Aux États-Unis, plus de 78 000 personnes trans' pourraient être privées de droit de vote
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Aux États-Unis, plus de 78 000 personnes trans' pourraient être privées de droit de vote


Dans huit Etats américains, des lois d’identification très strictes pourraient priver de droit de vote plus de 78 000 citoyen.ne.s transgenres lors des élections de mi-mandat, le 6 novembre prochain, selon une étude.

Plus de 78 000 citoyens trans’ risquent de perdre leur droit de vote. Sans documents d’identité mis à jour selon leur genre ressenti, ils risquent d’être privés des élections de mi-mandat, le 6 novembre prochain, dans les huit états américains pourvus de lois très strictes en matière d’identification. C’est ce qu’annonce une étude de The Williams Institute of UCLA School of Law, qui vient d’être rendue publique. « Des lois strictes sur l’identification des électeurs pourraient empêcher des milliers de citoyens en droit de voter de participer au processus démocratique et de faire entendre leur voix par les urnes », a déclaré Jody L. Herman, autrice de l’étude et chercheuse en politique publique au Williams Institute. 

Aux États-Unis, 34 États américains ont voté des lois d’identification des électeurs, exigeant de ces derniers de prouver leur identité avant de procéder au vote, en fournissant n’importe quel document d’identité jugé recevable. Parmi eux, huit sont pourvus d’une règle très stricte. L’Alabama, la Georgie, l’Indiana, le Kansas, le Mississippi, le Tennessee, la Virginie, et le Wisconsin imposent en effet aux électeurs de présenter une pièce d’identité avec photo récente émise par le gouvernement. Problème : une personne dont l’apparence correspond à son identité de genre mais dont le prénom et le sexe présentés sur la pièce d’identité correspondent toujours au genre lui ayant été attribué à la naissance n’est pas un électeur recevable.

 

Huit Etats américains pourraient priver les personnes trans’ de droit de vote (capture The Williams Institute of UCLA School of Law).

 

Dans l’Amérique de Donald Trump, les personnes trans’ rencontrent une somme d’obstacles pour le moins conséquente. Et obtenir une mise à jour de son passeport en fait partie. La semaine dernière, plusieurs femmes transgenres accusaient le département d’État d’annuler leurs passeports, plusieurs années après leur transition.

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Des documents d’identité qui ne reflètent pas le genre ressenti

Afin de mesurer l’impact de ces lois restrictives sur les électeurs transgenres, l’étude commence par estimer le nombre de citoyens trans’ en droit de voter. Elle calcule ensuite le nombre de citoyens adultes présents dans chaque Etat. La population de citoyens adultes a été multipliée par la proportion estimée d’adultes trans’ présents dans chacun d’entre eux. Aussi, l’étude délimite la population de citoyens transgenres aux personnes qui ont déjà effectué leur transition et vivant actuellement en adéquation avec leur genre ressenti.  Enfin, les personnes transgenres dans l’incapacité de voter à cause d’un quelconque casier judiciaire on été soustraites de l’étude, afin d’estimer la proportion de citoyen trans’ éligibles au vote.

L’analyse des données révèle que 46% des citoyens transgenres adultes en transition ont déclaré ne pas être en possession de documents d’identité présentant leur genre ressenti, ce qui signifie que leurs papiers d’identité comportent soit un marqueur de sexe incorrect, soit un nom incorrect, soit les deux. Si ce pourcentage se vérifie pour l’ensemble de la population transgenre d’adultes américains, environ 450 000 citoyens adultes transgenres ayant effectué leur transition n’ont aucune pièce d’identité sur laquelle est inscrit leur véritable identité de genre.

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Dans les huits Etats précédemment cités, les électeurs transgenres ayant effectué leur transition, et n’ayant aucune pièce d’identité mise à jour, devront tout de même montrer celle qui les présente selon leur genre attribuée à la naissance. C’est ici que les agents électoraux pourront décider que le marqueur identitaire inscrit sur la papier ne correspond pas à l’apparence de l’électeur, ce qui obligerait ce dernier à voter à l’aide d’un bulletin de vote provisoire, et fournir une pièce d’identité valable dans un délai de trois à cinq jours. Forcément, trop tard pour prendre son vote en compte pour l’élection.

Les personnes trans’ jeunes et à faible revenu surreprésentées

Parmi les 78 000 citoyens transgenres cités dans l’étude, plusieurs catégories de population sont surreprésentées. En effet, l’analyse des données révèle que les citoyens transgenres en transition sont significativement plus susceptibles de ne pas avoir de carte d’identité présentant leur genre ressenti s’ils sont de couleur (48%), de jeunes adultes (18 à 24 ans, 69%), des personnes à faible revenu (revenu annuel inférieur à 10 000 dollars; 60%) ou des personnes handicapées (55%).

Même si pour le moment, rien ne permet de prévoir avec précision comment les agents électoraux traiteront les électeurs transgenres en novembre, l’étude souligne la manipulation dont ils sont victimes. Selon les chiffres de l’étude sur la situation des personnes transgenres en 2015 aux États-Unis, réalisée par the National Center for Transgender Equality, 32% déclarent avoir eu des expériences négatives après avoir présenté des documents d’identité ne correspondant pas à leur apparence. 25% déclarent par ailleurs avoir déjà été harcelés verbalement et 2% confient avoir été agressés par les autorités après avoir présenté des pièces d’identité jugés non-conformes.

 

Crédit photo : GKSD/Adobe Stock.

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