays. Il y a fort à parier que cela soit une fausse tolérance et une fausse bienveillance qui renforce une vraie homophobie.
Arrêtez de rire de nous et de faire rire avec nous, on en a assez bavé. Faites rire avec vous-même, car en matière d’hétérosexualité, il y a encore pas mal de matière inexploitée.

Les commentaires ont été désactivés pour cette vidéo. TU M’É-TONNES ! Mais pas sur Twitter, où les internautes commencent à s’inquiéter d’une énième et grossière comédie…

 

On attend déjà le happy end : OUF, ils ne sont pas vraiment homosexuels, « l’honneur est sauf ».

On avait déjà dû subir ce soulagement dans le film Toute première fois en 2015, dans lequel, à la veille de son mariage avec son compagnon de toujours, Jérémie, un jeune trentenaire interprété par Pio Marmaï, tombe amoureux d’une femme. OUF. On avait déjà subi Le Placard en 2000, qui faisait croire qu’être homosexuel pouvait être un avantage dans une entreprise (contre toute attente, c’est aussi le contraire dans la société actuelle). On aurait aussi du mal aujourd’hui à écrire (ou voir) La cage aux folles (qui nous avait gratifié d’un retour du théâtre en 2009 avec… Christian Clavier). Faire de personnes discriminées au quotidien, des personnages risibles, faibles, marginaux, et souvent ridicules amplifie une certaine image des homosexuels. Où sont les comédies françaises – les films tout court – qui donnent une image positive, forte, inclusive, courageuse des homosexuels aujourd’hui ?

En Juillet 2017 sort Embrasse-moi, enfin une comédie romantique réalisée par une lesbienne – OcéaneRoseMarie – sur une histoire d’amour entre femmes. Voilà, point. L’homosexualité n’est pas le centre de l’histoire, pas un enjeu. Pas une contrainte. Juste une donnée. Pas factice non plus.

Alors, à quand un film grand public avec des gays (joués par des gays) dont l’homosexualité ne soit pas une matière à rire ? Juste une donnée… Qui rient de l’amour, de leurs histoires, d’eux-même, mais pas forcément de ce qu’il représentent. Folles ou pas, mais assumés. Dont on ne se moque pas, même gentiment. Car au final, c’est toujours la même chose… Devinez qui trinque ?

 

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  • herveb0o

    ouai fausse bonne idée.

  • Yunflo

    Déjà la photo et la bande annonce me foute vraiment, vraiment mal à l’aise. J’imagine même pas le film… Enfin on verra bien peut-être que je parle trop vite.

    Je ne comprend pas l’intérêt qu’ils nous portent, ça en devient mal saint. On va surement avoir le droit aux meilleurs clichés etc…

    Ne peuvent-ils pas nous foutre la paix.

  • le vicomte

    Je pense vraiment qu’il faut attendre de voir le film avant de cracher dessus. Et si il est drôle et bien fait tant mieux.

    • Yann Bourgaut

      vous ne comprenez décidément rien

      • le vicomte

        Expliquez moi alors, si vous êtes si malin

        • Yann Bourgaut

          l’article le dit très bien, pas besoin de continuer, on n’a pas besoin d’un film comme çà c’est tout

          • le vicomte

            Mais vous ne l’avez même pas vu le film, c’est comme censurer une toile et émettre une critique en ayant seulement vu l’étiquette descriptive du musée, ni vous ni moi n’avons vu le film donc je me demande de quel droit vous le jugez. Je ne dit pas que ce film sera génial ou une catastrophe générale, mais sans l’avoir vu, comment pouvez vous le dire ?

          • Yann Bourgaut

            allez bonne journée..

          • le vicomte

            C’est dingue quand on a des arguments sérieux pour un débat constructif, vous prenez la fuite, étonnant, preuve, s’il en fallait de votre manque d’ouverture et de votre déficit de réflexion. Bonne journée à vous aussi, en espérant que vous ayez autre chose à faire que de juger sans connaître.

          • Vincent Paquot

            Bonjour, alors dans le principe j’ai tendance à être plutôt d’accord, on ne peut pas rendre une critique complète d’une oeuvre sans avoir pris connaissance (dans son entièreté j’entends). C’est pour ça que je pense que cet article est plus dans le sens d’une sonnette d’alarme que d’une critique ciné. Après je fais toujours une différence entre la qualité formelle d’une oeuvre et son propos. En soi, un film peut-être bon et avoir un propos extrêmement nauséeux. C’est le cas de Birth of a Nation de D.W. Griffith, qui a son époque (1915) a révolutionné le cinéma par sa qualité de montage (introduction du montage alterné, entre deux actions distinctes). D’ailleurs il poursuivra ses recherches de narration alternée dans son film suivant, Intolérance. Mais malgré cette virtuosité technique qui en fait un bon film sur le plan formel, ça reste aussi un putain de film sur le KKK et qui le prône, outre le fait que les personnages noirs sont joués par des blancs avec une bonne black face dégueulasse, et qui sont montrés violents (et violeurs aussi). Bref j’ai grave digressé, tout ça pour dire que je pense que cet article s’attaque au fond supposé du film, et ce qu’il en dégage avec sa bande annonce. Personnellement je suis contre le boycott, ça me rappelle l’histoire avec le film Stonewall de Roland Emmerich bien avant ça sortie. C’est assez malhonnête intellectuellement parlant, on peut pas juger une oeuvre sans en avoir pris connaissance. Par contre il reste très important de s’insurger à juste titre quand un film se lance, visiblement, dans l’idée de faire n’importe quoi, et notamment de se lancer dans un propos homophobe / raciste, sous couvert d’une soi disant tolérance

          • le vicomte

            Tout d’abord, merci sincèrement pour l’explication de votre point de vue, mais, à mon sens, la bande annonce ne suffit pas à cerner le propos, et c’est cela que je dis, que je ne peux critiquer ce qu’un film dégage, son propos, à partir d’une ba, je peux critiquer son propos supposé, mais cela n’aurait aucun sens, et serait surtout inutile. Pour moi, c’est comme critiquer un livre dont on ne connaît que la quatrième de couverture, c’est insuffisant pour émettre une opinion, que ce soit sur le fond ou la forme de l’oeuvre

  • Jeff Costello

    Le film « Le placard » de Francis Veber ne prétend pas généraliser la situation du personnage de François Pignon (sauvé du licenciement parce que son patron craint pour l’image de l’entreprise de fabrication de préservatifs qu’il dirige) à tous les salariés.

  • christophe hautot

    pensons un peu à rire l’autodérision fait aussi avancer les choses certes les clichés sont persistent mais moi perso la cages aux folles bourrée de cliché ma donnée une sacrée bouffée d’oxygène alors alors qu’il y 40 ans c’était encore plus compliqué arrêtons de voir le mal la ou il n’est pas

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