Homophobie, la pathétique défense : Hanouna se dit victime d’une « manipulation »
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Homophobie, la pathétique défense : Hanouna se dit victime d’une « manipulation »


Dans Paris Match paru cette semaine en kiosque, opération séduction pour Cyril Hanouna interviewé par Marie-France Chatrier, avec photos glamour en bon père de famille à l’appui. TÊTU décortique cette interview « reconquête », dans laquelle l’animateur-producteur le plus puissant du groupe Canal+ se dit encore une fois être une « victime », au mépris de ceux qu’il a réellement blessé…

Cyril Hanouna s’amuse à piéger des homosexuels en direct

La stratégie (de l’échec) du coupable de discrimination

On connaît la technique : au lieu d’accepter d’avoir eu un comportement ou des propos discriminatoires, de s’excuser et de réparer son outrage, dites que vous n’êtes pas ce que l’on dit de vous et que vous êtes victime du système.

 

– Exemple n°1 = Une femme (genre, Nadine Morano) déclare en 2015 que « La France est un pays de race Blanche » (sic.). Donc, que ceux qui l’ont construit ont, de tout temps, été blancs comme neige et qu’il n’existe pas d’autres personnes légitimement françaises que celles qui sont blanches.

ON DIRA = Je ne suis pas raciste, je respecte ÉNORMÉMENT les cultures étrangères, j’adore le couscous et les bricks à l’œuf et j’ai des amis arabes et ma meilleure amie est plus noire qu’une arabe pour le prouver. Tout ça c’est une kabbale de mon parti, des médias et des réseaux sociaux.

 

– Exemple n°2 = Un homme qui fait une blague sexiste en embrassant les seins d’une femme sans son consentement.

ON DIRA = Je ne suis pas sexiste, je respecte ÉNORMÉMENT les femmes, je suis victime des réseaux sociaux qui critiquent tout sans réfléchir (le fait que cet exemple se soit encore produit dans l’émission Touche pas à mon poste est un hasard, bien sûr).

 

– Exemple n°3 = Un homme hétérosexuel fait une blague homophobe (piège un homosexuel – donc sans son consentement -, caricature un homosexuel en personne efféminée et/ou obsédée par le sexe).

ON DIRA = Je ne suis pas homophobe, je respecte ÉNORMÉMENT les homosexuels, je suis victime d’une manipulation du CSA et du système qui en veut à mon succès et à mon patron, de l’intelligentsia qui n’aime pas les émissions populaires.

 

Monsieur Hanouna, on a décortiqué votre interview à Paris Match. Et, voilà pourquoi votre défense est choquante…

 

ARGUMENT N°1 :

Marie-France Chatrier : J’aimerais revenir sur la séquence que certains ont qualifié d’homophobe et qui vous a valu tant d’ennuis.

Cyril Hanouna : Ce canular n’avait pas lieu d’être. Il était de mauvais goût. Je m’en suis excusé publiquement, très vite. C’est du passé. Que l’on me qualifie d’homophobe m’a mis en colère. Tout ce qui m’est intrinsèquement lié va à l’encontre de l’homophobie : mon éducation dans les valeurs de tolérance et d’ouverture, la diversité de mes potes, ce que je transmets à mes enfants, mon soutien de longue date à des associations qui combattent les discriminations et l’homophobie…

AXE DE DÉFENSE : « Je ne suis pas homophobe, j’ai un ami homosexuel ».

POURQUOI ÇA COINCE : Ce qui est fou, justement Monsieur Hanouna, c’est que parfois on est bien éduqué et on a des propos homophobes, racistes ou sexistes, qu’on est noir et raciste même, ou homosexuel et qu’on a intégré une homophobie ambiante à tel point qu’on déteste cette homosexualité qui est la nôtre (on en connaît plein, des gays qui détestent les folles). Ou même être un homme, se dire féministe et avoir un comportement que les femmes trouvent sexiste (une blague mal placée, un réflexe de couper la parole plus facilement à une femme). Et oui, on peut être très bien intentionné et mal faire. Ce n’était pas juste de mauvais goût, c’était votre imitation et vos propos qui étaient homophobes, et ce sont des homosexuels, pour la plupart, qui le disent. Si un jour vous êtes victime de racisme, les personnes non-racisées seront bien avisées de vous écouter et de vous croire. Cela permet de déconstruire « ce qu’il reste en chacun·e de nous » de discriminant, quand bien même on croit être plein des meilleures intentions…

 

ARGUMENT N°2 :

Marie-France Chatrier : Selon vous, il y a eu manipulation ?

Cyril Hanouna : Une grosse manip, même ! Ce mauvais canular a permis à beaucoup de gens de souffler sur les braises pour tenter de me fragiliser, de fragiliser l’émission, la chaîne, ma société et Vincent Bolloré… (…) On a fait un joli tir groupé. Sur France 4 ou à la radio, il y a quelques années, quand je faisais des sketchs similaires de mauvais goût, personne ne m’at­taquait… Mais cet acharnement a eu l’ef­fet contraire et a suscité l’adhésion des gens autour de moi. Cela n’a fait que renforcer ma détermination, pour l’an­née prochaine, à faire une émission où tout le monde peut se sentir inclus par le rire et la vanne.

AXE DE DÉFENSE : « C’est moi la victime ».

POURQUOI ÇA COINCE : Monsieur Hanouna, vous aviez déjà affirmé dans un tweet que cette lourde sanc­tion ressem­blait à une vendetta. Il faudrait étayer un peu les accusations. D’où viendrait cette vengeance ? Pourquoi vous en voudrait-on ? On vous écoutera promis, si vous êtes visé car issu d’une minorité opprimée…

 

ARGUMENT N°3 :

Marie-France Chatrier : Vous n’avez pas perçu que la société avait changé ?

Cyril Hanouna : Je suis un militant de l’inclusion par le rire : Noirs, Blancs, homos, hétéros, Arabes, Juifs, cathos, petits, gros… Pour moi, tout le monde est sur le même plan, critiquable sans distinguo possible. En faire, selon moi, c’est cela être raciste. Pas de discri­mi­na­tion posi­tive, par exemple, dans mes émis­sions. Pour moi, c’est le comble de l’hu­mi­lia­tion. Tu ne mets pas un mec à l’an­tenne parce qu’il est noir, juif ou arabe. Mais parce qu’il est bon ! Quand j’en­tends sur des plateaux : “Attends, là, ça manque de couleur”, etc., ça me rend fou ! Pas de différence, la vanne, sans distinction d’origine, de religion ou d’orientation sexuelle… Et on le voit bien quand on regarde l’émission. (…) Quelques jours avant la séquence qui a fait tant de vagues, j’ai été, pendant une semaine, le seul à parler de l’association Le Refuge et à évoquer sa campagne contre l’homophobie. J’ai expliqué, sans jouer les donneurs de leçons, qu’il faut se respecter et vivre ensemble.

AXE DE DÉFENSE : « J’ai donc le droit de caricaturer tout le monde ».

POURQUOI ÇA COINCE : De caricaturer tout le monde… Et donc surtout ceux qui sont issus des minorités déjà discriminées… Le problème, c’est quand les Noirs, Blancs, homos, hétéros, Arabes, Juifs, cathos, petits, gros sont moqués PARCE QUE Noirs, Blancs, homos, hétéros, Arabes, Juifs, cathos, petits, gros. Vous n’avez pas juste critiqué UN homosexuel, UN gros ou UN juif. Vous avez caricaturé, répété un cliché vieux comme Mathusalem sur LES homosexuels… Et si la modernité, c’était de se moquer du pouvoir, de l’hétérosexualité, de la masculinité… Là, vous seriez inclusif. On vous croit sur parole mais un document révélé par « Le tube » de Canal+ en 2016 indiquait que vous conseilliez à la version libanaise de votre émisssion de « caster » ses chroniqueurs en fonction de leur rôle (« la rebelle », « le parrain », « le dragueur »…), pas vraiment en fonction de leurs compétences…

Encore heureux que vous souteniez les associations qui aident les personnes LGBT : en novembre 2016, vous avez parlé 42 fois d’homosexualité, révélait l’association des journalistes LGBT dans une enquête, la grande majorité (28) sous couvert de la « blague » de mauvais goût, à caractère sexuel. Entre les allusions salaces sur la sexualité de Mathieu Delormeau, son outing (forcé donc), les caricatures diverses et les menaces de violence en cas de drague par un homme… elles ont fort à faire, ces associations, quand s’éteignent les postes de télévision.

Cyril Hanouna, cet « obsédé de l’homosexualité »

« On ne peut plus rire des homosexuels ? », nous demandez-vous ? Peut-on rire des Noirs ? Est-ce que cela fait rire les Noirs, est-ce que cela leur porte préjudice, au quotidien ? La blague est le nouveau sésame pour faire mal, le plus souvent. « C’est fait avec de l’humour », explique-t-on quand la loi, elle, punit l’homophobie de 50 000€ d’amende, par exemple. On peut rire avec les homosexuels, des homosexuels même, mais si vous essayiez cette année de faire des blagues qui les mettent en valeur, montrent qu’ils sont bien braves de supporter depuis si longtemps cet « humour » de comptoir ?

Outing gay de Matthieu Delormeau chez Hanouna, un moment gênant

 

ARGUMENT N°4 : Si j’étais…

Marie-France Chatrier : Dernière question, Cyril. Dites-moi franchement, si plus tard Lino [son fils] vous disait qu’il aime les hommes…

Cyril Hanouna : Je n’en ai rien à faire ! Si mon fils est heureux, je le serai aussi. C’est le plus important pour moi.

AXE DE DÉFENSE : « Je suis un bon père » (photos à l’appui)

POURQUOI ÇA COINCE : Peut-être que quand vous le verrez caricaturé, obscénifié, ramené à une perversion ou à sa seule sexualité, assimilé à la faiblesse ou à un rôle caricatural de « femme en robe » (quand vous singez un mariage gay) vous comprendrez ce que l’on voulait dire… « La grosse manip », c’est de faire croire que les bourreaux sont les victimes, Monsieur Hanouna. Mais tout le monde peut apprendre de ses erreurs, être moins blessant et un peu plus moderne et inclusif.

Ce n’est pas juste la polémique qu’il faut clore, c’est l’homophobie qu’il faut voir et accepter de combattre, même en soi-même. Avec une audience et un public jeune et populaire comme les vôtres, on vous en demande beaucoup, certes… Mais même vous, Monsieur Hanouna, vous en êtes capables.

 

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  • Cyritaliano

    Journalisme, le pathétique article : Têtu vient jeter de l’huile sur le feu en reparlant une énième fois d’une affaire classée.

    • Thierry Palomares

      Cela n’est pas juste de dire cela car c’est d’actualité, la preuve Paris Match cette semaine évoque le sujet

    • Julien Deb’s

      il en est pas a ses 1ers débordement … de plus non l’affaire n’est pas classé vu qu’il veut amener Le Refuge devant la justice soit disant par ce que le gamin qui s’est fait jeté de chez lui n’existerais pas

    • Bru Nö

      Je ne crois pas que Cyril Hanouna soit foncièrement homophobe. Je pense que sur ce point peu de personne ne lui fait un procès sur cela.

      En revanche là ou c’est dérangeant c’est que pour faire du buzz, on soit capable (et qu’on laisse faire – Vincent Bolloré pour cela a une responsabilité lourde) de faire des « blagues » ou dirais-je plus exactement de l’humiliation publique. C’est tout simplement de la discrimination.

      La différence entre la blague et l’humiliation c’est qu’à l’inverse de l’humiliation, la blague est légère, fine (ou pas) et fait rire, mais surtout elle ne pointe pas une personne ou une catégorie de personnes pour faire rire.

      L’humiliation, elle, humilie, rabaisse, avilie publiquement une ou plusieurs personnes afin de rire d’elle (et non pas rire avec elle(s)).

      Si je vous baisse le pantalon (et le caleçon par la même occasion) en publique juste pour faire un sale buzz et rire de vous, c’est une humiliation. Car je doute fort que ça vous fasse rire et vous vous en trouverez meurtri.

      Ça serait différent de prendre une personne imaginaire (qui n’existe pas) ça peut être une marionnette par exemple, et là, la blague marcherait car elle ne s’adresserait pas à une personne ou catégorie de personne mais à quelque chose de fictif.

      On peut en effet rire de tout, avec tout le monde mais sans que cela soit une humiliation dirigé contre une personne ou catégorie de personnes.

      Sauf si cela est un engagement « politisé ». Par exemple se moquer des nazis, des terroristes, des groupuscules terroristes (on se moque bien de les humilier car c’est un geste « politisé) et moi même dans ce sens je le ferai. Car la le rire n’est pas simplement une blague mais une « arme cuturelle » de défense.

  • jay

    Faire différemment de ses pairs peut et va sans aucun doute restreindre sa percée, mais tant qu’on est pas capable ou l’on se refuse pour des raisons AUTRES que « de conscience » (n’est-il pas vrai tout compte fait ?) à simplement, avant d’agir, se mettre momentanément dans la peau de celui ou celle qu’on va nommer ou lyncher… eh bien ça sera toujours plus abordable (ou moins coûteux, puisque ça sera toujours l’autre qui paiera la note) de continuer à faire ces… maladresses… exonérées par sa lecture de sa religion ou du monde qu’on compte bien plaire. Simple comme bonjour.

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