Maxime a 21 ans, il est étudiant en école d'ingénieur à Cergy, mais il a grandi dans le Loir-et-Cher.
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"Ma première Marche des fiertés m'a donné encore plus envie de m'assumer"


Maxime, 21 ans, participait à sa première Marche des fiertés, ce samedi 30 juin à Paris. Il a accepté que TÊTU le suive un moment, et s’est confié sur ce que cela représentait pour lui.

« Salut c’est Maxime, je suis place de la Concorde. Je suis habillé avec un short rose et un haut à rayures blanches et pourpres. Signes distinctifs : la bouteille d’eau et les menottes rouges. J’ai un éventail aussi. »

Il fallait ouvrir l’œil pour pouvoir retrouver Maxime au milieu de la foule multicolore et compacte de la place de la Concorde, ce samedi 30 juin à Paris. Se frayer un chemin à contre-courant, alors que le cortège venait d’entamer sa lente procession. Sur le char des Gay Games, les mecs des Gaillards, tee-shirt rouge accroché à la taille, suivaient le rythme des tubes radiophoniques que crachaient les enceintes, pendant que des bénévoles souriants distribuaient des drapeaux arc-en-ciel en papier, des sucettes et des capotes à qui voulait les prendre. Un peu en retrait du cortège, derrière une barrière sur laquelle s’appuyaient des poignées de touristes et de marcheurs qui profitaient du spectacle, on a finalement aperçu le tee-shirt à « rayures blanches et pourpres ». Et l’éventail.

Un coming-out douloureux

Maxime a 21 ans, il est étudiant en école d’ingénieur à Cergy, mais il a grandi dans le Loir-et-Cher. C’est sa première Marche des fiertés. Enfin sa première… pas vraiment. Il est passé à celle de Bordeaux, au début du mois, mais il n’est pas resté longtemps car il n’était pas serein. « J’avais peur que des homophobes débarquent de nulle part. J’avais un travail à faire sur moi pour être plus à l’aise dans cette ambiance, réussir à passer au-dessus de mes peurs. » Comme un cavalier remonte tout de suite en selle quand il tombe de cheval, Maxime a pris le train depuis le sud où il fait son stage, pour ne pas rater l’édition parisienne. Et cette fois, il n’est pas question d’avoir peur.

La peur, il sait ce qu’elle provoque. Ce à côté de quoi elle peut nous faire passer. Pendant que le tube d’Annie, « My Love is Better », résonne dans la rue de Rivoli, il nous raconte son coming-out. Il est sorti du placard il y a quelques mois seulement. Il voulait le faire avant mais son père était malade d’un cancer. « J’arrêtais pas de repousser le moment, je me disais ‘oui je lui dirai quand il ira mieux’, et finalement il est mort. Et je n’ai pas pu lui dire. » Sa voix tremble un peu. Il marque une pause. Le décès de son papa l’a poussé à le dire à sa mère. « Finalement, elle l’a bien accepté, et pour me rassurer, elle m’a dit que mon père aussi l’aurait accepté. » 

Assumer sa différence

S’il est venu aujourd’hui, c’est pour « s’assumer beaucoup plus », mais aussi pour ses proches. Pour son copain, qui a grandi en Biélorussie. Dans ce pays de l’ex-bloc soviétique, encore largement influencé par le régime homophobe de Vladimir Poutine, faire son coming-out revient à mettre sa vie en péril. Il marche également pour une proche trans’, avec qui il aimerait venir l’année prochaine, pour partager son « plaisir de voir tous ces gens assumer leur différence ». 

« Cette Marche des fiertés m’a donné encore plus envie de m’assumer aux yeux du monde. Je me suis même surpris à me balader avec mon drapeau dans ma petite banlieue éloignée », nous a-t-il confié dimanche.

La prochaine étape ? Il réfléchit à s’engager dans une association. Mais il ne sait pas encore laquelle.  Il a choisi de défiler derrière le char d’Amnesty International. Sa maman est originaire d’un pays d’Afrique centrale, où l’homosexualité est un délit, un danger de mort. Il ne voit jamais cette partie de la famille, restée au pays, mais il n’est pas certain qu’ils accepteraient ce qu’il est. Alors pour lui, c’est important de soutenir une association qui lutte pour le respect des droits de l’Homme dans le monde entier.

Une Marche des fiertés inoubliable

Mais pour Maxime, cette année, il n’y avait pas de polémique. Il n’y avait pas de deal avec Mastercard, pas de manœuvres politiques de la mairie de Paris ou de la République en Marche. Il n’y avait pas de guerre entre Act-Up et l’Inter-LGBT, de manque de visibilité des trans, des lesbiennes. Il n’y avait pas de « c’était mieux avant ». Il n’y avait que des gens qui revendiquent la tolérance. Qu’ils ou elles soient lesbiennes, gays, bi.e.s, trans, intersexes, pansexuel.le.s, non-binaires, queers, agenré.e.s, asexuel.le.s, hétéros… Que des personnes fières d’être ce qu’elles sont, d’être visibles. Qu’elles défilent avec Google ou avec Oui oui oui. Il n’y avait que cette excitation que l’on a tous ressentis quand on a fait notre première Pride. Un sentiment rassurant d’appartenance, et peut-être pour la première fois de sa vie, de la fierté d’être homosexuel et out.

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