Culture

"Act Up, on ne tue pas que le temps" : après "120 bpm", un documentaire en accès gratuit


Dans le sillage du succès retentissant du film 120 Battements par minute réalisé par Robin Campillo, la Compagnie des Phares et Balises propose de voir ou revoir le très beau film de Christian Poveda réalisé en 1996 pour Canal+ : Act Up, on ne tue pas que le temps.

 

Ce film raconte un combat politique mené par des hommes et des femmes à l’avenir incertain. Des hommes et des femmes touchés par le sida et qui n’acceptent pas la fatalité. Des militants qui font partie d’Act Up-Paris, association de lutte contre le sida. On visite ici les rouages, on participe aux actions et on comprend les questionnements. Christophe Martet, et Didier Lestrade, qui devinrent ensuite journalistes (le premier fut l’un des créateurs de Yagg, l’autre de TÊTU), mènent la bataille, avec d’autres. C’est donc un film sur la lutte violente contre une maladie encore mortelle (aujourd’hui, on vit beaucoup mieux avec le VIH en France, mais pas partout sur la planète), sur les moyens employés (et ceux qui manquent), mais aussi sur l’engagement individuel, autant physique que moral de ces militants. Sur l’urgence.

L’argent du Sidaction 96, ça va aider des homosexuels, des toxicomanes, ça va aider des prisonniers, des transsexuels, des transsexuels en situation irrégulière, ça va aider tous ces gens là.

Christophe Martet, Sidaction 96.

 

Le réalisateur, Christian Poveda, est devenu célèbre dans des circonstances tragiques. Il est mort assassiné le 2 septembre 2009 lors d’un reportage sur les gangs du Salvador. Lors de la réalisation de ce film, qui ne fut pas facile à financer, il expliquait sa démarche :

Longtemps ces dernières années, comme tout le monde, je me suis contenté d’une nuit devant la télé, d’un pin’s ou d’un chèque le jour du Sidaction. Jusqu’au jour où ce môme de banlieue m’a lancé, l’air de rien : « Tu sais, y a pas assez de vérité à la télé, le sida, ça choque plus personne. Faudrait choquer pour faire avancer les choses! » Et ma volonté de travailler sur le sida s’est transformée en l’envie d’un film « utile », un film de réflexion sur des moyens et des méthodes.

C’est un peu après que j’ai rencontré Act Up et ses activistes. Déjà, leurs méthodes m’interpellaient. Longtemps photographe des guérillas d’Amérique latine, j’avais déjà rencontré la violence des conflits avec l’Etat et c’est pourquoi leurs modes d’action ont trouvé un écho dans ma démarche personnelle.

J’ai donc choisi de filmer ces femmes et ces hommes qui se battent et cette formidable mécanique de guerre qu’ils ont créée. Pourtant au-delà de l’association, des personnalités et du combat spécifique d’Act Up, ce film s’inscrit dans un questionnement plus global sur notre société : celui du désir, du droit et des moyens de changer les choses dans une nation riche et démocratique.

Il existe déjà beaucoup de films sur le sida qui racontent la maladie, le souvenir, la mort, l’abandon, l’horreur. Certains sont beaux, efficaces ou émouvants, mais aucun n’est un film qui raconte le combat politique d’une communauté.

C’est ce film-là que j’ai choisi de faire.

 

La maison de production « La Compagnie des Phares et Balises » propose de voir ou revoir le très beau film sur sa page Facebook, gratuitement (ou ci-dessous).

 

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