« C’est un truc incompréhensible » : victime d’une agression homophobe à Bordeaux, il témoigne

Damien a été agressé à l’entrée d’une discothèque gay bordelaise dans la nuit du samedi 18 au dimanche 19 août par un homme qui lui asséné trois coups de poing. Il revient sur cette agression homophobe, mais aussi sur son passage à l’hôpital et au commissariat.

« J’ai un peu de mal à reconnaître avoir vécu une agression. » Quatre jours plus tard, Damien n’en revient toujours pas. « C’est la première fois que je vis une agression physique, confie le jeune homme de 32 ans à TÊTU. Je me dis que c’est incompréhensible qu’il soit passé des insultes aux actes. » 

Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut remonter à la nuit du samedi 18 au dimanche 19 août. Damien revient d’une semaine de vacances dans le Sud-Ouest avec des amis et ils décident, pour marquer le coup, de faire leur dernière soirée à Bordeaux.

Rendez-vous est donné à l’« Ultra Kubs » , une discothèque gay du quartier Victoire. Mais quand ces deux amis et lui attendent pour entrer, ils sont interpellés par deux hommes. « Ils ont commencé à nous agresser verbalement en accusant mon amie d’avoir volé leur téléphone », nous confie le jeune homme, chargé de succession de profession. Lorsqu’elle sort son propre téléphone pour prouver qu’elle n’a rien subtilisé, les deux individus lui prennent le sien. 

« Le mec m’a traité de ‘sale pédé’, ‘tapette’ » 

Damien s’éloigne de la foule quelques instant pour alerter les forces de l’ordre, mais à son retour, il est lui-même pris à partie. « Le mec a commencé à m’insulter lourdement de ‘sale pédé’, ‘tapette’ en m’accusant à mon tour d’avoir volé son téléphone. » Mais il ne s’arrête pas là. « Après ces mots, il me saute dessus et me met trois coups de poing au visage. » Les videurs interviennent immédiatement pour séparer les deux hommes. « Il était très énervé et agressif. Je pense que si les videurs n’avaient pas été là, mes blessures auraient été beaucoup plus graves. »

Les deux hommes prennent la fuite quelques minutes plus tard après avoir jeté leurs portables par terre et… leurs cartes d’identité et passeports. Ce qui risque de faciliter le travail de la police.

« J’ai été très bien accueilli » 

Damien se rend dans la foulée à l’hôpital de Bordeaux pour y faire constater et soigner ses blessures. « Tout s’est très bien passé, se souvient-il. Je leur ai expliqué ce qu’il s’était passé et ils ont été patients et compréhensifs ». Il se voit prescrire trois jours d’interruption temporaire de travail (ITT) avant de rentrer se coucher.

Il ne se se présente que le lendemain au commissariat central de Bordeaux pour déposer plainte. Il raconte avoir été, là aussi, très bien reçu.

« Une policière a vu mon dossier à l’accueil et a voulu m’auditionner car elle disait avoir l’habitude des dossiers pour violences homophobes. En fait, du videur, au patron de la boite en passant par l’infirmière, le médecin et à l’agent de police, tout s’est très bien passé ».

Si Damien a été particulièrement bien reçu par les services de santé, ce n’est pas toujours le cas. Dans une enquête publiée sur le site de TÊTU le 17 août dernier, plusieurs victimes racontent leurs difficultés à déposer plainte. « La policière a passé un long moment à m’expliquer que le terme ‘pédé’ n’était pas nécessairement homophobe », nous avait notamment confié Mickaël.

Soutien des associations

Dans un message posté sur Twitter, le président de SOS Homophobie Joël Deumier a apporté son « soutien plein et entier à Damien, bénévole de la Commission Soutien de SOS Homophobie et agressé violemment parce qu’il est homosexuel ».

Selon le dernier rapport de SOS Homophobie, les actes homophobes ont augmenté en 2017 pour la deuxième année consécutive. Dans le détail, les agressions physiques sont notamment reparties à la hausse après plusieurs années de baisse, avec 139 cas recensés en 2017, contre 121 en 2016 (+15%), soit une agression tous les trois jours.

Crédit photo : Google Street View

Puisque vous êtes ici… Nous avons une petite faveur à vous demander.

Vous êtes de plus en plus nombreux à lire TÊTU et nous en sommes très fier.e.s. Mais vous le savez sûrement, faire du bon journalisme, un journalisme LGBT différent, honnête, de qualité, et critique coûte de l’argent.Et contrairement à la majorité des médias, TÊTU n’appartient pas à un grand groupe de presse. TÊTU est un média indépendant. Si vous aimez ce que vous trouvez dans nos pages. Si vous pensez qu’un média LGBT+ doit exister en France. Si vous êtes exigeant et voulez découvrir des contenus plus ambitieux. Aidez-nous à faire un bon média.

Abonnez-vous à TÊTU à partir de 5,90€/mois. Merci !


Sur le même sujet

TÊTU
TÊTU La crème
de l'actualité LGBT
Toutes les semaines, dans votre boite mail