Interview : Pierre Deladonchamps, garçonne dans
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Interview : Pierre Deladonchamps, garçonne dans "Nos Années folles" d'André Téchiné


On l’a connu en plein cruising dans L’Inconnu du lac chez Alain Guiraudie. On le retrouve en travesti dans Nos Années folles d’André Téchiné. Pierre Deladonchamps mène une brillante carrière dans le cinéma français.

Nos Années folles est inspiré d’une histoire vraie, qui a déjà été racontée dans des livres d’histoires et en bande-dessinée, celle d’un soldat déserteur pendant la Première Guerre mondiale. Pour qu’il échappe au front ou à la prison, sa femme (jouée par l’intense Céline Sallette) a l’idée de le travestir en femme, alors que se propage la mode des garçonnes, ces jeunes femmes qui portent les cheveux courts et revendiquent la liberté dont bénéficient les jeunes hommes. Paul Grappe devient Suzanne et peut recommencer à sortir, avant de prendre goût à cette nouvelle identité. Le couple s’embarque alors dans une « odyssée sexuelle », pour reprendre les termes d’André Téchiné, le réalisateur. Une odyssée qui tourne mal… Pierre Deladonchamps, de victime dans L’Inconnu du lac, passe au statut de bourreau dans Nos Années folles. Rencontre.

Incarner un personnage de femme est presque devenu une « catégorie » pour un acteur. Je pense à Romain Duris dans Une Nouvelle amie ou à Eddy Redmayne dans The Danish girl. Vous aviez conscience de cela ?

Je n’ai pas vu cela sous l’angle de l’exercice. J’ai eu chevillé au corps l’envie que ce soit crédible. Il n’y a rien de plus difficile que de se dire qu’on trahit des choses pour les personnes concernées.

Vous dites : « Pour tout acteur ou actrice, interpréter un personnage de l’autre sexe, c’est fascinant. C’est un défi. J’ai l’impression que tous les êtres humains se demandent ce que ça fait d’être le sexe opposé. »

J’ai trouvé ça vraiment chouette mais ce n’est pas de tout repos. Il ne faut pas tomber dans la caricature. André [Téchiné, ndlr] veillait toujours au grain. Il a eu envie que Suzanne n’imite pas la voix d’une femme. Elle garde la voix de Paul. Ce saut d’une apparence à l’autre était intéressant. Il ne s’agit pas d’un personnage de femme trans. J’ai parfois eu l’impression de voir quelqu’un d’autre que moi et que Suzanne existait !

Le spectateur est entièrement aux cotés de Louise, surtout dans la deuxième partie du film, car Paul est odieux avec elle. Est-ce la première fois que vous jouez un personnage mauvais ? Comment l’avez-vous vécu ?

La première fois, je jouais un paumé chez Claudel, c’est déjà arrivé ! Dans Les Chatouilles, je jouerai un pédophile qui abuse d’une petite fille… Ce personnage de Suzanne est à la fois détestable et pathétique, on a de la peine pour elle. Elle se retrouve piégée dans cette situation.

C’est vous qui avez recommandé Céline Sallette à André Téchiné. Pourquoi étiez-vous persuadé que c’est elle qui devait tenir le rôle de Louise ?

J’ai pensé à elle dès la lecture du scénario. Je ne la connaissais pas mais je l’admirais beaucoup. Téchiné était vraiment enchanté que ce soit elle. C’était spontané, sincère, j’ai eu ce sentiment-là et je n’étais pas le seul. Notre agent à Céline et moi nous rejoignais sur cette idée.

Étiez-vous impressionné de tourner avec un réalisateur qui a embauché les plus grandes actrices et les plus grands acteurs ?

J’étais impressionné oui et non, car Téchiné est l’un des plus grands directeurs d’acteurs que l’on connaisse. Mais en fait sur le tournage, à part Céline et moi, il n’y avait pas de stars.

Que vous inspire le fait d’avoir été connu du public via L’Inconnu du lac et d’être associé à un « cinéma gay », même si leurs auteurs s’en dédouanent ?

En réalité, c’est la profession qui m’a découvert, car le film n’a fait que 150.000 entrées en salles. J’ai été plus reconnu du grand public avec Le Fils de Jean [de Philippe Lioret, ndlr]. Je n’aime pas du tout l’idée d’avoir été découvert dans le film de Guiraudie car je n’aime pas être associé à ce « cinéma gay ». Pour être plus clair, je me refuse à faire des choses qui pourraient plaire ou pas. Je m’en fous, les gens pensent ce qu’ils veulent. La vie est trop courte pour s’embêter avec des considérations comme ça. Je suis très fier d’avoir fait L’Inconnu du lac, même si j’ai eu peur au début, car la profession a reconnu mon travail dans ce rôle et m’a offert le César [du Meilleur espoir masculin 2014, ndlr]. Il y a un vrai aspect politique dans les choix de films que font les acteurs. C’est important de pouvoir soutenir des projets qui défendent des valeurs auxquelles on croit. Je me sens plus utile à défendre des projets qui peuvent faire évoluer les choses, susciter le débat.

Comment se déroule le tournage du prochain film de Christophe Honoré, Plaire…, dans lequel votre personnage vit une histoire d’amour avec celui de Vincent Lacoste ?

C’est mon dernier jour cette nuit ! [interview réalisée début août, ndlr]. Le tournage s’est déroulé entre Rennes, Amsterdam et Paris. J’ai eu des partenaires en or avec Denis Podalydès et Vincent Lacoste, le scénario est super, je suis ravi d’en faire partie. Je suis soulagé car j’ai vécu la même chose que Céline Sallette sur Nos Années folles, en remplaçant Louis Garrel au pied levé. Mais on oublie très vite qu’on est un remplaçant. J’admire beaucoup Honoré. Il revient avec ce film à des choses personnelles : une histoire d’amour sur fond de sida.

Vincent Lacoste a fait chavirer le cœur de nombreux garçons en grandissant. Vous êtes d’accord ?

Il ne m’a pas fait chavirer le cœur, en revanche il m’épate par sa maturité. Je n’ai pas eu l’impression de parler à quelqu’un de 15 ans de moins que moi !

 

Nos Années folles d’André Téchiné. Avec Pierre Deladonchamps et Céline Sallette. 1 h 43. En salles le 13 septembre

 

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