Le prêtre gay héros du 11 septembre pourrait devenir le premier saint homo
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Le prêtre gay héros du 11 septembre pourrait devenir le premier saint homo


Jusqu’ici, l’apostrophe « C’est un saint !» prononcée par le maire de New York aux funérailles de Mychal Judge, le 15 septembre 2001, n’avait que l’éloge de la formule. Mais depuis que le Vatican a ouvert ses critères de sanctification cet été, une vraie campagne tente de tirer le Père Judge jusqu’aux honneurs de la Sainteté.

C’est un confrère, le prêtre argentin Luis Escalante, qui a commencé à rassembler les anecdotes sur le héros du World Trade Center pour porter sa candidature.

La première victime officielle du 9/11

Mychal Judge, 68 ans, était aumônier des pompiers de New York lorsque les tours jumelles ont été frappées par deux avions, mardi 11 septembre 2001 au matin. Dès qu’il a appris le crash, l’homme s’est précipité du couvent de l’église Saint François d’Assise, sur la 31ème rue, jusqu’à la tour nord. Il est mort dans le hall de l’immeuble lorsque la seconde tour s’est effondrée, alors qu’il offrait l’extrême onction aux pompiers et aux personnes qui avaient sauté des étages supérieurs pour échapper aux flammes. Une photographe a capturé pour Reuters l’instant où son corps fut porté en dehors des débris. Sa photo est devenue tristement iconique.

A la morgue, il reçoit l’étiquette « DM [pour Désastre Manhattan, ndlr] 0001-01 » : il est la première victime officielle de l’attentat qui a causé la mort de 2 759 personnes.

Pour Luis Escalante, qui est également postulateur à la Congrégation du Vatican pour la Cause des Saints, laquelle instruit et examine les candidatures, Père Mychal a fait preuve d’une « offrande de la vie ». Or depuis cet été, cet acte, « suggéré et soutenu par la charité » selon les mots du pape François, s’inscrit aux côtés du martyr et de l’héroïcité des vertus comme critère d’élection à la béatification et à la canonisation.

Une histoire d’amour discrète

S’il est probablement des LGBT parmi les milliers de personnes sanctifiées par l’Eglise, Mychal Judge a cela d’exemplaire qu’il pourrait être le premier homme ouvertement homosexuel à rejoindre ces rangs. Dans son entourage pourtant, peu connaissaient son orientation sexuelle.

« J’étais l’un de ses 9 412 meilleurs amis et nous sommes 9 406 à ignorer qu’il était gay », renseigne par exemple Michael Daly, auteur d’une biographie de Judge. Mais d’autres ouvrages, publiés à titre posthume et fondés sur les confidences du héros ou sur son journal intime, dévoilent son attirance pour les hommes et sa relation avec un infirmier, dont on ignore si elle brisait le vœu de chasteté formulé par le Père Judge durant les années 50, lorsqu’il a rejoint la Congrégation de Saint-François d’Assise. Alvaro, avec qui il entretenait une relation depuis une dizaine d’années, s’est d’ailleurs vu refuser l’accès aux obsèques après l’attentat du 11 septembre car leur histoire était peu connue…

Mais il n’est pas étonnant que Mychal Judge ait cultivé le mystère autour de son homosexualité : l’Eglise catholique interdit officiellement la prêtrise aux homosexuels depuis 2005 et a encore répété cette assertion l’année dernière. En 2013, le retentissent coming out du père Krzysztof Charamsa avait ainsi contraint ce dernier à quitter l’Eglise, mais l’homme de foi exerce toujours officieusement comme prêtre depuis Barcelone.

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Un homme affable et généreux pour les pauvres et les discriminés

Outre son héroïsme lors de l’attentat meurtrier du 11 septembre, l’enquête menée par Escalante pour la canonisation de Judge met l’accent sur ses autres dévouements : pour les sans-abris, à qui il offrait des manteaux chauds l’hiver et pour qui il gardait toujours une liasse de billet de 1$ dans la poche ; les personnes souffrant d’addiction qu’il aidait dans le processus de guérison, lui-même étant un ancien alcoolique ; les LGBT catholiques avec qui il échangeait au sein de l’association Dignity ;  les malades du sida sur qui il veillait à l’hôpital Saint-Vincent, qu’il prenait dans ses bras – à une époque où la psychose sur les voies de transmission était à son comble – et dont il accompagnait la famille et les proches jusque dans les derniers sacrements.

Il était très souvent vêtu de la robe de bure serrée d’une corde, propre à la Congrégation des Franciscains à laquelle il appartenait, même quand il défilait pour la Gay Pride au milieu des années 80. Mais il délaissa sa tenue pour le manteau de pompier et un casque blanc flanqué du mot chaplain lorsqu’il devint l’un des cinq aumôniers du service d’incendie de New York au début des années 1990.

Faire vivre sa mémoire

Le procès qui permet d’être considéré comme un saint relève cependant d’une entreprise extrêmement complexe : le dépôt de la demande suivi de la formulation d’une requête officielle, son acceptation par la Congrégation vaticane et l’évaluation des preuves qui intervient ensuite peut durer une douzaine d’années, les deux miracles (l’un pour la béatification, le second pour la canonisation) doivent être reconnus par une commission médicale, etc. D’autant que dans le cas de Mychal Judge, sa propre congrégation refuse de militer pour son élévation, et son homosexualité connue du grand public pousserait l’Église à rendre une décision lourde en symbole.

Mais pour Salvatore Sapienza, un ami proche de Judge cité par Slate US, ce n’est presque pas ça le plus important, mais que « des millions de personnes supplémentaires » connaissent son histoire. Chaque année, la Marche du souvenir réalisée par les pompiers de New York en hommage à celles et ceux qui ont péri ce jour-là reproduit le parcours suivi par Mychal Judge le matin de sa mort, de la paroisse Saint-François d’Assise jusqu’à Ground Zero où son nom est gravé.

Chris Keenan, aumônier au département incendie de New York, lisant la dernière homélie de Mychal F. Judge pendant la Walk of Remembrance, le 11 septembre 2017 – crédit photo CNS/Octavio Duran

 

En 2016, c’est devant le Stonewall National Monument – qui célèbre la lutte pour les droits LGBT – que son successeur à l’Aumônerie a prononcé la dernière homélie faite par Mychal Judge, le 10 septembre 2001, et interprétée comme beaucoup comme un présage :

Il y a de bons jours. Et de mauvais jours. Des jours tristes. Et des jours heureux. Mais jamais de jours ennuyeux dans ce travail. Vous faites ce pour quoi Dieu vous a appelé. Vous vous présentez. Vous mettez un pied devant l’autre. Vous montez sur la plateforme et vous faites le travail, lequel est un mystère. Et une surprise. […] Vous ignorez ce pour quoi Dieu vous a appelé. Mais il a besoin de vous. Il a besoin de moi. Il a besoin de nous tous.

Paroles citées par The Daily Beast

Brendan Fay, militant LGBT, a consacré deux films à son amis disparu ; un premier intitulé The Saint of 9/11 et un second, Remember Mychal :

Remembering Mychal- Trailer from IC Film on Vimeo.

 

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